Les paletos, bonnets et couettes bien chaudes ont fait leur grand retour depuis quelques semaines. Comme chaque année, l'hiver austral rime avec chutes de température, vent et givre dans les hauts de l'île. Mais c'est aussi le grand retour des nez qui coulent, des gorges douloureuses et des bronches prises. Comme dirait tout bon créole "la fré y done paké". Alors, pour éviter tous les désagréments liés au changement de saison, faire appel aux bonnes vieilles tisanes peut être une solution (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Pour ceux qui ne le savent pas, La Réunion abrite plus de 250 espèces endémiques parmi lesquelles 19 plantes médicinales inscrites à la Pharmacopéee française. A savoir : l'ambaville, l'ayapana, le bois d'arnette, le bois d'olive noir, le bois de joli cœur, le bois de pêche marron, ou encore le bois de quivi, le faham ou la verveine citronnelle. Vous pouvez retrouver les plantes médicinales réunionnaises inscrites à la Pharmacopée française ainsi que leurs vertus ici.
Si depuis des générations, le savoir-faire et la pratique des tisanes est transmis dans l'île, le "zerbaz" est un héritage culturel enrichi d'années en années par les populations venus d'Afrique, de Madagascar, d'Asie et d'Inde. Et bien que de nos jours l'accès aux soins et aux médicaments se fait plus facilement, nombreux Réunionnais se tournent toujours vers les tisaneurs. C'est dire la place toute particulière qu'occupe la tisane dans les pratiques locales.
Frantz Ledoyen dit Kakouk est tisaneur à l'Entre-Deux. "Le métier, je l'ai appris avec mon père depuis mes six ans", explique-t-il. "C'est un savoir qui se transmet de génération en génération", confie l'Entre-deusien.
En ces temps froids, pour les états grippaux, ce dernier conseille une mare de tisane à prendre dès le début des symptômes. "Dans ce mélange, on retrouve la liane de synthe, le bois de rongue, le patte poule à parfum, le pistache marron, le bois cassant, le faham, des feuilles de quinquina, des feuilles de bois de jacque marron, la lingue à café, la liane zig zag et les larmes de la vierge", détaille Frantz Ledoyen. "Ce sont toutes des plantes endémiques sauf les larmes de la vierge qu'on retrouve aussi en Martinique sous le nom de "à tous maux" ", souligne-t-il.
"Ce mélange on peut le boire comme un thé sur trois jours", poursuit le tisaneur. "Mais à l'origine le marc de tisane on le mettait à macérer sur le rhum", raconte-t-il. "Lorsque c'est prêt, on dilue une cuillère à soupe du mélange dans du miel, ça fait comme un sirop. Sur trois jours, si c'est pris à temps, ça peut éliminer une bronchite", assure-t-il. Le passionné des plantes rappelle tout de même : "pour les enfants, vous vous en douterez, le thé sera plus approprié".
Il n'est pas rare que certaines personnes viennent rencontrer Kakouk lorsque même sous antibiotiques, leur grippe ne passe pas. "Si avec des antibiotiques ça ne passe pas, c'est que le foie ne régule pas. Cela peut être dû au stress, à l'anxiété. Dans ce cas, je propose une tisane à base de quinquina et de bois de jacque marron à boire durant les trois jours suivant en décoction", conseille Frantz Ledoyen.
Pour rencontrer Kakouk et obtenir ses conseils de tisaneur sur différents problèmes, c'est possible. Pour cela, il faut avant tout l'appeler ou lui laisser un message. Par la suite, il vous recevra (un samedi sur deux) chez lui à l'Entre-Deux, uniquement après avoir échangé avec la personne par téléphone.
Autre remède d'une tisaneuse, Diane Payet de la tisanerie de l'Etang Saint-Paul. Tout comme Kakouk, elle conseille de prendre un mélange de plantes dès l'apparition des premiers symptômes de la grippe. "A la tisanerie, je propose un mélange spécial grippe", indique-t-elle. "C'est principalement à base de cerise, de thym, d'eucalyptus, de cassis et de cannelle", détaille cette dernière. "Je conseille toujours aux clients de faire attention au dosage qui diffère entre un adulte, un adolescent ou un jeune enfant", insiste-t-elle.
"Pour un adulte, je préconise quatre cuillères à soupe du mélange infusé dans un litre d'eau à boire sur la journée durant cinq jours", indique Diane Payet. Pour ceux qui seraient réticents à l'infusion, la tisaneuse propose le même mélange sous forme de sirop : "C'est un sirop classique de curcuma dans lequel on retrouve les mêmes plantes".
Là encore, elle appelle à la vigilance concernant les dosages : "Pour un adulte, ce sera deux cuillères à soupe trois fois par jour. Pour un enfant d'environ deux ans, la dose sera d'une cuillère à soupe deux fois par jour".
Pour rencontrer Diane Payet, rendez-vous à la Tisanerie de l'Etang au 171 Boulevard du front de Mer à Saint-Paul du lundi au vendredi de 8h30 à 12h30 et de 13h30 à 17h ; le mercredi et samedi de 8h30 à 12h30.
- Petit lexique de la tisanerie -
En infusion, décoction ou macération, on est vite perdu entre les différents modes de préparation des tisanes.
• L'infusion est une préparation liquide dans laquelle les substances d'une plante vont se libérer sous l'action de l'eau bouillante durant quelques minutes.
• La décoction, à la différence de l'infusion, s'applique le plus souvent aux racines ou aux écorces des plantes. Ces dernières sont placées dans l'eau froide, puis le tout est porté à ébullition et maintenu à température entre deux et quinze minute. Par la suite, le mélange est refroidi puis filtré.
• La macération consiste à laisser tremper un végétal dans de l'eau froide, une huile ou encore de l'alcool durant plusieurs heures, jours ou semaines.
En attendant, comme dit l'adage, "mieux vaut prévenir que guérir". S'armer de pulls, d'écharpes, de bonnets et de chaussettes est peut-être l'un des meilleurs remèdes pour résister au froid et aux maladies hivernales.
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