Afrique

La mer chasse les habitants du plus grand bidonville du Liberia

  • PubliĂ© le 27 juillet 2016 Ă  04:05
Des habitants de West Point quittent le bidonville face à la montée des eaux, à Monrovia, le 1er juillet 2016

Ils ont survécu aux guerres civiles et à l'épidémie d'Ebola dans leur pays mais ils capitulent face à l'océan : des milliers d'habitants de West Point, à Monrovia, doivent quitter leur bidonville, le plus grand du Liberia, face à la montée des eaux. Entre 75.000 et 90.000 personnes vivent dans ce quartier de l'ouest de la capitale libérienne, sur une péninsule qui s'avance dans l'Atlantique, dans un labyrinthe d'étroites ruelles boueuses serpentant entre des maisons de plain-pied aux toits de tÎle.

Ce sont des pĂȘcheurs, des commerçants, des "dĂ©brouillards" aux nombreux petits mĂ©tiers, de petits trafiquants et de grands bandits. Pour certains, d'anciens combattants des guerres civiles (1989-2003, 250.000 morts). Une population parmi les plus dĂ©favorisĂ©es dans ce pays de 4,3 millions d'habitants harassĂ©s par la pauvretĂ©.

Cecelia Nimley, 56 ans, a longtemps vĂ©cu Ă  West Point d'oĂč elle a Ă©tĂ© contrainte de partir aprĂšs que des vagues gĂ©antes eurent envahi sa maison et emportĂ© ses biens. C'est arrivĂ© "Ă  deux heures du matin, pendant qu'on dormait", raconte-t-elle Ă  l'AFP. "La lame de fond a balayĂ© les affaires (...). J'ai envoyĂ© mes petits-enfants chez des amis et les plus grands se dĂ©brouillent comme ils peuvent".

Selon les autoritĂ©s locales, les maisons de West Point ont commencĂ© Ă  disparaĂźtre sous les eaux Ă  partir de novembre 2014. Au moins 4.000 habitants ont Ă©tĂ© privĂ©s de leur domicile pour le seul mois d'avril et les familles sont en train d'ĂȘtre rĂ©installĂ©es sur des sites provisoires plus Ă  l'intĂ©rieur des terres.

Cela fait plusieurs annĂ©es que des spĂ©cialistes mettent en garde contre les menaces que font courir les tempĂȘtes et les montĂ©es des eaux sur un certain nombre de villes dans les pays en dĂ©veloppement, dont Monrovia. Masures, cabanes, logements et Ă©choppes faits de matĂ©riaux rĂ©cupĂ©rĂ©s s'empilent Ă  West Point, sur 4 km2, pour beaucoup sans les commoditĂ©s minimales imposĂ©es par les rĂšgles de l'urbanisation : branchements individuels aux rĂ©seaux de distribution d'eau potable, d'Ă©lectricitĂ©, toilettes, assainissement.

Des déchets humains et des ordures ménagÚres se retrouvent parfois en plein air, que charrient les eaux peinant à s'écouler aprÚs les fortes pluies ou les vagues baladeuses. "Concernant l'eau, celle des puits devient salée et nous ne pouvons plus l'utiliser pour la boire ou cuisiner", affirme Amie Myers, 33 ans, mÚre de six enfants.

- Délocaliser -

En mai, la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf a rendu visite aux sinistrés de West Point, qui avaient déjà réchappé à une flambée de violences et à un placement en quarantaine en 2014, au plus fort de l'épidémie d'Ebola au Liberia, alors le pays plus touché par le virus en Afrique de l'Ouest.

En aoĂ»t 2014, des jeunes de West Point armĂ©s de couteaux et de gourdins avaient attaquĂ© un centre d'isolement pour malades victimes d'Ebola, d'oĂč avaient fui des patients en emportant des draps et des matelas souillĂ©s, augmentant les risques de contamination. En rĂ©action, le 20 aoĂ»t, le gouvernement avait placĂ© en quarantaine tout le bidonville, encerclĂ© par un cordon de militaires et de policiers lourdement armĂ©s. Une Ă©meute avait rapidement Ă©clatĂ©, avec jets de pierres et tirs de soldats. Un adolescent a succombĂ© Ă  ses blessures. Dix jours plus tard, la mesure de quarantaine avait Ă©tĂ© levĂ©e.

Bendu Quaye, 27 ans, dont le mari est mort d'Ebola, fait partie des bénéficiaires des logements provisoires - du préfabriqué installé à la hùte sur des parcelles de terrain loin de la mer - aprÚs avoir été hébergée avec ses cinq enfants pendant plusieurs mois dans le studio d'une amie mariée. "Je dormais par terre, à cÎté du lit, avec mes enfants. Quand mon mari rentrait du travail tard le soir pendant que je dormais, je devais prendre mes affaires et quitter la chambre pour lui permettre de se déshabiller et de prendre sa douche", se souvient-elle.

Actuellement, au moins 3.000 habitants sont dans "une situation trÚs grave" et ont besoin d'une aide immédiate, déclare Sampson J. Nyan, préfet chargé du bidonville. D'aprÚs lui, il faudrait 1,5 million de dollars (prÚs de 1,34 million d'euros) pour la construction de logements permanents pour les déplacés de West Point. Une somme énorme pour le maigre budget du Liberia.

Outre ces difficultés de financement, des habitants craignent que des problÚmes fonciers n'entravent leur déplacement.
Demore Moore, président d'une association de victimes de la montée des eaux, presse les autorités d'accélérer la construction de logements sécurisés car, soutient-il, "la seule solution, c'est la délocalisation, sinon la totalité du quartier sera emportée par la mer".

AFP

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