Ce mercredi 22 avril 2026, La Réunion a franchi une étape symbolique avec la mise en circulation de sa première monnaie locale. Le TiKatsou, porté par l’association Nout Moné, entend dynamiser l’économie péi et encourager les circuits courts. (Photos : Stephan Laï-Yu / www.imazpress.com)
C'est une première pour l'île. On en parle depuis plusieurs années et l'heure est enfin arrivée. À l'étang Saint-Paul, cet après-midi, dans une ambiance de marché forain, la scène est inédite.
Ici, pas d'euros, mais des billets colorés et décorés de paysages et personnalités réunionnaises. Pour payer leurs fruits, légumes et autres produits artisanaux, le public brandit ses TiKatsous, en espèces ou en numérique, via l'application mobile.
Pour Laurent Payet-Bridier, co-président de l'association Nout Moné et co-fondateur du TiKatsou, cet événement est historique : "Nous lançons la première monnaie locale complémentaire citoyenne. La première de l'histoire de La Réunion". Les billets sécurisés de 1, 2, 5, 20 et 50 TiKatsous sont actuellement imprimés aux Pays Basques. Écoutez.
- Une monnaie pour faire circuler la richesse localement -
Le principe est simple : 1 TiKatsou équivaut à 1 euro. Mais derrière cette équivalence se cache une logique bien différente. "Ce n’est pas une monnaie qui remplace l’euro, mais un titre d’échange de biens et de services", précise Laurent Payet-Bridier. "L’idée est de faire rester la valeur, la richesse et la production locale, sur le territoire", insiste-t-il. Un levier concret pour soutenir les commerces de proximité, encourager la production péi et renforcer l’emploi. Écoutez.
Pour utiliser cette monnaie, les usagers doivent adhérer à l’association avant d'échanger leurs euros contre des TiKatsous. Une centaine d’adhérents et une vingtaine de professionnels ont déjà rejoint le réseau, encore naissant mais prometteur.
- Un projet ancré dans l’économie sociale et solidaire -
Le TiKatsou s’inscrit dans le cadre de l’économie sociale et solidaire (ESS). Selon l’association, "un paiement en monnaie locale génère entre 25 % et 55 % de richesses supplémentaires pour le territoire".
Présent pour l’événement, Benoît Hamon a salué une initiative porteuse de sens : "Nous parlions de monnaies locales à l’échelle de territoire pour doper et muscler les échanges dans les territoires".
L’ancien ministre a également rappelé que ces dispositifs ont déjà fait leurs preuves ailleurs, à condition d’être largement adoptés : "Ce qui fait qu’une monnaie locale marche, c’est d’abord le fait que c’est un projet dont s’est approprié tout le territoire", il assure. "C'est-à-dire les acteurs politiques et économiques, mais aussi les citoyens du territoire, qui ont décidé de faire de cette monnaie locale un des instruments d'échange. Qui ont choisi de développer le territoire et faire en sorte que l'activité économique, ici, profite aux habitants".
- Une dynamique collective à construire -
Pour réussir, le TiKatsou devra fédérer largement : citoyens, entreprises et collectivités. Benoît Hamon insiste sur ce point. Il évoque notamment le rôle clé des institutions publiques, qui pourraient, à terme, intégrer partiellement cette monnaie dans leurs échanges.
Sur le terrain, les outils sont déjà en place : billets sécurisés, application mobile, réseau de commerçants… et une volonté affichée de grandir progressivement. Puisqu'au-delà de l’expérimentation, le TiKatsou se veut un véritable outil de transformation économique. "Le gain pour le consommateur étant d’être assuré que son argent va être investi à 100 % sur le territoire", souligne Laurent Payet-Bridier.
À La Réunion, où la dépendance aux importations reste forte, cette initiative ouvre une nouvelle voie : celle d’une économie plus locale, plus résiliente et plus solidaire. Reste désormais à voir si les Réunionnais.es s’approprieront cette monnaie. Car comme le rappelle Benoît Hamon, c’est l’adhésion collective qui fera la réussite du TiKatsou.
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"C’est l’adhésion collective qui fera la réussite du TiKatsou." C'est bien le souci. Ce machin est mort avant 1 an. Qui prend les paris ?
J'adhère à l'idée et ses conséquences positives pour le marché local, cependant je crains que l'obligation pour "les usagers d'adhérer à l’association" va freiner fortement l'utilisation ; il faudrait une mise en circulation aussi transparente que la monnaie nationale avec une simple information quant à l'usage strictement limité au territoire.