Moins de 400 bêtes à La Réunion

Boeuf moka : les éleveurs péi se battent pour préserver ce patrimoine en perdition

  • Publié le 13 mars 2024 à 13:28
  • Actualisé le 13 mars 2024 à 17:31

Si jadis le bœuf moka de La Réunion servait principalement à tirer les charrettes et se transmettait de génération en génération, aujourd’hui l'animal est exploité par une quinzaine d’agriculteurs de l’île, essentiellement dans l’Ouest. Les premiers bœufs de la Réunion ont été amenés de Madagascar et laissés en liberté dans la nature. On estime qu'il reste moins de 400 bêtes sur l'île. Depuis 2016, cette race endémique est déclarée comme "menacée". L’Apper (Association pour la protection du patrimoine et de l'écologie de La Réunion) se bat pour sa reconnaissance en tant que élevage local (Photos : rb/www.imazpress.com)

Maximin Delblond, un agriculteur, maraîcher et éleveur, possède un troupeau de 30 bœufs moka qui tournent sur quatre exploitations. Regardez ci-dessous son élevage :

C'est un ami qui l'a convaincu de se lancer dans l'élevage de bœufs moka : "j'ai opté pour ces bœufs car ils constituaient une alternative. En été, il devenait difficile de maintenir notre activité maraîchère sans utiliser de pesticides en grande quantité. Au départ, j'avais envisagé l'élevage de poules pondeuses, mais avec la hausse des prix des concentrés, je me suis tourné vers le boeuf moka", explique-t-il.

Son objectif : valoriser cette viande pour passer directement du producteur au consommateur. "Pour l’instant, l'achat de moka est principalement associé à la fête de l'Aïd ou aux mariages musulmans. Je pense que le boeuf moka a un potentiel gustatif, qui sera aussi bon que les autres", affirme cet éleveur.

Certaines bêtes de l’agriculteur ont été touchées par la leucose bovine mais depuis cette année son cheptel est sain. Cette maladie est responsable de la mort de plusieurs vaches sur l’île depuis de nombreuses années. Regardez ci-dessous son interview :

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- Un patrimoine à préserver -

Olivia Fontaine, présidente de l’Apper (l'Association pour la protection du patrimoine et de l'écologie de La Réunion), joue un rôle crucial dans la préservation de cette race. C’est grâce au travail de son association, que la race a été reconnue comme "espèce menacée".

Et le combat continue : "l’Apper a apporté le dossier de reconnaissance de la race, en qualité d’élevage local et grâce aux travaux du Cirad, on a pu produire des connaissances, pour obtenir cette reconnaissance", explique-t-elle.

"Cette reconnaissance sert à montrer que c’est un patrimoine qui est en train de se perdre et que nous sommes aujourd’hui dans une situation d’urgence. Le fait d’être reconnu comme une race menacée d’extinction doit permettre aux éleveurs d'obtenir des aides spécifiques pour pérenniser leurs élevages, augmenter leur effectif et sortir de ce statut de race menacée", décrit Olivia Fontaine.

Concernant l'extinction de cette race, elle l'explique : "l’espèce est menacée parce qu’on recherche la productivité dans les systèmes d’élevage et donc fondamentalement on va choisir des races plus standardisées, plus conformes à la production de viande, laitière. Les races locales, n’étant pas sélectionnées dans ce sens, sont laissées à l’abandon".

La présidente de l'Apper explique également que "le problème majeur des éleveurs de boeuf moka c’est d’avoir accès à du foncier. Il y a de moins en moins de foncier agricole disponible à La Réunion, il y a le problème de l’urbanisation"

Cette race a également une spécificité : "c’est une race rustique, qui va pouvoir se satisfaire de fourrage ligneux, de fourrage de mauvaise qualité nutritive. Elle va valoriser des espaces non propices à l’agriculture, à la culture. Maintenant elle est dans des systèmes agroécologiques, au lieu d’utiliser des herbicides, d'autres engrais, les éleveurs peuvent nettoyer les vergers, des fruitiers par les élevages de moka". Regardez ci-dessous son interview 

lc/www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

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