Alors que l'université de La Réunion devait passer au mode RCE (responsabilités et compétences élargies) au 1er janvier 2012, un coup de théâtre a eu lieu ce mardi 13 décembre 2011. Le conseil d'administration de l'université a rejeté à l'unanimité ce passage à l'autonomie. La raison : "L'application des RCE consiste à conférer aux établissements d'enseignement supérieur et de recherche une autonomie plus large en leur transférant l'ensemble de leurs moyens humains et financiers. Or, compte tenu de notre situation, les dotations qu'on nous propose ne sont pas suffisantes pour être autonome. Vu que le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche est resté sourd à nos demandes, l'université ne sera pas en mode RCE à partir de 2012", explique Mohamed Rochdi, président de l'université.
L'université de La Réunion s'est portée candidate au passage aux responsabilités et compétences élargies à compter du 1er janvier 2012. Une candidature retenue par le ministère de l'enseignement supérieur en septembre 2011. S'en est suivie une séance de négociations entre l'université locale et le ministère afin de négocier les conditions dans lesquelles allaient être appliquées les RCE."Lors de cet entretien, nous avons soulevé que le plafond d'emploi et la masse salariale qui nous étaient proposés étaient insuffisants au regard du développement de notre université et de ses projets", explique Mohamed Rochdi. "Il faut savoir que depuis 2008, les dotations financières pour les universités ne font que stagner. Pourtant, à La Réunion, nos structures universitaires sont encore jeunes, elles doivent encore se développer, mais les moyens financiers ne suivent pas", ajoute-t-il.
"Après avoir soulevé le problème en octobre, le ministère nous a dit qu'un retour nous serait fait, afin de nous faire une meilleure proposition. Sans réponse pendant un mois, nous avons relancé la demande, car le conseil d'administration devait se réunir le 7 décembre pour définir le budget 2012, et nous voulions des éléments du ministère avant le 1er décembre", continue Mohamed Rochdi.
Le président de l'université ira même jusqu'à convoquer le conseil d'administration le 13 décembre pour laisser un peu plus de temps à une éventuelle réponse. "Ce n'est que le 12 décembre à 22 heures que j'ai eu ma réponse, me signalant qu'aucun changement ne sera effectué, car on ne peut accorder à La Réunion un traitement spécifique", indique Mohamed Rochdi.
Le président de l'université de La Réunion regrette que le passage aux RCE ne soit qu'une "grosse mascarade", "un marché de dupes". "On nous a vendu la chose comme si on allait avoir tous les moyens nécessaires au développement de notre université. Or, ce n'est absolument pas le cas", signale Mohamed Rochdi.
"Certaines universités sont autonomes aujourd'hui et rencontrent des difficultés financières, parce qu'elles ont mal négocié leur plafond emploi et leur masse salariale. Il faut savoir qu'une fois que ces moyens sont négociés, ils sont figés à partir de la date de mise en application, et il est impossible de les renégocier", poursuit Mohamed Rochdi.
Le président déplore "le surcoût dû à l'éloignement", qui représente 3,4 millions d'euros pour l'université de La Réunion, assure-t-il. Sur l'enveloppe de 1,7 milliard d'euros que l'Etat consacre à l'enseignement supérieur et la recherche, le président de l'université demande 10 millions d'euros, soit 0,7% de l'enveloppe, pour couvrir les frais de continuité territoriale des universités ultra-marines. "Le ministère de l'enseignement supérieur m'a rétorqué que tous les présidents d'université devraient aller dans le même sens pour accepter une telle demande. Il faudrait donc convaincre 83 universités de venir au secours des universités d'Outre-mer", résume Mohamed Rochdi.
Le président de l'université de La Réunion souhaite "concourir à l'excellence mais avoir les moyens en conséquence", ce qui implique "un traitement spécifique" de la part du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche.
En attendant, l'université de La Réunion a refusé de voter le budget primitif 2012 en mode RCE, et a opté pour un budget classique, sans conséquence sur le nombre de filières et le nombre d'enseignants. Mais à partir du 1er janvier 2013, dans le cadre de la loi LRU (relative aux libertés et aux responsabilités des universités), toutes les universités françaises devront passer à ce mode RCE. Il reste donc un an à l'université réunionnaise pour convaincre le ministère de l'enseignement supérieur de revoir ses dotations.
Samia Omarjee pour
