Un nouveau jour se lève sur La Réunion ce vendredi 22 juillet 2022. Et si le vent continue à faiblir, du côté des planteurs, le vent de la colère monte encore d'un cran. Deux jours qu'ils se mobilisent devant les usines du Gol et de Bois-Rouge. Deux jours où ils espèrent une réunion avec Tereos pour évoquer le nouveau protocole mis en place par l'industriel. Ils sont fini par obtenir gain de cause. Les commissions mixtes d'usine se sont réunis ce vendredi. "Suite aux réunions CMU à Bois-Rouge et au Gol qui ont lieu cet après-midi; aucune date pour l'ouverture de la campagne dans les deux bassins canniers n'a été actée" annoncent les Jeunes agriculteurs. Du côté de Tereos, le Syndicat du Sucre de La Réunion "prend acte de la décision de la CMU de Bois-Rouge d'ouvrir la campagne sucrière dès ce lundi matin à 6h00. En conséquence, l'usine de Bois-Rouge sera ouverte et les plateformes de Grand Prado et de Bois-Rouge seront ouvertes"
La raison de la colère des planteurs, un nouveau protocole d’échantillonnage des cannes qui règle la question de l’achat canne entre planteurs et industriels. Un protocole que les agriculteurs estime "être passé en force de la part de Tereos.
Département et Chambre d’agriculture ont d’ailleurs dénoncé cette action. "Alors qu’un consensus a été trouvé sous l’impulsion des syndicats agricoles et de l’Etat sur la Convention Canne 2022-2027, les planteurs doivent une nouvelle fois composer avec le bon vouloir de l’industriel qui semble prendre une totale liberté concernant le protocole de campagne", a déclaré Frédéric Vienne. "La Chambre d’agriculture dénonce avec fermeté cet agissement de l’industriel qui pénalise aussi bien le lancement de la campagne dans un contexte ou 1.736 planteurs sur 2.587 n'ont pas atteint la richesse de référence en 2021", a-t-il ajouté.
- Un conflit sans fin -
C’est en mai dernier que l’alerte a commencé à être donnée par les planteurs et leurs représentants syndicaux. Deux mois avant le début de la campagne sucrière, la convention 2022-2027 n’était toujours pas signée et les négociations avec les industriels même pas débutées. Dans un contexte où la richesse en sucre et le prix de la canne baissait, la Chambre d’agriculture avait tiré la sonnette d’alarme. Une enveloppe de 14 millions d’euros avait d’ailleurs été débloquée à destination des agriculteurs.
Le 31 mai 2022, une réunion a lieu au CTICS (Centre technique interprofessionnel de la canne et du sucre) situé à la Providence, entre planteurs et industriels. Malheureusement, une nouvelle fois, le comité paritaire de la canne et du sucre (CPCS) n’arrive pas à se mettre d’accord. Les industriels demandant des aides supplémentaires à l’État, alors qu’une enveloppe de 28 millions d’euros leur avait déjà été accordée. De là, s’installe un climat de tension entre planteurs et industriels, notamment Tereos. Le dialogue est au point mort. Chaque semaine une nouvelle réunion, mais chaque semaine aucune avancée dans les négociations.
Le 21 mai 2022, la mobilisation des planteurs, qui jusque-là assistaient aux réunions, prend un nouveau tournant. Ce jour-là, un mardi, plusieurs convois de tracteurs ont fait route vers le CTICS à Saint-Denis. Pour la première fois, Région et Département étaient présents lors de la réunion de négociation entre planteurs et industriels. Suite à cette mobilisation, les agriculteurs ont été reçus en préfecture le lendemain pour tenter de trouver une solution. À leur sortie, l’intersyndicale s’était dite satisfaite de l’appui apporté par l’État. "L’État a joué son rôle mais Tereos ne fait aucun geste", expliquait Frédéric Vienne, président de la Chambre d’agriculture. C’est ce jour qu’il est également décrété, que chaque réunion se déroulerait désormais en préfecture.
Le lundi 27 juin, le mouvement prend encore de l’ampleur. La vingtaine de tracteurs stationnés devant le CTIS descendent vers les jardins de la préfecture. Planteurs, État, Région, Département son tous d’accord sur un point, " il faut qu’un accord soit trouvé ", disait Serge Hoareau, représentant du Conseil départemental.
Le jeudi 30 juin, alors que les discussions avec Albioma avancent et l’État, du côté de Tereos, les discussions sont au point mort. L’industriel n’étant d’ailleurs pas présent physiquement lors de cette réunion. Une absence que l’intersyndicale avait déclarée comme " un manque de respect ". Et alors que les représentants étaient en réunion, plusieurs tracteurs avaient pris la route direction le Département afin de réclamer l’aide et le soutien des conseillers et du président, Cyrille Melchior.
Mardi 5 juin, journée cruciale pour les planteurs. Une nouvelle réunion se tient avec les planteurs, alors que la campagne aurait déjà dû commencer. Malheureusement, aucune avancée significative n’a été faite et la convention canne toujours pas signée.
Le vendredi 8 juillet, le ministre de l’Intérieur et des Outre-mer et son ministre délégué sont à La Réunion. Une réunion a eu lieu entre les deux représentants de l’État, les industriels et les planteurs, mais la réunion tourne mal, toujours pas de négociations en vue. Le lendemain, c’est seulement avec un membre du cabinet du ministre Gérald Darmanin qu’ils s’entretiennent. Une énième journée marquée par un échec des négociations. Cependant, "grâce à un engagement des ministres, une solution a été proposée, permettant de garantir le maintien du prix de la tonne de canne de référence à 40,07 euros".
Lire aussi - Appel à l'aide des planteurs : "sans convention, la filière cannes - sucre est morte"
Lire aussi - Dominique Clain : "s'il n'y a plus de canne, il n'y a plus d'agriculture"
Mardi 12 juillet, 16 jours que la mobilisation dure pour les planteurs, épuisés physiquement et psychologiquement par ce combat. Le matin, la tension monte alors que les planteurs n’ont plus de nouvelles sur la réunion prévue en préfecture. Le soir, enfin, l’intersyndicale est reçue par le Préfet de La Réunion. Une entrevue qui a finalement abouti à un accord, après plus de trois heures de négociations.
Mais c’est le mercredi 13 juillet, veille de fête nationale, qu’à 16h30, la convention canne 2022-2027 est signée, en présence des représentants syndicaux, des collectivités, des industriels mais également de Jean-François Carenco, ministre délégué aux Outre-mer en visio.
www.ipreunion.com/[email protected]

