Alors que le gouvernement a déposé un amendement étendant la hausse des taxes sur le rhum à tous les départements d’Outre-mer dans le cadre de l'examen du PLF 2026, des députés de gauche dont Karine Lebon, Jean-Hugues Ratenon, Emeline K/Bidi, Perceval Gaillard, et Frédéric Maillot ont à leur tour déposé un amendement pour le compléter. Ils proposent la création d’un fond spécifique où serait versé le produit de la taxe, qui serait réservé uniquement à la lutte contre l’alcoolisme, et le lancement d’une étude d'impact afin de s’assurer que les transferts ne se font pas des alcools fort locaux aux alcools forts extérieurs. (Photo : rb/www.imazpress.com)
La bataille autour de la taxation des alcools forts continue. Ce samedi 10 janvier 2026, plusieurs députés de gauche ont introduit un nouvel amendement autour de la question dans le cadre des débats autour du PLF 2026.
Ils proposent que "le produit des majorations de l’accise sur les alcools perçues à La Réunion (soit) exclusivement affecté au financement des politiques de prévention, de prise en charge et de réduction des risques liés à la consommation d’alcool".
"À cet effet, il est créé un fonds de lutte contre les addictions liées à l’alcool, placé sous l’autorité de l’ARS de La Réunion et associant notamment les acteurs sanitaires, sociaux et judiciaires concernés", détaillent-ils dans l'amendement.
"Ce fonds finance notamment : les actions de prévention et d’éducation à la santé, les dispositifs de repérage précoce et d’accompagnement des personnes en difficulté, la prise en charge sanitaire et médico-sociale des addictions, les actions de protection des enfants et de lutte contre les violences liées à l’alcoolisation. Le produit de la majoration de l’accise lui est intégralement versé".
Un amendement sous conditions : "L’entrée en vigueur du présent article est subordonnée à la réalisation d’une étude d’impact sanitaire et comportementale portant sur les effets de la majoration des tarifs des alcools", soulignent les députés.
Une précision qui vise en particulier "les niveaux et les modalités de consommation, les ventes, les reports de consommation et les substitutions entre catégories de boissons alcoolisées,les indicateurs précoces de dommages sanitaires et sociaux liés à l’alcool, notamment les passages aux urgences, les signalements de violences intrafamiliales et les mesures de protection de l’enfance".
"Cette étude d’impact intègre également une analyse économique précise visant à identifier les effets de la majoration sur la production et la consommation des alcools produits localement et sur la consommation des alcools importés en vue de garantir l’efficacité des objectifs de santé publique", écrivent-ils, dans un délais de six mois.
"L’amendement que nous avons déposé a été élaboré en parfaite concertation avec la Région Réunion", précisent les députés réunionnais.
- Le Département dénonce un amendement "de l'hypocrisie" -
Dans un communiqué publié ce lundi, Cyrille Melchior, président du Département, dénonce un amendement "de l'hypocrisie".
Le Département "ne peut que constater avec une grave inquiétude le dépôt d’un amendement co-signé par plusieurs députés réunionnais du groupe GDR/LFI. Cet amendement de l’hypocrisie illustre une posture de duplicité préoccupante", écrit-il.
"D’un côté, il reconnaît explicitement le principe même de la majoration de la fiscalité sur les alcools forts, sans reprendre les arguments alarmistes précédemment avancés sur de supposés « dégâts économiques terribles ». De l’autre, il introduit des conditions irréalistes qui, sous couvert de technicité, aboutissent à neutraliser concrètement toute action efficace", estime Cyrille Melchior.
" En prétextant une prétendue incompétence du Département, cet amendement propose de transférer à l’Agence régionale de santé (ARS) la création d’un fonds spécifique par décret. Cette orientation est irréaliste, juridiquement fragile et politiquement irresponsable, car elle ouvre la voie à des délais de plusieurs années, à une dilution des responsabilités et, in fine, à une inaction prolongée face à une urgence sanitaire avérée", dit-il.
Le Département "rappelle fermement le cadre juridique existant", rappelant qu'il est "pleinement compétent pour "mettre en œuvre toute aide ou action relative à la prévention ou à la prise en charge des situations de fragilité, au développement social, à l’accueil des jeunes enfants et à l’autonomie des personnes"".
"Prétendre aujourd’hui que le Département ne serait pas légitime pour piloter un outil de prévention et de lutte contre l’alcoolisme relève d’une contradiction manifeste, voire d’une stratégie assumée d’affaiblissement de l’action publique locale", dénonce-t-il.
Cet amendement "dit « de l’hypocrisie » donne l’illusion d’une prise en compte du problème, tout en poursuivant un objectif clair : priver volontairement la Collectivité départementale des moyens d’agir, et donc retarder toute réponse efficace face à un fléau qui coûte chaque année des vies humaines à La Réunion".
Dans le cadre du débat en séance publique à l’Assemblée nationale, le Département "renouvelle solennellement son appel au sens des responsabilités, à la cohérence et au courage politique des députés".
- Vers une nouvelle taxe sur le rhum -
Cet amendement vient s'ajouter à l'amendement étendant la hausse des taxes sur le rhum à tous les départements d’Outre-mer, dont La Réunion, déposé par le gouvernement.
"Aujourd’hui, alors même que j’avais reçu des assurances du cabinet du ministère des outre-mer que ce dispositif resterait en l’état, je découvre que le Gouvernement se dédit et m’a menti : il a déposé un amendement étendant la hausse des taxes sur le rhum à tous les départements d’outre-mer !", dénonce le sénateur Victorin Lurel dans un communiqué.
Le gouvernement qui "il y a à peine un mois, avait approuvé une clause de sauvegarde pour les rhumiers antillais".
Le sénateur demande "à mes collègues députés de repousser en bloc cet amendement qui met gravement en péril tout notre écosystème d’agrotransformation canne-sucre-rhum, de notre savoir-faire et de notre culture".
"Si par malheur le dispositif était adopté, cela reviendrait à permettre aux départements d’appliquer – sous prétexte de lutte contre le fléau de l'alcoolisme – une nouvelle surtaxe de plusieurs centaines d’euros par hectolitres d’alcool", dit le sénateur.
"Selon les socioprofessionnels consultés en urgence, le gouvernement empire ainsi le dispositif déjà dangereux voté au Sénat en déplafonnant cette taxe optionnelle et en ne ciblant plus que les alcools locaux."
Pour la Région Réunion, cette majoration des droits d’accises (taxes indirectes sur la vente ou l'utilisation de certains produits) représenterait selon la présidente Huguette Bello : "une hausse de plus de 1.200% par rapport à la fiscalité actuellement appliquée, soit une surtaxe potentielle de près de 8 euros par bouteille d'un litre".
"En renchérissant ce que nous produisons localement tout en favorisant des produits importés, elle irait à rebours des objectifs de valorisation des filières locales, de relocalisation de la valeur et de renforcement de notre économie, et conduirait mécaniquement à un report de la consommation vers des alcools importés", pestent les organisations économiques de La Réunion.
"La filière du rhum de La Réunion est exclusivement composée de TPE et de PME, qui ne disposent pas de la capacité financière pour absorber un choc fiscal d’une telle ampleur sans mettre en péril les outils de production et les emplois associés."
- L'amendement Fouassin retoqué par la commission des finances -
Le jeudi 8 janvier 2026, la commission des finances a donné un avis favorable à la demande de suppression de l'amendement de Stéphane Fouassin visant à instaurer une nouvelle taxe sur les alcools forts produits à La Réunion.
La demande de rejet a été déposée par un député socialiste de l'Eure, à demande de la présidente de Région, Huguette Bello. "Je l'ai déposé après avoir eu des contacts avec les élus de La Réunion, le conseil régional, la présidente Huguette Bello qui s'offusque de cette disposition adoptée par le Sénat et qui vise à augmenter de 8 euros le prix de la bouteille de rhum à La Réunion au simple motif qu'il faille renflouer les finances du Département, tenu par une majorité proche de la majorité sénatoriale." Écoutez.
Un député de l’Eure « à la demande d’Huguette Bello » fait passer un amendement supprimant le texte du Dr Fouassin pour fiscaliser davantage les spiritueux locaux. Une présidente de Région à nouveau en service commandé des Barons du rhum contre la santé publique à La Réunion. pic.twitter.com/70gl4nxbnG
— David MÉTÉ (@DavidMETE974) January 9, 2026
Le Département "condamne l’amendement adopté en Commission des finances. "À La Réunion, les acteurs associatifs, notamment ceux qui sont engagés dans la prévention et la lutte contre l’alcoolisme soutiennent très majoritairement la majoration de la taxation des alcools forts. C’est notamment le cas de la Fédération Régionale d’Addictologie de La Réunion (FRAR), présidée par le Dr David Mété, qui alerte depuis de nombreuses années sur les conséquences sanitaires et sociales d’une consommation excessive d’alcools forts, favorisée par des prix parmi les plus bas de France", précise la collectivité.
Le Département de La Réunion assume son soutien à l’amendement, qu’il présente comme un levier de santé publique et appelle les députés réunionnais à la "responsabilité" et à ne pas "barrer la route" à cet amendement.
Dans un courrier publié ce vendredi soir, le Medef Réunion, l’ADIR, le CPME Réunion et le Syndicat du sucre viennent apporter leur soutien à la filière.
La décision finale sur cet amendement sera prise prochainement dans l'Hémicycle.
Lire aussi - Taxes sur les alcools forts : derrière la polémique, un véritable fléau à combattre
- 250 décès directs et 450 indirects à cause de l'alcool chaque année à La Réunion -
Ce débat intervient alors que l'alcoolisme à La Réunion tue en moyenne 250 personnes chaque année. "On estime à 250 le nombre de décès par an liés directement à l’alcool (cause directe) et plus de 450 décès au moins en partie imputables à l’alcool", indiquait l'Agence régionale de santé (ARS) en juin dernier.
Si le département est derrière l'Hexagone en termes de consommation quotidienne d'alcool, 10 % des buveurs consomment 69 % des quantités d’alcool bues à La Réunion. Les gros buveurs peuvent consommer jusqu'à 16 verres par jour, soit trois litres d'alcool fort. Soit une moyenne de 112 verres par semaine.
D'après une enquête d'Alcoolisation Chronique Massive à La Réunion (ACMA974), l'alcool le plus consommé reste par ailleurs le rhum et ses dérivés pour 47% des personnes.
• Pour les personnes ayant une forte dépendance à l’alcool, il est conseillé d’en parler à son médecin et d’aller consulter des professionnels spécialisés en addictologie : CSAPA (centre de soins ambulatoires en addictologie) ou services d’addictologie des établissements de santé.
La direction d'Addictions France Réunion accueille les personnes sur son centre de prévention et de formation sur les addictions, ainsi que sur ses centres de soins en addictologie repartis sur l’ensemble de l’île. Toute personne peut se faire accompagner de manière anonyme et totalement gratuite. Renseignements à la direction d’Addictions France au : 02 62 30 22 93 ou sur le site de l’association nationale : https://addictions-france.org/
Pour faire le point sur sa consommation d’alcool, s’informer ou être aidé, RDV sur le site "Alcool-info-service".
Lire aussi - Alcool : la consommation diminue chez les jeunes, mais "les efforts doivent continuer"
www.imazpress.com/[email protected]

Quelle bande de politicards magouilleurs. À vomir.