Ne pas tolérer les intolérables

Pour que Samuel Paty ne soit pas mort pour rien

  • PubliĂ© le 21 octobre 2020 Ă  03:00
  • ActualisĂ© le 21 octobre 2020 Ă  07:40
Hommage au professeur d'histoire-géographie Samuel Paty à Saint-Denis

Tuer pour une caricature ou violer pour une jupe ou un dĂ©colletĂ© jugĂ©s indĂ©cents. VoilĂ  des phĂ©nomĂšnes infĂąmes qui touchent la sociĂ©tĂ© française et qui ont de quoi inquiĂ©ter, surtout lorsqu'ils sont acceptĂ©s voire mĂȘme soutenus par une certaine frange de la population. Un terreau fertile pour les extrĂȘmes (Photo rb/www.ipreunion.com)

C’est souvent le mĂȘme cheminement aprĂšs un acte terrible qui secoue la sociĂ©tĂ© française. Les jugements viennent aprĂšs l’effroi et la condamnation.

Ce fut dĂ©jĂ  le cas en 2015, lors des attentats de Charlie Hebdo et du massacre de sa rĂ©daction Ă  la suite de la publication de caricatures de Mahomet. Nombreux furent les commentaires Ă  souligner le "manque de respect" de ce mĂ©dia, soutenant implicitement, si ce n'est ouvertement, cet effroyable passage Ă  l’acte.

Ce fut encore le cas le 16 octobre 2020 lorsque Samuel Paty a Ă©tĂ© exĂ©cutĂ© pour avoir montrĂ© des caricatures de Mahomet dans un cours sur la libertĂ© d’expression.

La France, La RĂ©union y compris, a Ă©tĂ© bouleversĂ©e. Pourtant trĂšs rapidement sur les rĂ©seaux sociaux et dans les commentaires d'articles relatant ces faits atroces sont arrivĂ©es des condamnations
 de l’attitude du professeur d’histoire-gĂ©ographique et le contenu de son cours.

Ce genre de commentaires ne peut ĂȘtre trouvĂ© qu’en France mĂ©tropolitaine, pourrait-on penser. La RĂ©union, terre de vivre-ensemble citĂ©e en exemple, est Ă©pargnĂ©e pourrait-on estimer. 

Il n’en est rien.

Il suffit de lire certains messages postĂ©s sur les rĂ©seaux sociaux, ou encore d’écouter la radio pour s’en convaincre.

Cela a Ă©tĂ© le cas par exemple ce lundi 19 octobre, sur RĂ©union La1Ăšre radio. L'invitĂ© Ă©tait Bernard Hay, prĂ©sident de l’association des professeurs d’histoire et de gĂ©ographie de l’ocĂ©an Indien. Son propos, clair et prĂ©cis, Ă©tait de dĂ©fendre la libertĂ© d'enseigner dans les limites fixĂ©es par l'Education nationale.

Pourtant lorsque le micro a Ă©tĂ© ouvert aux auditeurs, la majoritĂ© des commentaires rĂ©prouvaient, parfois avec vĂ©hĂ©mence, le contenu du cours de l’enseignant... sans condamner son assassinat.

- Un délit, pas une opinion -

Chacun a bien sĂ»r le droit d’avoir son opinion. C’est le principe mĂȘme de la libertĂ© d’expression. Celle-lĂ  mĂȘme que le professeur voulait enseigner Ă  ses Ă©lĂšves.

Estimer que montrer à des collégiens des caricatures portant sur une religion relÚve de la provocation est une opinion.

Occulter le meurtre de ce professeur est une faute lourde, pas une opinion.

Justifier le sauvage assassinat de celui qui enseignait la libertĂ© est un dĂ©lit puni par les lois, au mĂȘme titre que le racisme, pas une opinion.

Samuel Paty voulait faire rĂ©flĂ©chir ses Ă©lĂšves sur l'essence mĂȘme de la libertĂ© d'expression et au final sur l'exercice de toutes les libertĂ©s.

Éminemment nĂ©cessaire en ces temps oĂč la restriction et l'exclusion semblent ĂȘtre devenues la norme. Qu'une femme soit victime d'un viol et il se trouvera toujours quelqu'un(e) pour lĂącher que cette femme-lĂ  n'avait qu'Ă  porter une jupe plus longue, ou ne pas sortir si tard


Ce type de rĂ©flexions ne seraient le fait que de simples individus aussi misogynes que stupides, serait-il aisĂ© de penser ? Ce n'est plus tout Ă  fait le cas depuis que cette intolĂ©rance est de fait quasiment institutionnalisĂ©e. Le ministre de l’Education nationale lui-mĂȘme a rĂ©cemment Ă©voquĂ© la nĂ©cessitĂ© de porter des tenues "rĂ©publicaines", visant ainsi certains vĂȘtements portĂ©s tout particuliĂšrement par les jeunes filles.

Quand l’Etat lui-mĂȘme stigmatise et sexualise la femme, la sociĂ©tĂ© ne peut que s’engouffrer dans la faille pour expliquer et justifier certains actes, la discrimination, le harcĂšlement, la violence et le viol.

À croire que dans ce monde oĂč la violence est hyper mĂ©diatisĂ©e et les femmes hyper sexualisĂ©es, tolĂ©rer l’intolĂ©rable est devenu la norme, dĂšs lors que l'on estime avoir une "bonne" raison de dominer, de violer, de tuer


Laisser prospĂ©rer ces attitudes et ces comportements fait forcement le lit des extrĂȘmes de toutes obĂ©diances et de toutes croyances.

Il serait bon de s'en souvenir au moment de rendre hommage à Samuel Paty mort pour avoir voulu enseigner LA liberté dans le respect de l'autre, de tous les autres, afin qu'il ne soit pas mort pour rien...

mb / www.ipreunion.com / [email protected]

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4 Commentaires
Mayaqui, depuis son mobile
Mayaqui, depuis son mobile
5 ans

Au pays du "non Ă  la guillotine" on se fait decapiter dans la rue !!! C' est ignoble.

Quand on pense à la filiÚre djihadiste qui s est développée à Lunel, à 2 km de chez nous lorsque ns sommes en métropole,
Et à la peur qui nous tenaille encore dans les rues, on se dit que la république a accepté l inacceptable ...

Il va falloir des décennies pour s'en sortir en appliquant des mesures strictes.

Il a fallu la mort de Samuel Paty , un mort de plus, ce pauvre garçon , pour qu enfin le gouvernement trouve le PRÉTEXTE d'une Intervention plus musclĂ©e .....

Omar
Omar
5 ans

Hypocrisie Ă  voir deux trois tĂȘtes qui penchent Ă  regarder les mini jupes des filles en ville de saint dĂ©nis, et ça vous enseigne le contraire ! Mdr ð??oe

Dadalita
Dadalita
5 ans

La tolérance a-t-elle des limites...blog de Denis Collin...Philosophie et Politique

Une équipe qui perd
Une équipe qui perd
5 ans

Oui, on déjà tellement de flics en trop pour gérer l'insécurité quotidienne générale, les diverses manifs en tout genre (par exemple des Arméniens qui bloquent une autoroute en France, des migrants qui font une grande marche à travers la France, ...), les incivilités relatives au coronavirus, qu'on peut bien se permettre d'en mettre devant chaque école, chaque église, chaque mosquée, ...Super, la gestion du risque terroriste par le gouvernement !