L'ancienne prison, situĂ©e rue Juliette-Dodu, dans le centre-ville de Saint-Denis, se verra bientĂŽt rĂ©habilitĂ©e en un complexe comprenant logements sociaux, commerces et bureaux. Un espace mĂ©moriel de 200 mĂštres carrĂ©s, destinĂ© Ă rappeler l'histoire qui habite ce lieu depuis la pĂ©riode de l'esclavage Ă La RĂ©union, est Ă©galement prĂ©vu sur les plans de construction. Ce vendredi 4 aoĂ»t 2017, le collectif KartiĂ© Lib mĂ©moire et patrimoine OcĂ©an Indien tenait une confĂ©rence de presse Ă Saint-Denis, estimant que le projet, menĂ© par la SHLMR "dĂ©naturait le patrimoine rĂ©unionnais". Un recours va ĂȘtre dĂ©posĂ© au tribunal administratif, aprĂšs que l'association ait pris connaissance du permis de dĂ©molition.
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"Nous ne sommes pas contre les logements sociaux, mais nous avons besoin de préserver l'Histoire pour les générations futures, qui ont besoin de savoir ce qui s'est passé ici", lance Marie-Lyne Champigneul, la présidente du collectif Kartié Lib, mémoire et patrimoine Océan Indien. C'est avant la fin de l'année que les travaux devraient débuter, précédés par trois mois de fouille préventive, obligatoire dans le cadre de la construction.
Le futur projet de la SHLMR, qui a remportĂ© l'appel d'offres lancĂ© par l'Ătat, propriĂ©taire de l'ancienne geĂŽle, "dĂ©naturera le patrimoine et l'Histoire de l'esclavage" selon les expertises de KartiĂ© Lib, qui compte dĂ©poser un recours auprĂšs du Tribunal administratif. Pour l'association, "la parcelle de la geĂŽle de Saint-Denis mĂ©riterait un programme archĂ©ologique entier et non une archĂ©ologie prĂ©ventive qui est un prĂ©alable avant travaux et destruction (âŠ) pour sa meilleure comprĂ©hension historique" Ă©crit-elle dans un communiquĂ©.
Les reproches faits à la SHLMR découlent du plan des nouveaux locaux. "On est censé garder en espace mémoriel un lieu qui n'a pas fait l'objet d'incarcération d'esclaves", explique de son cÎté Patrice Pongérard, anthropologue, qui participait à la conférence de presse de ce vendredi.
La loi Taubira du 21 mai 2001, reconnaissait l'esclavage comme crime contre l'humanité. Pour le collectif, "effacer les traces de cette période est un second crime", tandis que le bùtiment contiendrait des murs datant du XVIIe siÚcle, témoins de cette période historique de l'ßle. "Le site sur lequel repose la geÎle abrite des bùtiments parmi les plus anciens du centre-ville de Saint-Denis", justifie alors l'anthropologue, "et on va détruire des élévations (celles de la geÎle - ndlr) qui ont 250 ans d'histoire".
- La SHLMR prend en compte la dimension historique du bĂątiment -
Une patrimoine historique, que reconnaßt de son cÎté la SHLMR, interrogée par Imaz Press. Le bailleur social déplorait dans un premier temps "que le collectif ne nous l'ait pas convié à la conférence de presse, car nous sommes trÚs ouverts à la discussion" expliquait Olivier Bajard, directeur général de la SHLMR.
Le bailleur social ne "comprend pas" et pense avoir saisi la dimension historique d'un tel bĂątiment, justifiant de respecter un cahier des charges trĂšs strict. "Le mĂ©moriel de 200 mĂštres carrĂ©s sera alimentĂ© par les associations (âŠ) Nous ne sommes pas lĂ pour perdre notre patrimoine, au contraire, nous sommes lĂ pour lui donner une nouvelle jeunesse", tout en prenant en compte la demande des Ă©lus et des habitants en terme de logements dans le centre-ville de Saint-Denis.
Si le collectif peut toujours espĂ©rer qu'un objet de valeur historique soit trouvĂ© pendant les fouilles archĂ©ologiques prĂ©ventives, le bailleur a effectivement envisagĂ© ce cas de figure. "On prend des prĂ©cautions. C'est un monument historique, dans le sens oĂč il a existĂ© pendant longtemps. Nous pensons que nous allons forcĂ©ment retrouver des choses liĂ©es Ă la vie carcĂ©rale, et par forcĂ©ment des objets datant de l'Ă©poque de l'esclavage", prĂ©cise le directeur gĂ©nĂ©ral. Les diffĂ©rents collectifs seront d'ailleurs associĂ©s aux fouilles.
Pour Patrice Pongérard, ce projet souligne "l'étouffement de la période la moins glorieuse de notre jeune histoire, alors que nous conservons des cases créoles". Des symboles positifs du passé.
Deux lectures de l'Histoire diffĂ©rentes qui n'empĂȘcheront pas les travaux de se faire, puisque la Direction des affaires culturelles de l'OcĂ©an Indien, comme l'architecte des bĂątiments de France ont Ă©mis un avis favorable Ă la crĂ©ation du projet de rĂ©habilitation de l'ancienne prison, qui, avant sa fermeture, Ă©tait dĂ©crite comme "la honte de la RĂ©publique" française.
jm/www.ipreunion.com

















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