Courrier des lecteurs de Jean-Claude Moutien

Quel autre choix que Macron pour le Centre ?

  • PubliĂ© le 30 janvier 2017 Ă  11:01
Emmanuel Macron, candidat à la présidentielle, lors d'une conférence de presse le 19 janvier 2017 à Paris

Eh bien voilà, les urnes socialistes ont parlé, et c'est Benoßt Hamon, qui, sans surprise au vu des résultats du 1er tour, sera le candidat du PS et de ses alliés à la prochaine élection présidentielle. Face à lui, les Républicains et ses alliés présenteront François Fillon, comme on le sait depuis plusieurs semaines.

Pour nous, Ă©lecteurs rĂ©ellement centristes et non pas subordonnĂ©s Ă  quelque discipline de parti, quel choix avons-nous ? Certes BenoĂźt Hamon dĂ©fend une laĂŻcitĂ© dans laquelle beaucoup de centristes se reconnaissent, mais comment pourrions-nous adhĂ©rer Ă  sa vision archaĂŻque du travail, qui se partagerait comme un gĂąteau – on a vu ce qu’ont donnĂ© les 35 heures, et il veut maintenant passer Ă  32 – et Ă  son revenu universel qui ressemble Ă  un miroir aveuglant les alouettes utopistes et/ou irrĂ©alistes ?

Certes, François Fillon a placĂ© le travail au centre de son programme, et a une certaine volontĂ© de rĂ©duire le poids administratif qui pĂšse bien plus sur les impĂŽts français que dans la moyenne des pays europĂ©ens ; mais sa vision reste trop durement libĂ©rale pour que le Centre puisse y adhĂ©rer, et non, la France n’a pas un problĂšme avec l’Islam, et non, la colonisation n’a pas Ă©tĂ© un bienfait pour les peuples colonisĂ©s. En Outre-Mer, nous payons encore le prix de cette colonisation, qui a fait de La RĂ©union, par exemple, une terre Ă  sucre pour la MĂ©tropole plutĂŽt qu’à cultures vivriĂšres pour les RĂ©unionnais !

Inutile de parler des candidats dĂ©magogiques et dangereux des deux extrĂȘmes : rien ne tient la route chez eux, si ce n’est leur capacitĂ© Ă  flatter les instincts plutĂŽt que l’intelligence de leurs Ă©lecteurs, et Ă  dessiner Ă  gros traits une rĂ©alitĂ© bien plus complexe.
Alors dans ce contexte, comment s’étonner que le Centre, qu’il soit de droite ou de gauche, se tende vers Macron ? Il y a encore beaucoup de flou dans cette candidature, force est de le reconnaĂźtre. Un programme quasi inexistant ou en tous les cas, non connu.

Une capacitĂ© Ă  gouverner et Ă  diriger un gouvernement, dont on se demande bien de qui il pourrait ĂȘtre constituĂ©, encore sujette Ă  question. Une association avec le bilan de François Hollande, auquel il a contribuĂ© comme conseiller de l’ElysĂ©e puis comme ministre, qu’on ne peut nier. Mais la nationalisation de l’Unedic, l’extension de l’Assurance ChĂŽmage aux travailleurs indĂ©pendants, un temps de travail moins dogmatiquement imposĂ© et dĂ©crĂ©tĂ©, une identitĂ© française forte de toutes ses composantes : reconnaissons que ces idĂ©es sont indĂ©niablement centristes.

Alors, oui, si Macron dĂ©voile un programme consistant, s’il ne s’écroule pas durant la campagne, s’il ne glisse pas sur une des peaux de bananes que ses anciens amis ou adversaires de longue date lui poseront Ă  dessein, il pourrait crĂ©er une vĂ©ritable surprise et se qualifier pour le second tour, et de lĂ , devenir notre futur prĂ©sident. Les mĂ©dias, les sondeurs, nous expliqueront, comme ils commencent dĂ©jĂ  Ă  le faire, que le vote Macron exprime le ras-le-bol des Français vis-Ă -vis des partis traditionnels.

Peut-ĂȘtre, mais il montre dĂ©jĂ  et il montrera davantage encore la dĂ©fiance des Ă©lecteurs vis-Ă -vis des deux candidats caricaturaux que les primaires ont fait Ă©merger des urnes. Si les Ă©lecteurs RĂ©publicains et le PS voulaient faire gagner Macron, ils n’auraient pas pu mieux choisir.

Alors oui, trĂšs probablement, une grande partie des Ă©lecteurs de l’UDI, du Modem et du PS porteront leur vote sur Emmanuel Macron. En espĂ©rant seulement qu’il sera Ă  la hauteur des dĂ©fis que la France se doit de relever aprĂšs avoir perdu 5 voire 10 annĂ©es.

 Jean-Claude Moutien

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