Eh bien voilà , les urnes socialistes ont parlé, et c'est Benoßt Hamon, qui, sans surprise au vu des résultats du 1er tour, sera le candidat du PS et de ses alliés à la prochaine élection présidentielle. Face à lui, les Républicains et ses alliés présenteront François Fillon, comme on le sait depuis plusieurs semaines.
Pour nous, Ă©lecteurs rĂ©ellement centristes et non pas subordonnĂ©s Ă quelque discipline de parti, quel choix avons-nous ? Certes BenoĂźt Hamon dĂ©fend une laĂŻcitĂ© dans laquelle beaucoup de centristes se reconnaissent, mais comment pourrions-nous adhĂ©rer Ă sa vision archaĂŻque du travail, qui se partagerait comme un gĂąteau â on a vu ce quâont donnĂ© les 35 heures, et il veut maintenant passer Ă 32 â et Ă son revenu universel qui ressemble Ă un miroir aveuglant les alouettes utopistes et/ou irrĂ©alistes ?
Certes, François Fillon a placĂ© le travail au centre de son programme, et a une certaine volontĂ© de rĂ©duire le poids administratif qui pĂšse bien plus sur les impĂŽts français que dans la moyenne des pays europĂ©ens ; mais sa vision reste trop durement libĂ©rale pour que le Centre puisse y adhĂ©rer, et non, la France nâa pas un problĂšme avec lâIslam, et non, la colonisation nâa pas Ă©tĂ© un bienfait pour les peuples colonisĂ©s. En Outre-Mer, nous payons encore le prix de cette colonisation, qui a fait de La RĂ©union, par exemple, une terre Ă sucre pour la MĂ©tropole plutĂŽt quâĂ cultures vivriĂšres pour les RĂ©unionnais !
Inutile de parler des candidats dĂ©magogiques et dangereux des deux extrĂȘmes : rien ne tient la route chez eux, si ce nâest leur capacitĂ© Ă flatter les instincts plutĂŽt que lâintelligence de leurs Ă©lecteurs, et Ă dessiner Ă gros traits une rĂ©alitĂ© bien plus complexe.
Alors dans ce contexte, comment sâĂ©tonner que le Centre, quâil soit de droite ou de gauche, se tende vers Macron ? Il y a encore beaucoup de flou dans cette candidature, force est de le reconnaĂźtre. Un programme quasi inexistant ou en tous les cas, non connu.
Une capacitĂ© Ă gouverner et Ă diriger un gouvernement, dont on se demande bien de qui il pourrait ĂȘtre constituĂ©, encore sujette Ă question. Une association avec le bilan de François Hollande, auquel il a contribuĂ© comme conseiller de lâElysĂ©e puis comme ministre, quâon ne peut nier. Mais la nationalisation de lâUnedic, lâextension de lâAssurance ChĂŽmage aux travailleurs indĂ©pendants, un temps de travail moins dogmatiquement imposĂ© et dĂ©crĂ©tĂ©, une identitĂ© française forte de toutes ses composantes : reconnaissons que ces idĂ©es sont indĂ©niablement centristes.
Alors, oui, si Macron dĂ©voile un programme consistant, sâil ne sâĂ©croule pas durant la campagne, sâil ne glisse pas sur une des peaux de bananes que ses anciens amis ou adversaires de longue date lui poseront Ă dessein, il pourrait crĂ©er une vĂ©ritable surprise et se qualifier pour le second tour, et de lĂ , devenir notre futur prĂ©sident. Les mĂ©dias, les sondeurs, nous expliqueront, comme ils commencent dĂ©jĂ Ă le faire, que le vote Macron exprime le ras-le-bol des Français vis-Ă -vis des partis traditionnels.
Peut-ĂȘtre, mais il montre dĂ©jĂ et il montrera davantage encore la dĂ©fiance des Ă©lecteurs vis-Ă -vis des deux candidats caricaturaux que les primaires ont fait Ă©merger des urnes. Si les Ă©lecteurs RĂ©publicains et le PS voulaient faire gagner Macron, ils nâauraient pas pu mieux choisir.
Alors oui, trĂšs probablement, une grande partie des Ă©lecteurs de lâUDI, du Modem et du PS porteront leur vote sur Emmanuel Macron. En espĂ©rant seulement quâil sera Ă la hauteur des dĂ©fis que la France se doit de relever aprĂšs avoir perdu 5 voire 10 annĂ©es.
 Jean-Claude Moutien
