Dans une publication Instagram déjà commentée par plus de 20.000 personnes, Dimitri Payet partage un concours plus qu'alléchant. Voiture, montre ou sac de luxe... il vous suffit de commenter le post et aller suivre l'organisateur du concours pour participer. Une publicité qui peut étonner quand on se rend sur le compte de l'organisateur en question. Yomi Denzel, c'est son nom, est un multimillionnaire de 23 ans qui vante les mérites du "dropshipping". Légale mais opaque, cette technique de vente consiste à vendre bien plus cher des produits achetés à prix cassés sur des sites de "bonnes affaires", sans en avoir à gérer le stock et uniquement à travers un travail de communication et d'image de marque. (Photo : Instagram Dimitri Payet)
"Mon ami Yomi Denzel organise le plus gros concours Instagram de 2020 !" écrit le footballeur réunionnais, reprenant mot pour mot le post d'origine publié sur la page de l'ami en question, qui compte quant à lui prÚs d'un million de commentaires.
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La liste des lots a de quoi faire rĂȘver : une Mercedes, une Rolex, un sac Yves Saint-Laurent, un Iphone 11 et des Airpods pro.
La participation est prĂ©sentĂ©e comme un jeu d'enfants : "liker la publication et identifier 2 ami(e)s, aller suivre le compte Instagram de Yomi Denzel". Depuis le nombre de commentaires ne cesse de grimper en flĂšche, au mĂȘme titre que les abonnĂ©s du principal intĂ©ressĂ©, qui s'approche de plus en plus des 800.000 personnes.
- Qui est Yomi Denzel ? -
On s'en doute, derriÚre ce concours incroyable se cache une réalité plus complexe. A commencer par Yomi Denzel, un Suisse au parcours peu commun.
Le jeune homme de 23 ans, déjà multimillionnaire, a de quoi faire couler de l'encre. Avec ses 400.000 abonnés sur sa page Youtube, Yomi Denzel veut raconter comment il est passé "d'étudiant fauché à millionnaire en un an".
Dans un article datant de mars 2019, Le Figaro dans sa chronique "Le rendez-vous des PME" le présente comme un exemple de "l'entreprenariat 2.0". Le jeune homme y explique comment il s'est spécialisé dans un modÚle d'e-commerce bien spécifique : le dropshipping.
Dans une interview attribuée au site "HEC economist", le jeune entrepreneur raconte ses débuts.
"Lorsque jâai créé mon agence de marketing digital, jâai dĂ©couvert une nouvelle niche qui Ă©tait bien plus intĂ©ressante pour moi : le dropshipping. Cela consiste Ă vendre un produit nouveau et/ou peu cher en se fournissant chez des sites comme Ali Express, un site chinois qui contient un nombre presque illimitĂ© de produits. LâidĂ©e principale est que lâon nâa pas besoin de crĂ©er un produit, ni de le stocker, ni de lâenvoyer. Notre seul travail va ĂȘtre de trouver un produit, crĂ©er un site et attirer nos clients dessus par divers moyens. Ensuite une fois seulement que le produit est vendu, on lâachĂšte au fournisseur et on le fait livrer directement chez le client. GrĂące au dropshipping on peut monter un business qui marche en quelques semaines, le risque est limitĂ© et la mise en place est relativement facile Ă faire."
ConcrĂštement, le "dropshipping" ("livraison directe" en Français, bien que ce ne soit techniquement pas le casâŠ) c'est "le fait de crĂ©er une boutique en ligne qui va vendre en rĂ©alitĂ© les produits dâune autre boutique en ligne qui Ă©tait dĂ©jĂ existante et dâempocher une marge qui a Ă©tĂ© fixĂ©e entre les deux" explique trĂšs clairement un vidĂ©aste qui a tentĂ© Ă son tour de crĂ©er une boutique de dropshipping pour montrer Ă quoi ressemble la manĆuvre.
"LâintĂ©rĂȘt câest de ne pas avoir de stock Ă gĂ©rer et de faire de lâargent rapidement sans en investir trop" ajoute le vidĂ©aste.
Comme le marketing de réseau qui consiste à vendre des produits via un systÚme d'abonnement et de parrainage, ces nouveaux modÚles de business en ligne sont florissants mais à la limite de la légalité, comme le rappelle le site Madmoizelle, et ils manquent encore d'une législation claire sur leur sujet, en raison de leur apparition trÚs récente.
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Tout simplement parce que les marges financiĂšres dĂ©gagĂ©es dans ce type de manĆuvre sont loin d'ĂȘtre trĂšs morales. D'abord par l'achat de produits de faible qualitĂ© sur des sites la plupart du temps chinois et fabriquĂ©s dans on ne sait quelles conditions, ensuite par leur revente Ă prix exhorbitant en les faisant passer pour des biens de luxe.
Le travail du "dropshippeur" dans ce cas est d'en faire un produit attractif, sans pour autant gérer le stock. On crée un site, une identité visuelle, un slogan qui sonne bien, et souvent de fausses promotions.
- Des formations payantes pour s'y mettre -
Yomi Denzel, dans son rÎle de modÚle de réussite, propose des formations sur sa page pour devenir à son tour millionnaire. Bien évidemment, les contenus sont payants et les formations d'e-commerce proposées par le jeune homme coûtent 1.497 euros, selon le site suisse 24heures.
Une marge supplémentaire pour le jeune homme qui surfe allÚgrement sur les conséquences sa réputation : les internautes sont séduits, payent, et essaient de faire pareil. Si bien que ses fans ont un nom de fanclub : la "YomNation".
Là encore le parallÚle avec le marketing de réseau est facile. Car dans un cas comme dans l'autre, la réussite dépend de l'acharnement du futur "dropshipper".
Dans un article détaillant les pratiques de Yomi Denzel, un internaute décortique les stratégies du dropshipping en prévenant : non, ce n'est pas accessible à tout le monde. Il parle d'ailleurs de "facilité exagérée".
"Personnellement, jâadore Yomi Denzel et son contenu, mais il faut reconnaĂźtre quâil exagĂšre parfois la facilitĂ© du dropshipping. Il ne dit pas que câest facile mais câest lâimpression quâon a quand on regarde ses vidĂ©os. Les vidĂ©os de Yomi font rĂȘver. On se dit âpourquoi pas moi ?â et on a envie de croire que tout le monde peut y arriver. Mais câest faux, câest un mensonge. Se lancer et rĂ©ussir en dropshipping, en eCommerce ou dans nâimporte quelle activitĂ© sur internet est difficile. On ne va pas se le cacher, vivre du dropshipping nâest pas donnĂ© Ă tout le monde."
Les rĂ©sultats n'arrivent pas par magie. Il faut amasser des abonnĂ©s, se construire un rĂ©seau solide, ĂȘtre certain que la stratĂ©gie de vente va payer, gagner en visibilitĂ© etc. Autant d'outils marketing subtils et difficiles Ă comprendre quand on n'a pas l'esprit un tantinet commercial.
Le modÚle défendu par Yomi Denzel est donc à connaßtre avant de se lancer dans le concours défendu et étonnamment mis en valeur par notre star péi Dimitri Payet.
Car n'oubliez pas que les cadeaux en question ont été payés par l'argent de l'entrepreneur, récolté grùce aux techniques que l'on connaßt. Et n'oubliez pas que pour participer au concours, il est nécessaire d'aller s'abonner au compte du jeune homme. Or plus sa communauté gonfle, plus le nombre de personnes touchées par son commerce est large.
A bon entendeur.
mm / www.ipreunion.com / [email protected]

Article beaucoup trop pessimiste. Tous les commerces fonctionnent de cette façon, renseignez-vous sur les prix d'achat de marchandises que l'on vous vends en distribution, ou du coté des grandes marques.Le commerce fonctionne comme ça, nul besoin de dénigrer le drop qui est juste la solution du 0 stock
TrÚs bon article, l'explication de mécanisme est clair & la lecture est fluide. Merci ! C'est rare de voir ça
Une analyse utile et pertinente.Merci au rédacteur de cet article
Bof, ça ne me dérange pas qu'il soit milliardaire, j'achÚte depuis le début sur Aliexpress exclusivement, déjà qu'ils ont augmenté leur prix, je ne vois pas pourquoi j'irais me faire niker ailleurs