"Nous avons dû attendre 21 jours" : le parcours éprouvant des familles réunionnaises pour rapatrier un proche décédé dans l'Hexagone

  • Publié le 19 juin 2026 à 13:55
avion air france

Ce dimanche 21 juin 2026, après trois semaines d'attente, la dépouille de Gaëlle Preto retrouvera enfin La Réunion. Derrière cette histoire familiale se cache une réalité bien connue : chaque année, des familles réunionnaises confrontées au décès d'un proche dans l'Hexagone doivent faire face à de nombreuses démarches administratives, des délais parfois longs et des coûts pouvant atteindre plusieurs milliers d'euros. (Photo d'illustration Richard Bouhet / www.imazpress.com)

Lorsque Gaëlle Preto est transférée vers l'Hexagone par évacuation sanitaire (Evasan), en mai dernier, sa famille espère un rétablissement. Hospitalisée d'abord à l'hôpital Paul-Brousse puis à la Pitié-Salpêtrière à Paris, la jeune femme décède finalement le 1er juin des suites de complications médicales.

Pour ses proches restés à La Réunion, le deuil laisse rapidement place à une autre épreuve : organiser son retour sur l'île.

"Aujourd'hui, je prends la plume avec beaucoup d'émotion. Cette lettre est née d'une douleur personnelle, mais elle dépasse largement mon histoire familiale", écrit sa belle-sœur, Marinette Preto-Atchicanon, dans un courrier adressé aux élus et à la presse, le 15 juin dernier. "Le 21 juin, après 21 jours d'attente, elle retrouvera enfin sa terre natale et les siens. Vingt-et-un jours à attendre de pouvoir lui rendre l'hommage qu'elle mérite".

- Entre douleur et démarches administratives -

Dans les heures qui suivent le décès, la famille doit gérer simultanément le choc de la disparition et l'organisation du rapatriement. "Tout le monde était abattu par cette nouvelle, mais il fallait réagir vite pour qu'elle nous revienne", raconte Marinette Preto-Atchicanon. "Alors que sa maman et ses frères et sœurs étaient dévastés, il fallait que je tienne le coup. Il fallait continuer à avancer pour faire le nécessaire". 

Première difficulté : l'obtention de l'acte de décès. Faute de proches présents sur place, il faudra attendre trois jours avant que des nièces résidant en Belgique puissent se déplacer pour effectuer les démarches nécessaires.

Commence alors un véritable parcours administratif : contacts avec les pompes funèbres de l'Hexagone et de La Réunion, constitution de dossiers de demande d'aide au Département, recherche de financements, transmission de documents... "Dans un moment où l'on devrait pouvoir se consacrer uniquement à son deuil, nous avons dû consacrer une grande partie de notre énergie à comprendre des procédures, rechercher des informations et trouver des solutions", regrette-t-elle.

- "La mort ne fait pas crédit" -

Au-delà des démarches, le coût du rapatriement constitue souvent un obstacle majeur pour les familles. Dans le cas de Gaëlle, la facture totale s'élève à près de 7.000 euros. Le Département a accordé une aide de 3.000 euros, mais plusieurs milliers d'euros sont restés à la charge de la famille.

"Le versement de l'aide a été très rapide mais une fois la somme reçue, il faut solder la facture. La mort ne fait pas crédit. Heureusement que nous avons pu lancer une cagnotte et que Gaëlle avait beaucoup d'amis", confie sa belle-sœur. "Je remercie d'ailleurs toutes les personnes qui nous ont aidé à la ramener sur son île".

Créé en 1976 et initialement prévu pour aider les familles dans le cadre de transferts sanitaires, le dispositif d'aide du Département a évolué. "Cette aide au rapatriement mortuaire vise à soutenir les familles confrontées à des dépenses souvent importantes et imprévues", précise la collectivité. "Aujourd’hui, elle s’inscrit dans le cadre des compétences départementales en matière d’aide sociale facultative".

Le Département peut ainsi prendre en charge jusqu'à 5.000 euros pour les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire, ou jusqu'à 3.000 euros pour les familles dont les ressources sont inférieures ou égales à 2,5 fois le SMIC.

En 2025, le Département a attribué 80 aides au rapatriement pour un budget de 258.178 euros.

- Une motion votée au Département -

Pour solliciter l’aide, les familles doivent adresser une demande écrite au Président du Département et fournir plusieurs pièces justificatives. Notamment l'acte de décès ou encore un justificatif de ressources.

Cette aide départementale concerne exclusivement les prestations de rapatriement du lieu du décès, dans l'Hexagone ou à l'étranger, jusqu’à l’aéroport Roland-Garros de Gillot, dans la limite des plafonds d’aide prévus. "Les sommes sont versées directement aux entreprises de pompes funèbres ou remboursées à la famille lorsque les frais ont déjà été avancés, à condition que la demande intervienne dans les deux mois suivant le décès", explique le conseil départemental.

Les dépenses non couvertes par le dispositif restent à la charge de la famille. Celle-ci peut, le cas échéant, solliciter un prélèvement sur le compte bancaire du défunt afin de contribuer au règlement des frais funéraires.

Face aux difficultés rencontrées par les familles, malgré les aides existantes, le conseil départemental a adopté, le 17 juin dernier, une motion demandant à l'État de mieux prendre en compte les transferts sanitaires et les rapatriements funéraires dans le cadre de la continuité territoriale. 

Les élus réclament notamment la création d'un dispositif national pérenne permettant de prendre en charge tout ou partie des frais liés aux évacuations sanitaires, aux déplacements des accompagnants et aux rapatriements de dépouilles mortuaires.

- Une procédure encadrée mais parfois méconnue -

Selon la préfecture, les démarches liées au transport d'un corps depuis l'Hexagone ou l'étranger sont réalisées dans le département où survivent le décès. "Aucune démarche n'est à effectuer auprès de la préfecture de La Réunion", précisent les services de l'État.

Concrètement, une entreprise de pompes funèbres doit être mandatée dans l'Hexagone pour organiser la fermeture du cercueil, obtenir les autorisations nécessaires et réserver le transport aérien. Un cercueil hermétique est obligatoire lorsque le transport s'effectue par avion.

Interrogé par Imaz Press, une société de pompes funèbres du nord de l'île évoque une dizaine d'arrivées de corps par an. Si les procédures sont bien établies, les délais peuvent varier selon la rapidité d'obtention des documents administratifs, la disponibilité du fret aérien ou encore la présence de proches sur place.

"Au départ, une date nous avait été donnée. Puis on nous a expliqué qu'il n'y avait pas de place au fret", raconte Marinette Preto-Atchicanon. "C'est horrible à dire, mais la dépouille est comme un colis".

- "On s'est retrouvés seuls à gérer toute la procédure" -

Une incompréhension demeure toutefois au sein de la famille. Gaëlle avait quitté La Réunion dans le cadre d'une Evasan, décidée par les médecins en raison de la gravité de son état de santé. "Elle n'a pas choisi de partir en métropole, elle y a été transférée parce qu'elle avait besoin de soins qui n'étaient pas disponibles ici", souligne Marinette Preto-Atchicanon.

Ses proches s'attendaient donc à bénéficier d'un accompagnement en cas de décès. "On pensait que le CHU allait nous aider ou au moins nous orienter dans les démarches pour la faire revenir. Finalement, on s'est retrouvés seuls à gérer toute la procédure", regrette-t-elle.

Une question qui revient régulièrement chez les familles confrontées à ce type de situation : lorsque le départ est organisé dans le cadre d'une Evasan, pourquoi le retour de la dépouille repose-t-il essentiellement sur les proches ? Sollicité sur ce point, le CHU de La Réunion n'avait pas répondu à nos questions au moment de la publication de cet article.

Lire aussi - Pour que plus aucune famille réunionnaise ne traverse seule cette épreuve

"L'éloignement géographique ne doit jamais devenir une double peine pour une famille endeuillée", insiste Marinette Preto-Atchicanon. À travers son témoignage, elle souhaite aujourd'hui porter la voix de nombreuses familles confrontées à la même réalité.

"Ce n'est ni une accusation ni une polémique. C'est un cri du cœur. Un cri du cœur pour ma belle-sœur, mais aussi pour toutes les familles qui ont vécu cette attente, qui la vivent aujourd'hui ou qui la vivront demain".

La veillée mortuaire est prévue ce dimanche 21 juin à partir de 12h au centre funéraire de Prima. Une cérémonie de bénédiction sera célébrée lundi 22 juin à 14 heures, en l’église du Chaudron, suivie de l’inhumation au cimetière de Prima, à Saint-Denis.

vg / www.imazpress.com / [email protected]

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3 Commentaires
achtung
achtung
1 heure

il y a des pays en guerre, vous êtes au courant ??

Tom
Tom
3 heures

mais elle date de quand cette photo au vu des avions sur le tarmac...?! 🙄

Dauphine
Dauphine
3 heures

Condoléances,
Encore avait vous pu le faire.
Quand en plus s'ajoute l impossibilité physique d aller entreprendre ces démarches. Du vécu Ben voila