Courrier des lecteurs

Pour que plus aucune famille réunionnaise ne traverse seule cette épreuve

  • Publié le 19 juin 2026 à 11:36
  • Actualisé le 19 juin 2026 à 11:49
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Dans un lettre ouverte aux élus, aux décideurs publics et à la presse, Marinette Preto-Atchicanon, rend hommage à sa belle-sœur, Gaëlle et apporte son soutien à toutes les familles confrontées à la perte d'un proche en Hexagone et les difficultés rencontrées pour faire rapatrier le corps du défunt vers La Réunion. Nous publions le courrier de Marinette, dans son intégralité, ci-dessous : (Photo d'illustration Stephan Laï-Yu / www.imazpress.com)

Madame, Monsieur,

Aujourd'hui, je prends la plume avec beaucoup d'émotion.

Cette lettre est née d'une douleur personnelle, mais elle dépasse largement mon histoire familiale.

Je m'exprime en mémoire de ma belle-sœur disparue, mais également pour toutes les familles réunionnaises qui ont vécu, vivent actuellement ou vivront un jour cette même épreuve.

Récemment, notre famille a perdu un être cher dans l'Hexagone.

Comme toutes les familles confrontées à un décès, nous devons faire face à une immense douleur. Pourtant, lorsque le décès survient loin de son île, à cette souffrance s'ajoutent souvent l'attente, les démarches administratives, la recherche de financements et l'incertitude.

À ce jour, notre famille attend toujours le retour de notre proche à La Réunion.

Le 21 juin, après 21 jours d'attente, elle retrouvera enfin sa terre natale et les siens.

Vingt-et-un jours d'attente.

Vingt-et-un jours à attendre de pouvoir lui rendre l'hommage qu'elle mérite.

Vingt-et-un jours durant lesquels nous avons dû faire face à notre douleur tout en recherchant nous-mêmes les solutions nécessaires à son rapatriement.

Pendant cette période, notre famille a dû se renseigner, contacter différents organismes, constituer des dossiers, rechercher des aides et trouver les financements nécessaires pour permettre son retour à La Réunion.

Nous avons eu des échanges avec les pompes funèbres afin de suivre l'évolution du dossier, mais les démarches ont été réalisées par notre famille.

Dans un moment où l'on devrait pouvoir se consacrer uniquement à son deuil, nous avons dû consacrer une grande partie de notre énergie à comprendre des procédures, rechercher des informations et trouver des solutions.

Lire aussi - "Nous avons dû attendre 21 jours" : le parcours éprouvant des familles réunionnaises pour rapatrier un proche décédé en Hexagone

Cette expérience nous a fait prendre conscience d'une réalité qui peut toucher n'importe quelle famille réunionnaise.

Car lorsqu'un proche décède loin de son île, personne n'est réellement préparé à une telle situation.

Comment font les familles qui se retrouvent seules face aux démarches ?

Comment font celles qui ne savent pas vers qui se tourner ?

Comment font celles dont le proche disparu n'avait pas souscrit de contrat obsèques ou de garantie permettant de couvrir ces frais ? Et qu'il n'ont pas de moyens financières ?

Car au-delà des revenus de chacun, un décès reste une épreuve humaine.

Que l'on ait peu de moyens ou davantage de ressources, aucune famille n'est préparée à faire face, dans l'urgence, à des démarches complexes, à des frais imprévus et à une attente parfois longue alors qu'elle traverse déjà l'un des moments les plus douloureux de son existence.

Cette réalité concerne les évacuations sanitaires, mais également toutes les situations où un Réunionnais décède dans l'Hexagone à la suite d'une maladie, d'un accident ou de tout autre drame de la vie.

Une évacuation sanitaire n'est pas un voyage choisi. Lorsqu'une personne quitte La Réunion pour recevoir des soins, c'est parce que son état de santé l'exige. Lorsque le pire survient, sa famille ne devrait pas avoir à affronter seule un parcours aussi éprouvant pour lui permettre de revenir auprès des siens.

Nous comprenons que certaines procédures soient nécessaires et nous savons que de nombreux professionnels accomplissent leur mission avec sérieux et humanité.

Mais il est légitime de s'interroger lorsque des familles doivent parfois attendre plusieurs semaines avant de pouvoir accueillir une dernière fois leur proche.

Chaque jour qui passe est un jour supplémentaire de souffrance.

Chaque jour qui passe retarde le moment du recueillement.

Chaque jour qui passe prolonge une attente déjà difficile à supporter.

Cette lettre n'est dirigée contre personne.

Ce n'est ni une accusation ni une polémique.

C'est un cri du cœur.

Un cri du cœur pour ma belle-sœur.

Un cri du cœur pour toutes les familles qui ont vécu cette attente.

Pour celles qui la vivent aujourd'hui.

Pour celles qui la vivront demain.

Et pour toutes celles qui, dans le silence, affrontent ces difficultés sans toujours savoir vers qui se tourner.

J'interpelle aujourd'hui les députés, les sénateurs, les élus de La Réunion, les ministres concernés, les collectivités publiques ainsi que toutes les personnes ayant le pouvoir de faire évoluer cette situation.

Je leur demande de prendre conscience de cette réalité humaine.

Je leur demande d'engager une réflexion afin d'améliorer l'accompagnement des familles ultramarines confrontées au décès d'un proche dans l'Hexagone.

Je leur demande d'étudier toutes les solutions possibles : un accompagnement administratif plus accessible, une meilleure information des familles, un accès simplifié aux aides existantes, une réflexion sur les conditions de prise en charge des rapatriements et une réduction des délais lorsque cela est possible.

Je n'ai pas la prétention d'avoir toutes les réponses.

Je sais simplement qu'aucune famille ne devrait avoir à porter seule un tel poids au moment de perdre un être aimé.

L'éloignement géographique ne doit jamais devenir une double peine pour une famille endeuillée.

Nous sommes des citoyens français à part entière.

La douleur d'une famille réunionnaise vaut celle de n'importe quelle autre famille.

J'adresse également cet appel à la presse afin que cette réalité soit portée à la connaissance du plus grand nombre et que la voix des familles concernées puisse être entendue.

Parce que derrière chaque dossier, il y a une famille.

Parce que derrière chaque délai, il y a une souffrance.

Parce que derrière chaque rapatriement, il y a des parents, des enfants, des frères, des sœurs, des amis qui attendent simplement de pouvoir dire au revoir à l'un des leurs avec dignité.

Je ne demande pas de compassion pour ma seule famille.

Je demande que cette réalité soit reconnue.

Je demande qu'une réflexion soit engagée.

Je demande que les familles réunionnaises confrontées à cette épreuve soient mieux accompagnées demain qu'elles ne le sont aujourd'hui.

Si cette lettre peut permettre d'éviter à ne serait-ce qu'une seule famille de traverser seule ce que nous vivons actuellement, alors elle aura eu son utilité.

Respectueusement,

Marinette Preto-Atchicanon, en mémoire de ma belle-sœur et en soutien à toutes les familles confrontées à cette réalité.

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1 Commentaires
Alain
Alain
1 heure

Soi-disant Aurélien Centon se vantait de son travail au conseil départemental lors de son conférence de presse ! Beaucoup de discours et peu d'acte. Un grand merci pour sa décision de démissionner. Voilà son bilan.