Le gouvernement à la recherche d’économies

Réforme de l'assurance chômage : taper (encore) sur les plus faibles pour combler le déficit

  • Publié le 29 mars 2024 à 09:14

"Le travail doit toujours mieux payer que l'inactivité", tel est le mot d'ordre de Gabriel Attal. Raison pour laquelle – dans le but de réduire le déficit de la France, "il y aura une réforme de l'assurance chômage cette année". Ce mercredi 27 mars 2024, devant des millions de Français, le Premier ministre s'est exprimé. Le chef du gouvernement s'est notamment prononcé en faveur d'une nouvelle réforme de l'assurance chômage, la troisième depuis 2017. Réduction de la durée d'indemnisation, montant de ces dernières… de quoi fragiliser encore les plus pauvres (Photo www.imazpress.com)

Une réforme en 2019, un rabotage en 2023… c'est donc la troisième fois que le gouvernement s'attaque à la question du travail et surtout aux chômeurs. À croire que cela est devenu une habitude sous Emmanuel Macron.

"On fait les poches aux Français quelques mois après avoir augmenté les députés de 300 euros et les sénateurs de 700 euros", s'insurgent – de droit – les Réunionnais sur les réseaux sociaux.

"On prend encore une fois aux gens qui n'ont rien", poursuit un autre.

On peut y voir là un gouvernement qui préfère représenter les intérêts des plus riches et taper sur les pauvres pour renflouer les caisses. Car il est vrai que les chômeurs sont coupables de ne pas travailler.

Il est plus simple semble-t-il de renforcer la pression sur les demandeurs d'emploi pour qu'ils acceptent "quoiqu'il en coûte" des emplois. Et tant pis s'ils n'y sont pas formés, tant que cela permet à la France de réduire son déficit.

Lire aussi - Attal souhaite une nouvelle réforme "globale" de l'assurance chômage

- Déjà deux réformes pour durcir les règles de l’assurance chômage depuis 2017 -

En 2019, une première réforme était lancée. Son entrée en vigueur avait été repoussée par le gouvernement du fait de l’épidémie de covid-19, puis par des décisions du Conseil constitutionnel et du Conseil d’Etat, avant d’être bien appliquée en décembre 2021.

Elle a augmenté la durée minimale de travail ouvrant des droits, qui avait été portée à six mois, et introduit une dégressivité de 30 % de l’allocation chômage pour les hauts revenus à partir du septième mois.

La seconde réforme a été adoptée fin 2022. Elle permet de moduler les règles de l’assurance chômage en fonction de la situation économique. Certains critères avaient été durcis, à l’initiative du Sénat.

Le texte définitif prévoyait ainsi que les allocations seront supprimées en cas de refus de deux CDI par les personnes en CDD ou en intérim.

- "Le gouvernement va trop loin" -

Interrogés par Imaz Press, c'est sans grande surprise que les syndicats s'indignent.

"Encore une fois c'est scandaleux. On finit par taper sur les chômeurs, chercher l'argent sur les personnes les moins bien loties à la recherche d'un emploi et qui n'ont pas de ressources pérennes", lance Joël Dalleau de la CFDT.

"Nous avons toujours dit, le gouvernement fera tout pour arriver au plein emploi mais les petits trinqueront."

"On veut réduire la durée d'indemnisation, les retraites… Économiser de l'argent mais pas sur les bonnes personnes", ajoute-t-il.

Une exaspération partagée par Patrick Jacquottet de la CFE-CGC. "On n'est bien sûr pas d'accord. Déjà l'encadrement a été pénalisé et l'a on ne veut plus que cela soit bafoué", dit-il.

"Pourtant c'est possible d'essayer de coconstruire autre chose mais là le gouvernement va trop loin."

Dans un communiqué, la FSU le souligne, "durcir encore une fois les règles d'accès à l'indemnisation du chômage et au RSA ne règlera pas le problème du déficit budgétaire de l'État".

"Le gouvernement préfère tordre le bras de privé.es d'emploi pour qu'ils prennent n'importe quel poste à n'importe quel prix, plutôt que de travailler à l'amélioration des conditions d'emploi et de travail de ces postes."

Pour bien comprendre – et alors que la durée des indemnisations des chômeurs a déjà été abaissée de 24 à 18 mois en février 2023 - "une des pistes, c'est de réduire cette durée d'indemnisation de plusieurs mois".

De plus, à l'heure actuelle, il faut avoir travaillé six mois sur les deux années précédentes pour percevoir une allocation chômage. "Là aussi, on peut imaginer, soit de dire : 'Il faut travailler davantage sur les 24 derniers mois' ou alors dire que les six mois s'apprécient sur une durée moins longue qui est, par exemple, 18 mois", a lancé le Premier ministre.

Et ce avec un objectif, réduire le déficit public de la France de 2023, estimé par l'Insee à 5,5% du PIB.

Mais qu'on se rassure, questionné sur une éventuelle hausse de la fiscalité pour réduire le déficit public et augmenter les recettes, Gabriel Attal l’a martelé : "On a toujours dit qu’on n’augmenterait pas les impôts"…

Le premier ministre a beau ne pas balayer l’idée d’une taxe sur les plus riches, comme l’a proposé la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, et n’avoir "aucun dogme" sur le dossier, le locataire de Matignon attend "qu'on lui fasse des propositions".

Au final, pour éviter la faillite à la France c'est, "soit on augmente les impôts, soit vous faites en sorte qu'il y ait encore davantage de gens qui travaillent pour avoir des recettes supplémentaires".

Au final se seront toujours les mêmes qui trinqueront… les Français, et parmi eux les Réunionnais, les plus pauvres.

Lire aussi - A La Réunion au quatrième trimestre 2023, 115.820 personnes étaient à la recherche d'un emploi

www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

guest
8 Commentaires
Under _score
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3 mois

Bonjour,


Les bénéficiaires actuels de l'ASS seront épargnés par cette suppression, dixit Dominique Faure, Ministre déléguée chargée des Collectivités territoriales et de la Ruralité, lors des débats au sénat du 14 février 2024.

L'extrait :

Mme Dominique Faure, ministre déléguée. "Comme vous l'avez indiqué, le Premier ministre a annoncé la suppression de l'allocation de solidarité spécifique, laquelle se fera de manière progressive et ne s'appliquera qu'aux nouveaux bénéficiaires potentiels de l'allocation."

Repris sur X :


@FaureDominique répond à @BurgoaLaurent: "Nous avons besoin de réformer pour mieux accompagner les bénéficiaires de politiques d'insertion, pour mieux revaloriser le travail, pour désmicardiser notre pays! La suppression de l'allocation de solidarité spécifique (ASS) ne s'appliquera qu'aux nouveaux bénéficiaires. Nous avons fait preuve de notre détermination pour soutenir financièrement les départements. Nous regarderons au cas par cas leurs situations."

https://www.senat.fr/seances/s202402/s20240214/s20240214003.html#cribkmk
_questionactualite__955806

Phil
Phil
3 mois

Et pendant ce temps là les actionnaires se gavent et les 5% les plus riches ont doublé leurs profits ... ce sont les amis de Macron ... une seule solution pour lutter : la gauche radicale !

Marécage
Marécage
3 mois

Tirer sur les pauvres pour donner des millions à l Ukraine.

Kunta Kinté
Kunta Kinté
3 mois

" taper (encore) sur les plus faibles pour combler le déficit "

OUI ... OUI ... OUI ... OUI ... , le titre imaz press, 1000 fois vrais

Les MACRO - Nistes, ses carpettes sont totalement dans le déni, ci-après : Mazarin : Colbert, tu raisonnes comme un fromage (comme un pot de chambre sous le derrière d'un malade) ! il y a quantité de gens qui sont entre les deux, ni pauvres, ni riches… Des Français qui travaillent, rêvant d'être riches et redoutant d'être pauvres ! c'est ceux-là que nous devons taxer, encore plus, toujours plus ! Ceux là ! Plus tu leur prends, plus ils travaillent pour compenser… c'est un réservoir inépuisable.

La chute des MACRO - Niens, ses carpettes est EN MARCHE, ci-après : La droite (LR) à l’offensive, jusqu’à la censure ?
"L’hypothèse est sur la table", a lancé ce mardi 26 mars Eric Ciotti sur BFMTV au sujet du projet de loi de finance 2025.

Nous avons tous une bombe atomique , utilisons notre bulletin de vote, contre le système politique du gamin à l'Elysée ?

Pierrot974
Pierrot974
3 mois

D'après divers sondages, une majorité de Français (pas moi) estiment que les chômeurs sont des fainéants qui profitent du système. Dès lors, comment s'étonner que la majorité présidentielle, en cruel manque de voix pour les prochaines élections, aillent dans le sens de cette majorité élective, histoire en plus de racler des fonds de tiroir ?

Lutte ouvrière
Lutte ouvrière
3 mois

Chômeurs : Attal veut leur faire les poches

Avant même que le détail en soit connu, les orientations de Le Maire et Attal ont largement été évoquées, et annoncent la poursuite des attaques contre les travailleurs sans emploi, en les amplifiant encore. Après les réformes de 2019 et de 2023, qui ont appauvri les plus précaires, Macron et ses ministres considèrent froidement qu’il y a encore des économies à faire en les appauvrissant de nouveau !

La dernière attaque, celle de 2023, pas encore appliquée, a consisté à priver les chômeurs en fin de droits de l’ASS, l’allocation spécifique de solidarité, pour la remplacer par le RSA, ce qui n’est pas équivalent. Non seulement l’ASS est compatible avec d’autres allocations comme l’aide au logement, mais elle ouvre des droits à la retraite, en trimestres et en points, ainsi qu’à la retraite complémentaire. Ce n’est pas le cas du RSA. Cette réforme conduira à un appauvrissement délibéré et programmé de ces travailleurs âgés, dans l’incapacité de retrouver un emploi, et qui se trouveront, une fois à la retraite, à toucher au mieux le minimum vieillesse, ce qui signifie la misère jusqu’à la fin de leurs jours.

Les pistes évoquées aujourd’hui sont du même ordre : réduire la durée d’indemnisation, en particulier celle des chômeurs de plus de 55 ans qui seraient, à en croire Le Maire, injustement favorisés par rapport à leurs collègues plus jeunes, et réduire le montant de l’allocation d’une façon ou d’une autre. Ainsi 800 000 chômeurs de plus de 50 ans pourraient être touchés. Cinq millions d’autres chômeurs, de leur côté, sont déjà ponctionnés lourdement depuis que le gouvernement a instauré une durée d’indemnisation variable en fonction du taux de chômage.

Les prétextes invoqués à Matignon et à Bercy ne manquent pas : la dette publique, la menace sur la notation de la France, le plan de rigueur à rebondissements… L’approche des élections aiguise de surcroît les motivations de Macron et de sa bande, qui cherchent à rivaliser avec l’extrême droite et les LR, en s’attaquant aux travailleurs les plus fragiles, en entretenant les préjugés les plus éculés sur les chômeurs qui seraient des assistés et autres bêtises à relents anti-ouvriers. Pourtant, le but réel de ces manœuvres est toujours dans la même optique invariante : pressurer la classe travailleuse, active, sans emploi ou retraitée, pour gonfler les coffres du grand patronat et de la finance.

HULK
HULK
3 mois

Il ne fallait pas voter MACRON;c'est bien fait. Moi je n'ai pas voté pour lui, c'est normal qu'il me maltraite. Mais tous les moutons qui ont voté pour lui, vous avez récolté ce que vous avez semé.

Ded
Ded
3 mois

eh oui, les millionnaires du gouvernement ne se cachent même plus pour dire qu'ils se foutent des pauvres et surtout des chômeurs , des feignasses selon l'idée bien connue des ultralibéraux et qu'ils vont leur en faire baver car il ne faut surtout pas toucher à leurs amis les milliardaires qui les embaucheront lorsqu'ils seront virés du gouvernement!