L'amiante est interdit depuis le 1er juillet 1997. Le matĂ©riau cancĂ©rigĂšne a Ă©tĂ© ultra-exploitĂ© par les industriels durant plus d'un siĂšcle. BĂątiments publics, logements sociaux et privĂ©s, depuis son interdiction c'est la course Ă l'Ă©radication. Au-delĂ du coĂ»t Ă©levĂ© pour les bailleurs et les collectivitĂ©s, il y a le processus en lui-mĂȘme. Des opĂ©rations au cadre lĂ©gislatif et rĂ©glementaire stricts rĂ©gis par les codes du travail, de la santĂ© et de l'environnement. Travailleurs en contact avec le matĂ©riaux, employĂ©s et locataires sont censĂ©s ĂȘtre protĂ©gĂ©s. Une lĂ©gislation stricte mais pas forcĂ©ment respectĂ©e, les bailleurs sociaux rĂ©unionnais sont dans le viseur de plusieurs associations de locataires sur la question de l'amiante.
Un cadre légal strict
La rĂ©glementation spĂ©cifique liĂ©e Ă lâamiante a Ă©voluĂ© ces derniĂšres annĂ©es devenant de plus en plus contraignante, les bailleurs sociaux nâont eu dâautres choix que de se mettre au diapason. La plupart dâentre eux affirme ĂȘtre Ă jour sur le sujet ou que les diagnostics amiante sont en cours dans les logements concernĂ©s, ceux dont le permis de construire est antĂ©rieur au 1er juillet 1997.
Le sujet est technique, il existe plusieurs types de matĂ©riaux et de produits contenant de lâamiante classĂ©s en fonction de leur dangerositĂ© en trois listes, la A, la B et la C. Du plus dangereux pour la santĂ© au moins nocif donc Ă chaque liste une lĂ©gislation diffĂ©rente.
La majoritĂ© des matĂ©riaux contenants de lâamiante prĂ©sents dans les habitations rĂ©unionnaises est classĂ©e dans la liste B. Les mesures du code de la santĂ© publique transmises par la Direction de lâenvironnement, de lâamĂ©nagement et du logement sont claires :
" Il s'agit de repĂ©rer lâensemble des matĂ©riaux susceptibles de contenir de l'amiante, accessibles sans travaux destructifs. Il s'agit lĂ d'amiante liĂ©e qu'on retrouve par exemple dans les dalles de sol, les Ă©lĂ©ments de construction en fibrociment (toitures, canalisations, bacs Ă fleurs), les colles de carrelage...Â
L'objectif est de prendre en compte la prĂ©sence de matĂ©riaux amiantĂ©s lors dâopĂ©rations dâentretien et de maintenance dans les logements ou les parties communes de lâimmeuble. Ce repĂ©rage des matĂ©riaux de la liste B doit ĂȘtre fait avant le 1er fĂ©vrier 2021. "
Les nombreuses problĂ©matiques liĂ©es au diagnostic amiante Ă La RĂ©unionÂ
Ces repĂ©rages sont effectuĂ©s via, ce quâon appelle dans le mĂ©tier des " diagnostics amiante ". RĂ©alisĂ©s par des organismes accrĂ©ditĂ©s, ces diagnostics sont dĂ©terminants, ils permettent de connaĂźtre lâĂ©tat de conservation du matĂ©riau contenant de lâamiante et son degrĂ© de dangerositĂ©. Une vingtaine de prĂ©lĂšvements par diagnostic sont rĂ©alisĂ©s sur plusieurs matĂ©riaux susceptibles de contenir de lâamiante dans un logement.
Pour les bailleurs publics ou privés réunionnais, plusieurs difficultés :
âą dĂ©jĂ le coĂ»t, montant moyen de lâopĂ©ration : environ 1200 euros par logement
⹠le marché des entreprises accréditées pour réaliser ces diagnostics amiante est trÚs restreint à La Réunion
âą aucun laboratoire nâanalyse les rĂ©sultats dans le dĂ©partement
âą les prĂ©lĂšvements sont donc envoyĂ©s en mĂ©tropole et les rĂ©sultats nâarrivent quâau bout dâun mois, au mieuxâŠ
Avec ces obstacles, les bailleurs sociaux ne se sont pas pressĂ©s d'effectuer les diagnostics amiante, ils ont attendu dây ĂȘtre obligĂ©s par un texte de loi entrĂ© en vigueur en 2013. Et ils ont jusquâĂ 2021 pour se mettre en conformitĂ©.
La moitié du parc locatif de la SHLMR est concernée par cette mesure soit un peu plus de 13 000 logements. Le bailleur social a débuté les diagnostics amiante début 2017 et espÚre terminer fin 2019.
Pour le moment, la SHLMR nâaurait rien trouvĂ© dâalarmant " les rĂ©sultats pour cinq logements nous ont interpellĂ©s, nous avons donc fait des mesures dâempoussiĂšrement, une technique qui nous permet de mesurer le taux de fibres dâamiante dans lâair. Nous nâavons pas trouvĂ© dâamiante. " explique Dino SĂ©verin, responsable du service rĂ©habilitation Ă la SHLMR.
Par le passĂ©, le bailleur social a dĂ» rĂ©aliser des opĂ©rations de dĂ©samiantage dâenvergure, notamment Ă Ravine Blanche. Un groupe de 83 logements concernĂ©s, 40 000 euros pour dĂ©samianter chaque logement, une facture salĂ©e sans compter le relogement des familles.
Jusquâici, sur les 13 020 logements de la SHLMR qui pourraient potentiellement contenir de lâamiante dĂ©gradĂ©, 7000 ont Ă©tĂ© validĂ©s, cela veut dire quâil nây a aucun danger pour les locataires. Et vu le prix, on se doute bien que la SHLMR souhaite que ces opĂ©rations de dĂ©samiantage ne se rĂ©pĂštent pas.
Les repĂ©rages amiante obligatoires avant des travaux dans un logement ou une rĂ©habilitationÂ
Pourtant, cela pourrait arriver⊠Car les bailleurs sociaux comme privĂ©s sont aussi tenus de rĂ©aliser des repĂ©rages amiante avant de rĂ©habiliter des logements ou dây rĂ©aliser des travaux. Une obligation inscrite dans la loi Travail de 2016 : " le donneur dâordres a une obligation explicite de repĂ©rage avant travaux de lâamiante ".
Du cĂŽtĂ© de la SIDR, 15 000 logements sur les 26 000 sont concernĂ©s par la rĂ©glementation amiante. Â
Coût total des diagnostics amiante pour la SIDR : 6 millions d'euros. Entre les prélÚvements et les analyses, il faut compter un coût de 450⏠par logement.
Sur ces 15 000 logements, 2 800 sont concernés par la présence d'amiante et font l'objet d'une évaluation périodique des matériaux. La réglementation fixe une périodicité de trois ans pour ces évaluations.
141 logements du parc locatif ont nĂ©cessitĂ© un traitement correctif : retrait ou recouvrement des matĂ©riaux amiantĂ©s "un chiffre anecdotique" selon Vincent Tourmez, responsable de production Ă la SIDR mais tout de mĂȘme la bagatelle de 15 000 euros dĂ©pensĂ©s par logement. Et des locataires relogĂ©s.
La priorité est donnée aux logements occupés. Des mesures d'empoussiÚrement sont faites avant et aprÚs les travaux. Systématiquement, les locataires sont sortis du logement pendant ce traitement.
De plus sur les opérations de rénovation urbaine (ANRU) de Camélias (St Denis) et de Ravine Blanche (St Pierre), ces gros travaux de réhabilitation des bùtiments comprenant des démolitions obligent à l'enlÚvement complet de l'amiante, 200 logements ont été concernés et ont nécessité le relogement des locataires.
Ăcarter les dangers liĂ© Ă lâamiante de la liste B ne passe pas forcĂ©ment par de coĂ»teuses opĂ©rations de dĂ©samiantage, il peut sâagir dâencapsulage, une technique lourde rĂ©servĂ©e Ă des entreprises qualifiĂ©es qui consiste Ă recouvrir le matĂ©riau susceptible de dĂ©gager des fibres dâamiante.
DiffĂ©rentes mĂ©thodes pour Ă©carter le risque amianteÂ
Sur les 8000 logements du parcs locatif de la Semader, 30% environ devaient passer au diagnostic amiante. Les prĂ©lĂšvements sont toujours en cours mais de lâamiante a dĂ©jĂ Ă©tĂ© retrouvĂ© dans 25 logements dans de la colle noire. Le bailleur social a utilisĂ© la technique du recouvrement, moins agressive et onrĂ©reuse que celle de lâencapsulage car lâamiante y est moins dangereux.
Le bailleur social a conscience que le problĂšme est ailleurs notamment, du cĂŽtĂ© des rĂ©habilitations. Trente opĂ©rations ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es pour rĂ©habiliter 2000 logements. Sur quatre opĂ©rations, les experts ont dĂ©couvert la prĂ©sence dâamiante, ce qui reprĂ©sente une centaine de logements et pour une vingtaine de ces logements, une opĂ©ration de dĂ©samiantage a dĂ» ĂȘtre menĂ©e " on a optĂ© pour un plan de retrait, les familles ont Ă©tĂ© relogĂ©es les entreprises ont enlevĂ© lâamiante puis les logements ont pu ĂȘtre remis dans le circuit de la location " explique SĂ©bastien Cuerq, responsable de la rĂ©habilitation Ă la Semader. 15 000 euros de travaux par logement.
" Il ne faut pas ĂȘtre anxiogĂšne mais pas non plus prendre le risque amiante Ă la lĂ©gĂšre " SĂ©bastien Cuerq
Si les bailleurs sociaux interrogĂ©s disent prendre le problĂšme de lâamiante trĂšs au sĂ©rieux, il aura tout de mĂȘme fallu que la lĂ©gislation soit bien plus contraignante et que les diagnostics amiante deviennent obligatoires pour que les bailleurs passent au concret.
Pour la confĂ©dĂ©ration nationale du logement, câest bien lĂ le problĂšme " on a lâimpression que pendant longtemps, les bailleurs sociaux ont sous-estimĂ© la question de lâamiante, comme si lâamiante nâĂ©tait pas mortel Ă La RĂ©union " sâinsurge Ărick Fontaine, lâadministrateur de la CNL.
Il va encore plus loin " les bailleurs jouent sur lâabsence de connaissances des locataires sur leur droits, dâailleurs, ils ne leur transmettent pas les rĂ©sultats de leurs diagnostics amiante alors que câest obligatoire ".Â
Aucun contrĂŽle de l'Ătat sur la question de l'amiante selon la CNLÂ
Ă cela sâajoute, une rĂ©elle dĂ©faillance de lâĂtat selon lâassociatif " lâamende de 1500 euros par logement si le bailleur ne transmet pas les rĂ©sultats du diagnostic amiante au locataire nâest pas appliquĂ©e, câest aussi lâune des raisons pour lesquelles les bailleurs continuent Ă ne pas les transmettre " poursuit Erick Fontaine.
Difficile de savoir quelle est lâautoritĂ© qui gĂšre ces contrĂŽles. Lâagence rĂ©gionale de santĂ© nous a renvoyĂ© vers la prĂ©fecture et la prĂ©fecture vers la direction de lâenvironnement, de lâamĂ©nagement et du logement qui comme son nom ne lâindique pas, ne sâoccupe pas de ce dossier qui a portant attrait au logement " la DEAL n'est pas lâadministration compĂ©tente pour contrĂŽler l'application de ces obligations de repĂ©rage. En outre, les articles rĂ©gissant ces repĂ©rages obligatoires (en dehors de travaux) ne prĂ©voient pas explicitement de contrĂŽle ni de sanctions. "
Les services de l'Ătat se renvoient la balle, rĂ©sultat des courses, on n'a pas le fin mot de l'histoire sur la question des contrĂŽles sur le risque amiante Ă La RĂ©union.Â
fh/www.ipreunion.comÂ

On ne découvre pas maintenant, que l'humain subit les conséquences ou bénéficie des résultats suite aux décisions prises par ses semblables des années auparavant....et quelque soit le domaine : familial / industriel...et l'amiante n'est qu'un exemple parmi tant d'autres...alors qu' à l'origine ce matériau a été adoubé....mettions- nous ou avions- nous les moyens pour pallier cette situation au niveau des logements...quid des particuliers ? quid de l'amiante dans les produits de consommation courante ?
L'amiante ! Nous, on attend toujours que la Région désamiante l'ancienne usine ! https://www.bandcochon.re/photo/15890/