Ce matériau cancérigÚne est interdit depuis 1997

Risque amiante dans les logements sociaux : ni angoisse ni laisser-aller

  • PubliĂ© le 2 mai 2019 Ă  11:15
  • ActualisĂ© le 2 mai 2019 Ă  11:29
La cour d'appel de Paris a de nouveau annulé vendredi les mises en examen des responsables nationaux dans deux dossiers emblématiques du scandale sanitaire de l'amiante

L'amiante est interdit depuis le 1er juillet 1997. Le matĂ©riau cancĂ©rigĂšne a Ă©tĂ© ultra-exploitĂ© par les industriels durant plus d'un siĂšcle. BĂątiments publics, logements sociaux et privĂ©s, depuis son interdiction c'est la course Ă  l'Ă©radication. Au-delĂ  du coĂ»t Ă©levĂ© pour les bailleurs et les collectivitĂ©s, il y a le processus en lui-mĂȘme. Des opĂ©rations au cadre lĂ©gislatif et rĂ©glementaire stricts rĂ©gis par les codes du travail, de la santĂ© et de l'environnement. Travailleurs en contact avec le matĂ©riaux, employĂ©s et locataires sont censĂ©s ĂȘtre protĂ©gĂ©s. Une lĂ©gislation stricte mais pas forcĂ©ment respectĂ©e, les bailleurs sociaux rĂ©unionnais sont dans le viseur de plusieurs associations de locataires sur la question de l'amiante.

Un cadre légal strict

La rĂ©glementation spĂ©cifique liĂ©e Ă  l’amiante a Ă©voluĂ© ces derniĂšres annĂ©es devenant de plus en plus contraignante, les bailleurs sociaux n’ont eu d’autres choix que de se mettre au diapason. La plupart d’entre eux affirme ĂȘtre Ă  jour sur le sujet ou que les diagnostics amiante sont en cours dans les logements concernĂ©s, ceux dont le permis de construire est antĂ©rieur au 1er juillet 1997.

Le sujet est technique, il existe plusieurs types de matĂ©riaux et de produits contenant de l’amiante classĂ©s en fonction de leur dangerositĂ© en trois listes, la A, la B et la C. Du plus dangereux pour la santĂ© au moins nocif donc Ă  chaque liste une lĂ©gislation diffĂ©rente.

La majoritĂ© des matĂ©riaux contenants de l’amiante prĂ©sents dans les habitations rĂ©unionnaises est classĂ©e dans la liste B. Les mesures du code de la santĂ© publique transmises par la Direction de l’environnement, de l’amĂ©nagement et du logement sont claires :

" Il s'agit de repĂ©rer l’ensemble des matĂ©riaux susceptibles de contenir de l'amiante, accessibles sans travaux destructifs. Il s'agit lĂ  d'amiante liĂ©e qu'on retrouve par exemple dans les dalles de sol, les Ă©lĂ©ments de construction en fibrociment (toitures, canalisations, bacs Ă  fleurs), les colles de carrelage... 

L'objectif est de prendre en compte la prĂ©sence de matĂ©riaux amiantĂ©s lors d’opĂ©rations d’entretien et de maintenance dans les logements ou les parties communes de l’immeuble. Ce repĂ©rage des matĂ©riaux de la liste B doit ĂȘtre fait avant le 1er fĂ©vrier 2021. "

Les nombreuses problématiques liées au diagnostic amiante à La Réunion 

Ces repĂ©rages sont effectuĂ©s via, ce qu’on appelle dans le mĂ©tier des " diagnostics amiante ". RĂ©alisĂ©s par des organismes accrĂ©ditĂ©s, ces diagnostics sont dĂ©terminants, ils permettent de connaĂźtre l’état de conservation du matĂ©riau contenant de l’amiante et son degrĂ© de dangerositĂ©. Une vingtaine de prĂ©lĂšvements par diagnostic sont rĂ©alisĂ©s sur plusieurs matĂ©riaux susceptibles de contenir de l’amiante dans un logement.

Pour les bailleurs publics ou privés réunionnais, plusieurs difficultés :

‱ dĂ©jĂ  le coĂ»t, montant moyen de l’opĂ©ration : environ 1200 euros par logement

‱ le marchĂ© des entreprises accrĂ©ditĂ©es pour rĂ©aliser ces diagnostics amiante est trĂšs restreint Ă  La RĂ©union

‱ aucun laboratoire n’analyse les rĂ©sultats dans le dĂ©partement

‱ les prĂ©lĂšvements sont donc envoyĂ©s en mĂ©tropole et les rĂ©sultats n’arrivent qu’au bout d’un mois, au mieux


Avec ces obstacles, les bailleurs sociaux ne se sont pas pressĂ©s  d'effectuer les diagnostics amiante, ils ont attendu d’y ĂȘtre obligĂ©s par un texte de loi entrĂ© en vigueur en 2013. Et ils ont jusqu’à 2021 pour se mettre en conformitĂ©.

La moitié du parc locatif de la SHLMR est concernée par cette mesure soit un peu plus de 13 000 logements. Le bailleur social a débuté les diagnostics amiante début 2017 et espÚre terminer fin 2019.

Pour le moment, la SHLMR n’aurait rien trouvĂ© d’alarmant " les rĂ©sultats pour cinq logements nous ont interpellĂ©s, nous avons donc fait des mesures d’empoussiĂšrement, une technique qui nous permet de mesurer le taux de fibres d’amiante dans l’air. Nous n’avons pas trouvĂ© d’amiante. " explique Dino SĂ©verin, responsable du service rĂ©habilitation Ă  la SHLMR.

Par le passĂ©, le bailleur social a dĂ» rĂ©aliser des opĂ©rations de dĂ©samiantage d’envergure, notamment Ă  Ravine Blanche. Un groupe de 83 logements concernĂ©s, 40 000 euros pour dĂ©samianter chaque logement, une facture salĂ©e sans compter le relogement des familles.

Jusqu’ici, sur les 13 020 logements de la SHLMR  qui pourraient potentiellement contenir de l’amiante dĂ©gradĂ©, 7000 ont Ă©tĂ© validĂ©s, cela veut dire qu’il n’y a aucun danger pour les locataires. Et vu le prix, on se doute bien que la SHLMR souhaite que ces opĂ©rations de dĂ©samiantage ne se rĂ©pĂštent pas.

Les repérages amiante obligatoires avant des travaux dans un logement ou une réhabilitation 

Pourtant, cela pourrait arriver
 Car les bailleurs sociaux comme privĂ©s sont aussi tenus de rĂ©aliser des repĂ©rages amiante avant de rĂ©habiliter des logements ou d’y rĂ©aliser des travaux. Une obligation inscrite dans la loi Travail de 2016 : " le donneur d’ordres a une obligation explicite de repĂ©rage avant travaux de l’amiante ".

Du cÎté de la SIDR, 15 000 logements sur les 26 000 sont concernés par la réglementation amiante.  

CoĂ»t total des diagnostics amiante pour la SIDR : 6 millions d'euros. Entre les prĂ©lĂšvements et les analyses, il faut compter un coĂ»t de 450€ par logement.

Sur ces 15 000 logements, 2 800 sont concernés par la présence d'amiante et font l'objet d'une évaluation périodique des matériaux.  La réglementation fixe une périodicité de trois ans pour ces évaluations.

141 logements du parc locatif ont nĂ©cessitĂ© un traitement correctif : retrait ou recouvrement des matĂ©riaux amiantĂ©s "un chiffre anecdotique" selon Vincent Tourmez, responsable de production Ă  la SIDR mais tout de mĂȘme la bagatelle de 15 000 euros dĂ©pensĂ©s par logement. Et des locataires relogĂ©s.

La priorité est donnée aux logements occupés. Des mesures d'empoussiÚrement sont faites avant et aprÚs les travaux. Systématiquement, les locataires sont sortis du logement pendant ce traitement.

De plus sur les opérations de rénovation urbaine (ANRU) de Camélias (St Denis) et de Ravine Blanche (St Pierre), ces gros travaux de réhabilitation des bùtiments comprenant des démolitions obligent à l'enlÚvement complet de l'amiante, 200 logements ont été concernés et ont nécessité le relogement des locataires.

Écarter les dangers liĂ© Ă  l’amiante de la liste B ne passe pas forcĂ©ment par de coĂ»teuses opĂ©rations de dĂ©samiantage, il peut s’agir d’encapsulage, une technique lourde rĂ©servĂ©e Ă  des entreprises qualifiĂ©es qui consiste Ă  recouvrir le matĂ©riau susceptible de dĂ©gager des fibres d’amiante.

Différentes méthodes pour écarter le risque amiante 

Sur les 8000 logements du parcs locatif de la Semader, 30% environ devaient passer au diagnostic amiante. Les prĂ©lĂšvements sont toujours en cours mais de l’amiante a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© retrouvĂ© dans 25 logements dans de la colle noire. Le bailleur social a utilisĂ© la technique du recouvrement, moins agressive et onrĂ©reuse que celle de l’encapsulage car l’amiante y est moins dangereux.

Le bailleur social a conscience que le problĂšme est ailleurs notamment, du cĂŽtĂ© des rĂ©habilitations. Trente opĂ©rations ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es pour rĂ©habiliter 2000 logements. Sur quatre opĂ©rations, les experts ont dĂ©couvert la prĂ©sence d’amiante, ce qui reprĂ©sente une centaine de logements et pour une vingtaine de ces logements, une opĂ©ration de dĂ©samiantage a dĂ» ĂȘtre menĂ©e " on a optĂ© pour un plan de retrait, les familles ont Ă©tĂ© relogĂ©es les entreprises ont enlevĂ© l’amiante puis les logements ont pu ĂȘtre remis dans le circuit de la location " explique SĂ©bastien Cuerq, responsable de la rĂ©habilitation Ă  la Semader. 15 000 euros de travaux par logement.

" Il ne faut pas ĂȘtre anxiogĂšne mais pas non plus prendre le risque amiante Ă  la lĂ©gĂšre " SĂ©bastien Cuerq

Si les bailleurs sociaux interrogĂ©s disent prendre le problĂšme de l’amiante trĂšs au sĂ©rieux, il aura tout de mĂȘme fallu que la lĂ©gislation soit bien plus contraignante et que les diagnostics amiante deviennent obligatoires pour que les bailleurs passent au concret.

Pour la confĂ©dĂ©ration nationale du logement, c’est bien lĂ  le problĂšme " on a l’impression que pendant longtemps, les bailleurs sociaux ont sous-estimĂ© la question de l’amiante, comme si l’amiante n’était pas mortel Ă  La RĂ©union " s’insurge Érick Fontaine, l’administrateur de la CNL.

Il va encore plus loin " les bailleurs jouent sur l’absence de connaissances des locataires sur leur droits, d’ailleurs, ils ne leur transmettent pas les rĂ©sultats de leurs diagnostics amiante alors que c’est obligatoire ". 

Aucun contrîle de l'État sur la question de l'amiante selon la CNL 

À cela s’ajoute, une rĂ©elle dĂ©faillance de l’État selon l’associatif " l’amende de 1500 euros par logement si le bailleur ne transmet pas les rĂ©sultats du diagnostic amiante au locataire n’est pas appliquĂ©e, c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles les bailleurs continuent Ă  ne pas les transmettre " poursuit Erick Fontaine.

Difficile de savoir quelle est l’autoritĂ© qui gĂšre ces contrĂŽles. L’agence rĂ©gionale de santĂ© nous a renvoyĂ© vers la prĂ©fecture et la prĂ©fecture vers la direction de l’environnement, de l’amĂ©nagement et du logement qui comme son nom ne l’indique pas, ne s’occupe pas de ce dossier qui a portant attrait au logement " la DEAL n'est pas l’administration compĂ©tente pour contrĂŽler l'application de ces obligations de repĂ©rage. En outre, les articles rĂ©gissant ces repĂ©rages obligatoires (en dehors de travaux) ne prĂ©voient pas explicitement de contrĂŽle ni de sanctions. "

Les services de l'État se renvoient la balle, rĂ©sultat des courses, on n'a pas le fin mot de l'histoire sur la question des contrĂŽles sur le risque amiante Ă  La RĂ©union. 

fh/www.ipreunion.com 

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2 Commentaires
Mano
Mano
7 ans

On ne découvre pas maintenant, que l'humain subit les conséquences ou bénéficie des résultats suite aux décisions prises par ses semblables des années auparavant....et quelque soit le domaine : familial / industriel...et l'amiante n'est qu'un exemple parmi tant d'autres...alors qu' à l'origine ce matériau a été adoubé....mettions- nous ou avions- nous les moyens pour pallier cette situation au niveau des logements...quid des particuliers ? quid de l'amiante dans les produits de consommation courante ?

Socrate
Socrate
7 ans

L'amiante ! Nous, on attend toujours que la Région désamiante l'ancienne usine ! https://www.bandcochon.re/photo/15890/