(Actualisé) Ce jeudi 8 octobre 2026, c'est sur la propriété des Barau à Sainte-Marie - terrain convoité par l'État pour installer le futur centre d'enfouissement pour l'Installation de stockage de déchets ultimes (ISDU) - que la maire de la commune, Céline Sitouze, a annoncé saisir le préfet d'un recours gracieux contre le projet. Elle exige trois garanties. Prenant acte du recours, la préfecture assure "encourager ce dialogue, qui doit permettre de lever toute ambiguïté sur les intentions du syndicat, de rassurer les parties prenantes, y compris les propriétaires concernés et d’informer les habitants" (Photos : ville de Sainte-Marie)
Le 29 septembre 2026, le Préfet a signé un arrêté qui prolonge jusqu'en mars 2028 l'autorisation donnée au Sydne de pénétrer et d'occuper une propriété privée à Sainte-Marie pour y concevoir le centre d'enfouissement.
Si la ville de Sainte-Marie ne s'oppose pas à la nécessité de gérer les déchets à La Réunion, elle s'oppose toutefois à la méthode, "prolonger sans bilan, sans information, sans protection des propriétaires".
Pour protéger ses administrés, la maire a décidé de saisir le préfet d'un recours gracieux constructif. Ce recours est permis par l'article 4 de l'arrêté, citant : "le présent arrêté peut faire l'objet d'un recours gracieux auprès du préfet de La Réunion et d'un recours contentieux devant le tribunal administratif de La Réunion, dans le délai de deux mois, à compter de sa publication ou notification". Ce dernier ayant été prolongé de 18 mois le 29 septembre 2026.
"Mon rôle n'est pas de m'opposer à l'État. Mon rôle est de m'assurer que l'État n'oublie pas les Sainte-Mariens. Aujourd'hui, un propriétaire peut voir débarquer des engins sur son terrain sans avoir reçu une lettre recommandée, sans état des lieux, sans savoir ce qu'on a trouvé chez lui pendant les 18 mois précédents. Ce n'est pas acceptable", dit-elle.
- La maire exige trois garanties -
La maire demande au préfet et au Sydne "la transmission à la mairie, aux syndicats et aux familles présents du bilan exhaustif des occupations et études réalisées entre 2024 et 2026, la publication de la carte précise et actualisée des parcelles concernées par la prolongation et l'organisation, dans un délai d'un mois à Sainte-Marie, d'une réunion publique d'information.
"On respecte les propriétaires. C'est notre exigence centrale. La dignité foncière est non négociable", lance Céline Sitouze.
Elle ajoute : "Nous demandons que l'exécution de l'arrêté soit strictement conditionnée à la notification individuelle obligatoire par lettre recommandée avec AR à chaque propriétaire, au moins 15 jours avant, précisant la nature, la durée et l'entreprise mandatée, l'établissement systématique d'un état des lieux contradictoire avant et après, en présence d'un agent assermenté de la ville de Sainte-Marie, garant neutre pour le propriétaire et la mise en place d'un protocole d'indemnisation rapide et forfaitaire en cas de dégâts".
L'édile espère "qu'aucune décision d'implantation définitive ne sera prise sans concertation préalable et sans que le Conseil municipal de Sainte-Marie n'ait été appelé à rendre un avis formel".
- Le Sydne valide l’attribution du marché à un seul groupement -
Le Comité Syndical du Sydne a validé le marché de prestation de service pour le tri, le traitement, la valorisation et le stockage des déchets ménagers, attribué au groupe Suez, pour un montant de 31 millions d’euros, 2 millions d’euros de plus que les estimations sérieuses des services de Sydne.
Jacques Lowinsky, président de la Cinor, a exprimé sa vive préoccupation "face à l’ampleur croissante des moyens financiers que les collectivités comme la Cinor sont contraintes d’engager auprès de grands opérateurs nationaux du secteur".
Cette situation traduit, selon lui, "les effets d’une position de quasi-monopole qui pèse durablement sur les finances des collectivités et, in fine, sur celles des habitants du territoire".
Le Président de la Cinor rappelle qu’une saisine de l’Autorité de la concurrence a été engagée pour des faits susceptibles de caractériser un abus de position dominante dans ce secteur.
- Un impact écologique non négligeable du futur centre d'enfouissement -
Pour la famille Barau, présente depuis plusieurs générations sur ces terrains, outre l'impact de ce projet de site d'enfouissement sur leur terrain, la situation entre deux ravines, risquerait de détruire la biodiversité qui y réside.
"Ils vont rejeter les eaux du site d'enfouissement plus bas mais un expert hydrologique a dit que la ravine Charpentier est riche de chevaquine, de cabot bouche ronde et de petits alevins. Il faut les protéger", alarmait il y a quelque temps Magalie Barau.
Elle ajoutait : "il y a un impact auquel on ne pense pas c'est les camions, la poussière, qui va impacter au-delà du terrain".
- La préfecture de La Réunion rappelle le cadre juridique et les responsabilités dans ce dossier -
La préfecture prend acte de la volonté de la mairie de Sainte-Marie de saisir le Sydne pour obtenir des éclaircissements sur les études réalisées et les alternatives envisagées. L’État "encourage ce dialogue, qui doit permettre de lever toute ambiguïté sur les intentions du syndicat, de rassurer les parties prenantes, y compris les propriétaires concernés et d’informer les habitants", précise la préfecture dans un communiqué.
L’État rappelle "qu’il n’a pas vocation à se substituer aux collectivités dans leurs choix opérationnels. Son rôle se limite à garantir le respect des règles et à faciliter la coordination entre les acteurs. Les décisions finales sur l’ISDU reviennent au Sydne et aux élus locaux, sous la coordination de la Région dans le cadre du Plan Régional de Prévention et de Gestion des Déchets".
Pour ce faire, et suite aux interrogations soulevées concernant les études en cours sur le projet d’une future installation de stockage de déchets ultimes (ISDU), la préfecture de La Réunion rappelle le cadre juridique et les responsabilités de chaque acteur impliqué dans ce dossier.
Concernant le rôle des collectivités et du Sydne, "la gestion des déchets relève exclusivement des collectivités territoriales, conformément à la loi. En l’espèce, le Sydne est compétent pour organiser la collecte et le traitement des déchets sur son périmètre, en lien avec les élus locaux et les habitants. C’est à ce titre qu’il conduit actuellement les études nécessaires à l’identification de solutions adaptées, y compris l’évaluation de plusieurs sites".
"La Région Réunion, quant à elle, joue un rôle stratégique dans la planification de la gestion des déchets via le Plan Régional de Prévention et de Gestion des Déchets (PRPGD), qui fixe les orientations pour une gestion durable et cohérente à l’échelle du territoire. Les choix opérationnels, tels que l’implantation d’une ISDU, relèvent donc des collectivités compétentes", dit-il.
L’État, représenté par le préfet, a lui "pour mission de veiller à la légalité des procédures et d’accompagner les collectivités dans la mise en œuvre de leurs compétences. Dans le cadre des analyses en cours à Sainte-Marie, la prolongation de l’autorisation d’occupation temporaire (AOT) accordée au Sydne répond uniquement à un objectif technique : permettre au syndicat de poursuivre la collecte des données nécessaires à l’achèvement de son analyse technique et économique en cours".
La préfecture ajoute : "Cette mesure ne préjuge en rien des choix finaux, qui reviennent au Sydne et aux élus concernés. Elle vise à garantir que les décisions sont prises sur la base d’éléments complets et objectifs, conformément aux exigences de transparence et à la réglementation applicable".
ma.m/www.imazpress.com/[email protected]


