Le comité syndical du Sydne s'est réuni ce lundi 21 septembre 2026. Au programme, notamment, la signature avec Inovest d'un marché d'un an pour continuer à gérer le traitement des déchets dans le Nord et l'Est de La Réunion. Mais, en arrière-plan, le sujet central reste, encore et toujours la localisation, du futur centre d'enfouissement. Les cartes semblent être rebattues et l'emplacement prévu à Beaufonds, à Sainte-Marie, ne tiendrait plus forcément la corde. (Photo photo Stéphan Laï-Yu/www.imazpress.com)
La gestion des déchets demeure toujours un sujet explosif. Mais, ce lundi, lors du comité syndical du Sydne, l'élément le plus inflammable de ce dossier complexe, à savoir la localisation du futur centre d'enfouissement, a été savamment évité.
Le principal sujet a été celui de la signature d'un nouveau marché avec Inovest, filiale de Suez pour trier, traiter, valoriser et stocker ces rebuts produits dans le nord et l'est de La Réunion. Un marché, acté pour douze mois, pour une somme supérieur à 31 millions d'euros.
Toutefois, en arrière-plan, il était bien présent. D'abord lors de la prise de parole introductive d'Alexandre Lai Kane Cheong, président du Sydne et maire de Sainte-Suzanne, qui a appuyé sur la difficulté de ses administrés à vivre près du centre d'enfouissement de Bel-Air depuis près de 25 ans.
"Les riverains de Sainte-Suzanne se plaignent des récents travaux qui ont lieu au centre d'enfouissement. Nous sommes fatigués de ces nuisances constantes et nous nous sentons bien seuls dans cette bataille. La population est en plein désarroi et pendant toutes ces années, Sainte-Suzanne a dû prendre sa part". Regardez
Mais, outre ce plaidoyer qui a le mérite de poser le contexte, la question du traitement des déchets dans le Nord et l'Est de La Réunion, pourrait aussi connaître une nette évolution. Un changement qui vise à incinérer 70.000 tonnes de déchets par an pour produire de l'électricité. Ces 70.000 tonnes de Combustibles Solides de Récupération (CSR), fabriqués à partir de déchets, pourraient être utilisés dans une chaudière à Bois-Rouge construite par Albioma. Chaudière livrée, en théorie, à la fin de l'année 2026.
- Des solutions pour le centre d'enfouissement à trouver rapidement -
Nouvelle alternative pour valoriser ces déchets, celle de se rapprocher de l'incinérateur Run'Eva à Saint-Pierre, géré par le syndicat de mixte de traitement des déchets du Sud et de l'Ouest, Ileva.
Cet incinérateur, mis en service fin 2026, devrait être en mesure d'absorber une partie des rebuts du Sydne, comme le confirme Patrice Selly, maire de Saint-Benoit et premier vice-président du Sydne.
"Il y a aussi des discussions qui sont en cours avec Ileva, ça fait partie des alternatives envisageables et des discussions ont déjà eu lieu avec monsieur le préfet. Et, si demain, il devait y avoir une issue différente de celle qui a pu être actée dans la précédente mandature du Sydne, moi j'y suis tout à fait favorable.
Aujourd'hui, l'essentiel, c'est qu'on trouve des solutions parce que l'enjeu est colossal." Regardez
Et ces solutions, il va effectivement falloir les trouver rapidement. Car le compte à rebours est déjà bien lancé. Pour rappel, en 2025, 237.840 tonnes de déchets ont été produites dans les zones nord et est de La Réunion, avec une hausse de 10 % à la clé. Ramené par habitant, cela fait une moyenne de 688,29 kilos par an. Et, même sans parler de la problématique et du coût du transport que cela engendre, toute ces matières ne pourront pas être converties en CSR dans le Sud.
Des indicateurs qui montrent que le flux de rebuts ne se tarit pas. Bien au contraire. Dans le même temps, le centre d'enfouissement de Bel-Air, ouvert en 1997, arrive à saturation. Et sa fermeture est toujours prévue pour l'horizon 2028.
- Un nouveau centre situé à Beaufonds à Sainte-Marie -
Déjà sous le coup d'une autorisation de prolongation exceptionnelle de la part de la préfecture, l'Installation de Stockage de Déchets Ultime (ISDN) de Sainte-Suzanne doit être remplacée par un nouveau centre d'enfouissement. Un centre qui doit, théoriquement, se situer dans les Hauts de Sainte-Marie à Beaufonds.
Selon les services de l'État, Beaufonds présente un profil idéal car "sur une quarantaine de sites initialement identifiés, ce site apparaît en effet comme celui qui est le plus favorable sur la base d'une analyse multifactorielle objective". Pas de quoi convaincre Céline Sitouze, maire de Sainte-Marie et deuxième vice-présidente du Sydne.
Cette dernière, qui a bâti une partie de sa campagne municipale sur le refus de voir cet équipement bâti sur sa commune, insiste sur sa volonté de le déplacer. " Il n'y aura pas de centre d'enfouissement à Sainte-Marie. Il y a d'autres terrains en friche qui sont potentiellement exploitables sur ce dossier. Il faut continuer les recherches et les études comme le préfet l'a demandé." Regardez
- Une revalorisation possible des déchets -
À ce stade, en tout cas, les cartes semblent rebattues et l'ensemble des acteurs hésitent encore à se positionner clairement sur cette épineuse question de l'acheminement et de la gestion des déchets. Pour rassurer les habitants de Sainte-Suzanne, accablés depuis des années par la présence du "piton poubelle" qui ne fait que croître, Alexandre Lai Kane Cheong tient quand même à donner une échéance. "Avant la fin de ma mandature, à l'horizon 2028-2029, on aura fermé ce centre d'enfouissement à Bel-Air."
Au final, si tous les maires s'accordent sur la nécessité d'implanter un nouveau centre, aucun ne veut le voir sur le territoire de sa commune. Chacun cherchant, en quelque sorte, à déplacer le problème chez le voisin.
Pourtant, la problématique des déchets sur un territoire contraint et insulaire comme La Réunion, représente un défi majeur. Un défi environnemental déjà, mais aussi économique. Car, désormais, l'heure est plutôt à la valorisation des déchets.
Outre les CSR, on peut aussi envisager pour La Réunion une meilleure réutilisation de ces rebuts sous forme de compost, de biogaz avec la méthanisation ou de réemploi en ce qui concerne le verre, le papier et le métal.
Le sujet est complexe et demande de la hauteur de vue. Reste à voir si les tractations qui auront lieu au Sydne vont permettre d'inclure ces perspectives d'intérêt général et cette vision de long-terme dans l'équation.
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