Saint-Denis : la baisse du pouvoir d'achat pèse aussi sur le Salon de la Maison

  • PubliĂ© le 9 mai 2026 Ă  12:13
  • ActualisĂ© le 10 mai 2026 Ă  06:14
37e salon de la maison

À la Nordev de Saint-Denis, les allées du 37e Salon de la Maison donnent cette année une image contrastée de l’économie réunionnaise. Derrière les stands de décoration, d’aménagement ou de rénovation, les exposants oscillent entre inquiétude sur la baisse du pouvoir d’achat des clients potentiels et satisfaction commerciale. La plupart d'entre eux partagent cependant le même constat : le contexte économique pèse sur les comportements des visiteurs. (Photo Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Organisé du 1er au 10 mai, le rendez-vous réunit cette année 360 exposants sur près de 20.000 m2 d’exposition. Plus de 100 000 visiteurs sont attendus pour cette 37e édition placée sous le thème de “la maison, cœur vivant”.

Si la foule était au rendez-vous pour l'ouverture et le week-end, la semaine a cependant été plutôt morose, d'après plusieurs exposants sur place.

Dans les allées du salon, certains professionnels décrivent en effet une fréquentation en baisse. Commercial dans une entreprise spécialisée dans les écrans déportés, Fabrice de Rouvroy de Saint-Simon reconnaît que "le début de semaine, c’était médiocre. Très peu de monde”.

Selon lui, l’activité s’est seulement réveillée à l’approche du week-end prolongé : “Aujourd’hui, ça commence à être un peu plus actif.” Sans être alarmiste, il admet toutefois que “commercialement, on ne vend pas suffisamment pour être content”.

Même ressenti du côté de Jean-Louis Rousse, de la Case Déco et exposant habitué du salon. "Il y a beaucoup moins de clients, beaucoup moins de pouvoir d’achat. C’est une catastrophe industrielle”, tranche-t-il.

Selon lui, les difficultés observées à la Nordev reflètent une tendance déjà visible en magasin depuis plusieurs mois. "Ça fait au moins six à huit mois qu’on a vu une baisse", constate-t-il. Il souligne également l’absence de certains concurrents cette année, signe selon lui que "venir ici, c’est un investissement qu’il faut pouvoir amortir". 

La baisse de fréquentation en semaine revient régulièrement dans les témoignages, dans un contexte d'inflation particulièrement difficile. Plusieurs exposants affirment avoir surtout compté sur les week-ends et les jours fériés pour attirer du public. "À part aujourd’hui où il y a un peu plus de monde, en semaine ça a été une catastrophe", résume Jean-Louis Rousse.

- Des secteurs qui se portent mieux que d'autres -

Pour d’autres professionnels en revanche, le salon reste un rendez-vous rentable malgré la conjoncture. Thierry Nourly, chargé d’affaires chez Espace Déco depuis 32 ans, affiche un bilan plus positif. "Pour nous, la semaine se passe bien. On a bien bossé", affirme-t-il. Il reconnaît toutefois une fréquentation "moins importante que l’année dernière", sauf lors des journées les plus fréquentées comme les 1er et 8 mai.

Selon lui, certains secteurs résistent mieux parce qu’ils répondent à des besoins essentiels liés à la construction ou à la rénovation. "Quand on est dans le bâtiment, il faut être présent et visible", explique-t-il.

Les dépenses jugées indispensables continuent ainsi d’être réalisées, contrairement à des achats considérés comme plus confortables ou différables. "Nous réalisons des revêtements de murs et de sols, c'est quelque chose qui est essentiel pour toutes les nouvelles constructions. Et les personnes qui ne veulent pas acheter rénovent. Notre secteur est beaucoup moins impactés que d'autres, comme l'ameublement par exemple", cite-t-il.

Le professionnel observe néanmoins un ralentissement du marché de la construction neuve. "Les banques ne jouent pas le jeu. On a très peu de constructions", regrette-t-il. Mais la rénovation permet encore de maintenir l’activité. "Si les gens n’achètent pas, ils rénovent ce qu’ils ont", avance Thierry Nourly.

Cette disparité entre les secteurs apparaît comme l’un des enseignements majeurs de cette édition 2026. Certains exposants parlent d’une année difficile, quand d’autres évoquent même une croissance. C’est le cas de Bilkis Ingar, gérante pour l'enseigne d'ameublement Roche Bois, qui affirme ne pas ressentir les effets de l’inflation sur son activité.

"On a même une croissance par rapport à l’année dernière", assure-t-elle. Son entreprise enregistre, selon elle, "une croissance depuis le début de l’année".

- Inflation et inquiétude -

Dans un contexte marqué par l’inflation et les inquiétudes autour du pouvoir d’achat, les secteurs liés aux besoins essentiels de l’habitat semblent mieux résister, tandis que d’autres peinent à convaincre des visiteurs devenus plus prudents dans leurs dépenses.

"On est surtout venu pour se vendre du rêve, mais on va problablement rentrer les mains vides", sourit Marie-Lise, une jeune femme de 27 ans accompagnée de son mari. "La période est compliquée, et nous n'avons pas vraiment de besoin urgent. Il y a quelques meubles qu'on aimerait peut-être changer, des projets de rénovation qui nous plairaient...Mais ce n'est pas réaliste pour l'instant", regrette-t-elle. 

Même son de cloche pour Claude, 46 ans, qui se rend presque chaque année à l'événement. "J'aime bien flâner dans les allées, prendre quelques idées pour de prochains projets pour ma maison, mais je n'ai pas prévu d'acheter quoique ce soit, ou de prévoir de gros projet de rénovation pour l'instant", dit-il. 

D'autres visiteurs ont des projets bien en tête. "On prévoit d'acheter notre maison dans les mois à venir, on vient donc se renseigner sur les entreprises qui pourraient nous intéresser dans nos rénovations", explique Sarah. "Je ne sais pas si je vais ressortir du salon avec des achats concrets, mais l'objectif est d'avoir au moins des contacts sur tout ce qui touche aux rénovations."

Malgré ces difficultés, le Salon de la Maison demeure un rendez-vous incontournable de l’économie réunionnaise, et continue d'attirer les foules. Les organisateurs présenteront leur bilan ce dimanche, après dix jours de salon.

as/www.imazpress.com / [email protected]

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2 Commentaires
Jul
Jul
4 jours

Quel intérêt ce salon? Qui a de l'argent à dépenser inutilement en billets d'entrée, en carburant pour venir? Et en plus, si le parking est payant.

Dom
Dom
4 jours

Il fallait s’y attendre. Contexte très mauvais mais vous verrez que du côté des organisateurs ça sera un très bon salon, très positifs , très bon bilan comme d’habitude .