La Réunion entre dans la saison sèche avec un lourd déficit en eau

  • Publié le 15 mai 2026 à 06:07
  • Actualisé le 15 mai 2026 à 06:10
Sécheresse

La Réunion aborde la saison sèche dans une situation déjà fragile. Après une saison des pluies 2025-2026 fortement déficitaire, les indicateurs hydrologiques virent progressivement au rouge : baisse précoce des débits des rivières, records de sécheresse, et possibles extensions des restrictions d’eau dans plusieurs communes. (Photo d'illustration Emmanuel Grondin/imazpress.com)

Selon le bilan publié par Météo-France La Réunion, la saison des pluies s’est achevée avec un déficit moyen de précipitations de 45 % à l’échelle de l’île. Entre décembre 2025 et avril 2026, les cumuls moyens ont atteint environ 1.000 mm, contre plus de 1.700 mm habituellement. 

Il s’agit de la deuxième saison des pluies la plus sèche observée depuis plus de cinquante ans.

Après un mois de décembre plutôt favorable, les précipitations ont progressivement chuté à partir de janvier. "Les mois de janvier à avril 2026 constituent même la période de quatre mois la plus sèche jamais enregistrée en 55 ans de mesures", précise Météo France. 

Certaines stations affichent des déficits exceptionnels. La Plaine des Palmistes accuse un déficit de 65 % sur la saison, Bois-Rouge enregistre un déficit de 46 %, Palmiste-Rouge atteint 75 % de déficit entre janvier et avril, Le Brûlé-Val-Fleuri affiche 60 % de déficit, tandis que Bagatelle atteint 50 %.

Météo-France explique notamment cette situation "en partie par l’absence de systèmes tropicaux actifs aux abords de La Réunion". Par ailleurs, "les pluies ont été moins régulières que d’habitude, aboutissant à des cumuls plus faibles".

"Un arrosoir à moitié vide" -

Malgré des perspectives légèrement plus humides pour les prochains mois, les prévisionnistes restent prudents.

"Un signal excédentaire se dégage", explique Météo-France, indiquant que les précipitations attendues pourraient être supérieures aux normales de saison. Mais cette amélioration relative intervient alors que La Réunion entre désormais en saison sèche.

"Pour clarifier la comparaison entre saison sèche et saison des pluies : visualisez un grand arrosoir de jardin, dont le volume représente la normale de précipitations de la saison des pluies", décrivent les prévisionnistes. 

"Actuellement, il n'est qu'à moitié plein car il n'a pas plu assez. À côté, vous avez un petit arrosoir d'intérieur qui représente la saison sèche. Même si vous le remplissiez à ras bord, et quand bien même il déborderait un peu, ça ne représenterait pas autant d'eau que la moitié manquante de votre premier arrosoir", expliquent-ils.

Autrement dit, "même avec des pluies légèrement supérieures aux normales cet hiver austral, le déficit accumulé ces derniers mois ne devrait pas être rattrapé".

Le déficit accumulé lors de la saison des pluies qui s'achève, n'est pas prévu d'être rattrapé pendant la saison sèche qui débute à peine.

- Des rivières déjà en forte baisse -

Du côté de l’Office de l’eau, les observations hydrologiques confirment cette tension croissante sur la ressource.

Malgré une amélioration globale par rapport à l’année précédente, plusieurs cours d’eau restent dans une situation très préoccupante.

Les déficits demeurent particulièrement importants sur la Rivière du Mât, le Bras Noir, la Rivière des Marsouins - où un record du débit moyen le plus faible a été relevé - ainsi qu’au Bras Sainte-Suzanne à Grand Bassin.

Globalement, les rivières montraient encore une légère amélioration en sortie de saison des pluies, malgré la perte de près de la moitié de la pluviométrie. Mais cette amélioration reste fragile.

Dès le mois d’avril, les débits ont commencé à diminuer sur quasiment tous les cours d’eau de l’île, à l’exception du secteur de Saint-Denis où la situation reste stable. Une baisse jugée "particulièrement précoce". "Habituellement, les pluies de mars permettent encore de soutenir les débits à cette période de l’année", nous indique l'Office de l'eau. 

Or, mars et avril ont eux aussi été déficitaires.

Selon l’Office de l’eau, avril 2026 constitue même un mois exceptionnellement sec. Dix cours d’eau ont enregistré leur débit médian le plus faible pour un mois d’avril depuis le début des relevés.

Restrictions d’eau envisagées -

Face à cette situation, un comité sécheresse s’est récemment réuni pour évoquer de possibles restrictions.

Les cinq communes de l’ouest sont déjà concernées par une procédure d’alerte, tandis que le reste de l'île est en vigilance. L’Office de l’eau a également proposé d’étendre ces mesures à Bras-Panon, Saint-André, Saint-Benoît, Plaine-des-Palmistes, Entre-Deux, Le Tampon, Saint-Pierre, Saint-Joseph, Saint-Denis et Sainte-Suzanne.

La décision finale revient toutefois à la préfecture.

L'Office de l'eau rappelle par ailleurs que le niveau d’alerte ne dépend pas uniquement du débit observé dans les rivières, mais aussi de la capacité d’alimentation en eau potable des territoires concernés. Certaines ressources peuvent rester suffisantes malgré des niveaux faibles.

À ce stade, Cilaos n’est donc pas concernée par une alerte, bien que la commune et la Civis ont appelé à une consommation raisonnée des ressources en eau. 

La Réunion entre en tout cas dans la saison sèche avec des réserves déjà affaiblies.

"En fin de saison des pluies, d’habitude, les réserves sont au maximum", rappelle Météo-France. "Or cette année, le déficit est historiquement marqué, et la sécheresse arrive très précocement", concluent les prévisionnistes. 

- Chaque geste compte -

Afin de préserver les nappes et garantir l’eau potable à long terme, la préfecture rappelle les gestes à adopter au quotidien :
• Vérifier les mesures en vigueur dans sa commune via le site VigiEau ou en mairie.
• Adopter les bons réflexes et gestes économes : limiter l’arrosage, prendre des douches plus courtes, éviter le lavage des véhicules hors stations professionnelles.
• Signaler tout gaspillage ou prélèvement suspect à la mairie ou à la préfecture.
• Utiliser des systèmes économes en eau : privilégier le goutte-à-goutte et éviter d’arroser en journée.

as/www.imazpress.com/[email protected]

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