Suicide d’un interne en médecine à La Réunion : une marche blanche pour honorer sa mémoire

  • Publié le 11 mars 2026 à 05:04
  • Actualisé le 11 mars 2026 à 07:03
Les Avirons : une marche blanche en hommage aux deux fillettes tuées par leur père

Le syndicat des internes de l'Océan indien a fait part, le lundi 16 février 2026, du décès d'un interne de la subdivision de l’Océan indien à La Réunion. Il s'agit d'Alexandre Galaor, interne en stage de psychiatrie. Ce samedi 14 mars 2026, ses proches souhaitent organiser une marche blanche en hommage à leur fils qui s’est donné la mort "après un long combat face aux difficultés et aux dysfonctionnements du système hospitalier", écrivent-ils. Cette marche aura lieu à 10 heures devant l’UFR de médecine de Saint-Pierre, suivi d'une procession en direction du CHU Sud (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

La marche se conclura par un temps de témoignages et de recueillement, afin d’honorer la mémoire d’Alexandre Galaor, mais aussi de donner la parole à celles et ceux qui souhaitent partager leur vécu ou exprimer leur soutien.

À travers cet hommage, ses parents "souhaitent non seulement rappeler qui était Alexandre, mais aussi ouvrir un espace de réflexion sur les souffrances que peuvent vivre les étudiants en médecine et les soignants au sein du système hospitalier".

Les parents d’Alexandre invitent les citoyens, les étudiants, les soignants à se joindre à cette marche blanche afin de rendre hommage à Alexandre et de soutenir cette démarche de mémoire et de sensibilisation.

- Alexandre Galaor en avait "assez de couvrir ce système malade" -

Dans son dernier message, transmis par sa famille, Alexandre Galaor avec dévoilé sa dernière volonté. "Que m'a mort serve aux combats pour un meilleurs système de santé".

Il avait indiqué vouloir que "sur le mail du CHU, la cause de ma mort par suicide soit révélée. J'en ai assez de couvrir ce système malade".

Il disait désirer "être compris et pas seulement assimiler à des fainéants sans volonté", mais le savait, si "là on pourra faire des progrès, ce n'est pas la volonté de l'État".

Pourtant, dans une longue lettre, Alexandre Galaor répète que "mon choix de carrière aura toujours été le même médecin depuis aussi loin qui je m’en souvienne". "Cette assurance était telle que ce fut mon seul vœux sur Parcoursup."

"Là commence la vie de jeune médecin et le début de l’enfer du système de santé. Mais cela je ne le découvrivrais que plus tard. Mais plein de signes étaient précurseurs. J’ai probablement vécu les deux meilleures années de ma vie avec la 2ème et 3ème année de médecine. J’ai réalisé le projet de ma vie l’hôpital des nounours, faire de la prévention avec des enfants pour les sensibiliser à leur santé." À cette époque, "ma vision de la médecine reste néanmoins naïve. Pour moi soignant rime toujours avec bienveillant", écrit-il dans une lettre.

Arrivent les stages "entre le chef de service, fou des chiffres qui greffe malgré des contre-indications, produit de ce système de tarification".

"Une pression qui se retranscrit sur les équipes [...] Si on a des médecins pas trop occupés ils peuvent t’apprendre 2/3 trucs sinon on apprends tout seul. Il manque un brancardier car l’hôpital est en sous-effectif structurel et donc on demande l’externe (c’est notre petit nom dans certains services, il se transforme en identité), la secrétaire est occupé va imprimer les bilans sur l’ordi pour les mettre dans le dossier (il informatise les dossiers et allait arrêter le papier) l’AS et tout seul, tu veux pas l’aider et j’en passe mes activités d’intérim."

"Je dénonce ce statut de main-d’œuvre pas cher qui permet à la direction de ne pas embaucher", avait-il écrit.

- "Notre souffrance était minimisée voire invisibilisée" -

Pour la première fois, "j’ai été dépressif mais ça je ne l’accepterait que bien plus tard", a écrit Alexandre Galaro.

"Donc j’ai raté toute ma 4ème année, je n’ai validé que deux matières. J’essaie d’apprendre, j’y arrive, je me sens merdique, je fume puis je culpabilise, je réessaie, j’échoue et on répète. Mais tout ça en excellant en stage parce que le paraître reste tout pour moi, je dois paraître impeccable. Et malgré une année scolaire merdique, mes stages se passa pas sans voir la misère humaine que ce soit celle des soignants au bouts que celle des patients démunis dans un système sanitaire macabre", poursuit Alexandre Galaor.

Il le dit : "notre souffrance était minimisée voire invisibilisée". Si on se plaint, on est faible, pas fait pour ça, c’est un métier passion après tout".

- La profession dénonce des "conditions de formation dégradées" -

"C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès d’un interne de la subdivision de l’Océan Indien, s’ajoutant au nombre trop important d’internes et d’étudiants en Médecine morts par suicide", a écrit le 16 février 2025, le syndicat des internes de l'Océan indien.

"Cette situation ne peut être considérée comme isolée. Elle révèle des violences systémiques et institutionnelles que subissent de nombreux étudiants et soignants tout au long de leur formation et de leur exercice", déplore le syndicat des internes de l'Océan indien.

Le syndicat déplore des "conditions de formation sont particulièrement dégradées : les internes travaillent en moyenne 59 heures par semaine, parfois jusqu'à 80 selon les spécialités ; 1 sur 5 déclare subir des violences sexistes et sexuelles et au moins 14% rapportent des situations de harcèlement au travail".

"À l’hôpital, les étudiants sont trop souvent utilisés comme une main-d'œuvre précaire : ils peuvent se voir attribuer des tâches peu formatrices, accuser un manque d'encadrement et subir des pressions hiérarchiques. De plus, les études médicales demeurent profondément marquées par des inégalités sociales, économiques et territoriales, particulièrement pour les étudiants issus des DROM", note le syndicat.

- "21 % des étudiants en médecine ont présenté des idées suicidaires" -

Selon les enquêtes nationales de 2017, 2021 et 2024 sur la santé mentale des étudiants en Médecine : "21 % ont présenté des idées suicidaires dans l'année et 70 % ont envisagé d'arrêter leurs études au moins une fois par mois".

Si vous en ressentez le besoin, une aide confidentielle et gratuite est disponible 24/24h au 3114, ligne d’écoute et de prévention du suicide. Demander de l’aide est légitime. En cas d’urgence, appelez le 15.

ma.m/www.imazpress.com/[email protected]

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1 Commentaires
Une enquête
Une enquête
1 heure

Une enquête administrative devrait etre menee.

Courage a la famille.