Une mère, dont la fille accuse son beau-père de viols incestueux, dénonce la lenteur de la prise en charge judiciaire et les conséquences psychologiques de cette attente. L'association Écoute-moi, Protège-moi, Aide-moi (EPA), qui accompagne la famille depuis le dépôt de plainte, estime que cette affaire illustre les défaillances du traitement des violences sexuelles faites aux enfants (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
Après le meurtre de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers, et les révélations sur les nombreux signalements visant le principal suspect avant le drame, la prise en charge judiciaire des violences sexuelles sur mineurs est revenue au cœur du débat public.
Le gouvernement a annoncé l'examen à l'automne d'une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants, tandis que la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) continue d'alerter sur les retards et les dysfonctionnements de la justice. Des critiques qui trouvent un écho dans le parcours de cette famille réunionnaise.
"J'attends que ma fille soit écoutée. Ça fait trop longtemps", confie cette mère de famille auprès d'Imaz Press Réunion. Depuis la révélation des faits en 2024, elle affirme avoir multiplié les démarches pour que sa fille obtienne justice.
Selon son témoignage, les violences sexuelles auraient commencé lorsque l'enfant avait huit ans. Elle en a aujourd'hui douze.
Une plainte est déposée en décembre 2024 au commissariat de Saint-André. La mère affirme avoir remis aux enquêteurs plusieurs éléments, dont une vidéo et un enregistrement vocal dans lesquels son mari, aujourd'hui son ex-conjoint en cours de divorce, aurait reconnu les faits.
Pourtant, assure-t-elle, pendant de longs mois, rien ne se passe. "On a porté plainte, on a fait toutes les choses dans l'ordre. Malheureusement, on a été entendues uniquement après la lettre que j'ai envoyée au procureur", assure-t-elle.
- Une interpellation plusieurs mois après la plainte -
Ce n'est qu'après cette relance écrite que le mis en cause est placé en garde à vue, selon la mère, à la mi-juin. Il est ensuite mis en examen et placé sous contrôle judiciaire dans l'attente de son procès, fixé au 15 décembre.
Une décision que la mère peine à comprendre. "Je n'arrive pas à comprendre que la justice le laisse à l'extérieur en attendant son jugement", s'indigne-t-elle.
Elle souligne que l'homme continue d'exercer son activité professionnelle jusqu'à son procès. "Il continue son travail. Il côtoie des familles, des enfants. Nous, pendant ce temps, on vit un calvaire", souffle-t-elle.
Au-delà des délais judiciaires, c'est aussi le déroulement de l'enquête qui bouleverse la famille. La mère raconte que, le jour de la garde à vue, une policière aurait contacté sa fille afin de l'interroger sur les faits.
Selon elle, l'enfant aurait entendu que le suspect reconnaissait un seul viol alors qu'elle évoquait plusieurs agressions.
"On lui a dit : "Il dit qu'il ne l'a fait qu'une seule fois." Mais qu'une seule fois ou plusieurs fois, ça ne change rien. Pourquoi remettre en doute la parole d'un enfant ?", s'indigne la mère.
Elle affirme que cet échange a profondément fragilisé sa fille. "Elle m'a dit : "Tu vois maman, j'ai parlé, mais on ne me croit pas.""
La mère explique que l'adolescente souffre aujourd'hui de multiples traumatismes, suivie par des psychiatres, psychologues et gynécologues.
"Ma fille ne se remettra jamais de tout ça", confie-t-elle.
La famille a quitté La Réunion pour s'installer dans l'Hexagone, espérant reconstruire un quotidien loin de leur agresseur présumé. Mais, selon la mère, les conséquences psychologiques demeurent.
Elle explique que le psychiatre qui suit sa fille s'inquiète désormais de la présence d'idées suicidaires.
- Une affaire accompagnée par l'association EPA -
L'association Écoute-moi, Protège-moi, Aide-moi (EPA) suit cette famille depuis décembre 2024. Sa présidente, Jessy Yong Peng, explique avoir accompagné la mère lors du dépôt de plainte au commissariat de Saint-André avant de perdre le contact lorsque la famille a quitté La Réunion dans l'urgence.
Depuis l'interpellation récente du suspect, l'association a repris son accompagnement, orientant notamment la mère vers un nouvel avocat et restant présente auprès de la famille.
Pour Jessy Yong Peng, cette affaire illustre les difficultés rencontrées par de nombreuses victimes. "On laisse les familles dans le silence et dans l'incompréhension. C'est exactement ce qu'on déplore", explique-t-elle.
Elle dénonce également les conditions dans lesquelles l'enfant aurait été réentendue lors de la garde à vue.
"Remettre en question la parole d'une enfant deux ans après les faits, alors même que l'agresseur reconnaît des violences, c'est scandaleux. Les conséquences du viol sur un enfant devraient être connues de tous les enquêteurs", estime Jessy Yong Peng.
Selon elle, cette procédure semblait "prendre la poussière" jusqu'à l'interpellation récente du mis en cause, dans le sillon de l'affaire Lyhanna et des 70.000 plaintes pour viols ou agressions sexuelles qui restent en attente de traitement à travers la France.
- L'importance de la prévention -
Pour l'association, cette affaire rappelle également le rôle essentiel des actions de sensibilisation dans les écoles.
C'est en participant à une séance de prévention que la jeune victime aurait compris que les actes qu'elle avait subis constituaient des violences sexuelles.
"Cela montre combien ces séances sont essentielles. Elles permettent aux enfants de mettre des mots sur ce qu'ils vivent et d'oser parler", insiste Jessy Yong Peng.
Aujourd'hui, la famille attend le procès du 15 décembre. En attendant cette échéance judiciaire, la mère espère avant tout que la parole de sa fille sera pleinement entendue.
"Nous, on vit avec cette souffrance tous les jours. J'attends simplement que ma fille soit enfin écoutée", espère la mère de famille.
- L'affaire Lyhanna, emblématique des dysfonctionnements de la prise en charge des victimes -
Le parcours de cette famille fait écho aux critiques formulées ces dernières semaines par la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), qui dénonce un "retard majeur" de la justice dans la prise en charge des violences sexuelles sur mineurs.
Deux ans et demi après la remise de ses recommandations, la commission estime que la réponse judiciaire demeure le principal maillon faible de la protection des enfants victimes. Elle pointe notamment des enquêtes trop longues, des décisions tardives et un système qui laisse encore trop souvent les victimes dans l'attente.
Ces constats ont été remis au premier plan après le drame de Lyhanna, cette collégienne de 11 ans retrouvée morte début juin dans le Gers. Le principal suspect n'avait jamais été inquiété malgré plusieurs plaintes et signalements pour des violences sexuelles sur mineurs. Le rapport d'inspection remis au gouvernement a mis en évidence de nombreux dysfonctionnements dans la chaîne de protection de l'enfance, conduisant à des premières sanctions administratives.
En réponse à cette affaire, le gouvernement s'est engagé à inscrire à l'automne une proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants, élaborée avec des associations de terrain.
Le Premier ministre a reconnu la nécessité d'une réponse "à 360 degrés", rappelant que 80 % des violences sexuelles commises sur des enfants ont lieu dans le cadre familial, et plusieurs mesures devraient être mises en œuvre dès cet été.
Pour la mère de cette jeune Réunionnaise, ces annonces ne feront sens que si elles se traduisent concrètement sur le terrain. Après des mois d'attente, des relances restées sans réponse et une enfant dont la parole a été remise en cause malgré la procédure en cours, elle espère avant tout que d'autres familles n'auront pas à vivre le même parcours.
"On ne va pas attendre de perdre un enfant pour que tout le monde se réveille", conclut-elle.
- Des milliers de jeunes victimes d'atteintes sexuelles à La Réunion -
En 2024, 995 enfants ont été victimes d'atteintes sexuelles à La Réunion, dont 382 dans un cadre intrafamilial, et 158 viols ont été recensés, en hausse de 23%, selon la gendarmerie.
À ce jour, 1.325 dossiers de violences sexuelles doivent être réexaminés par les services de la Justice. Des plaintes déposées pour 718 d'entre-elles aux services de la police nationale et 607 aux services de la gendarmerie nationale.
Dans les tribunaux de La Réunion, 1.417 affaires sont enregistrées. Pour le tribunal judiciaire de Saint-Denis, 733 dossiers sont en cours (461 plaintes côte police et 272 côté gendarmerie). 674 affaires sont enregistrées au parquet de Saint-Denis et envoyées en enquête.
Pour le ressort du sud du tribunal judiciaire de Saint-Pierre, 592 procédures dans les services d’enquête (257 plaintes côté police nationale et 335 côté gendarmerie nationale). 743 affaires sont enregistrées au parquet de Saint-Pierre et envoyées en enquête.
En cas d'urgence, le seul numéro à composer est celui de Police Secours.
Le 119 pour les enfants en danger
Le 112, numéro d'urgence européen
Le 114 pour les personnes sourdes, malentendantes, aphasiques, dysphasiques
Vous pouvez signaler des faits de violences , directement auprès du commissariat ou de la gendarmerie la plus proche sur le www.servicepublic.fr/cmi Anonyme et gratuit, ce tchat est accessible 24h/24 et 7j/7 pour échanger avec des policiers ou des gendarmes spécialement formés aux violences sexistes et sexuelles.
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10 ans de Macronie, 10 ans de perdu. La France a reculé dans à peu près tout.
Çà suffit!Il faut que çà cesse et que la peur change de camp. Si c'était la fille d'une magistrate le problème serait réglé depuis longtemps.
C’est toujours le même triste constat depuis des années : la société et ses diverses institutions n’écoute pas, ne protègent pas et n’aide pas. Les victimes n’ont d’autre choix ( pour celles qui le peuvent) que de se prendre en main à leurs frais : plaintes rédigées par un avocat, psy privé …