À 12 jours de l'obligation, rien n'est prêt

Tri des biodéchets à La Réunion : le rendez-vous (sûrement) raté du 1er janvier 2024

  • Publié le 19 décembre 2023 à 06:15
  • Actualisé le 19 décembre 2023 à 10:19
Biodéchets

Le tri des biodéchets en France, c'est pour le 1er janvier 2024… du moins sur le papier. Vous envisagiez de composter les restes de votre repas du Réveillon ? Peut-être un jour mais pas tout de suite. Du moins pas partout. Alors que le gouvernement prévoyait que tous les foyers puissent disposer d’une solution pour trier leurs biodéchets au 1er janvier 2024, rien n'est prêt. La collecte des déchets alimentaires pour tous n’est pas une mince affaire. Pour les foyers qui ne disposent pas de jardin ou qui n’ont pas la motivation pour composter, c’est aux collectivités de s’emparer de ce sujet et elles aussi ne sont pas toutes au point (Photo : rb/www.imazpress.com)

Épluchures de fruits, arêtes de poisson, coquilles d'œufs, restes de riz ou de pâtes... Dans un peu moins d'un mois, le 1er janvier 2024 très exactement, l'ensemble des déchets alimentaires devront être compostés (sauf pour le poisson ou la viande) au lieu de finir à la poubelle comme c'est le cas aujourd'hui.

Après avoir fait voter une loi qui impose le tri à la source des biodéchets à partir du 31 décembre 2023, l'État a confié 100 millions d’euros de son plan de relance à l’Ademe (Agence de la transition écologique) pour qu’elle soutienne les collectivités et les entreprises qui s’organisent pour respecter l’obligation à la date prévue.

Mais à entendre l'Ademe Réunion, "peu de régions seront prêtes au 1er janvier 2024 et il y aura une forme de tolérance pour les ménages car du retard a été accumulé au sein des collectivités"".

"Néanmoins, les services de l’État seront de plus en plus stricts concernant le respect de cette nouvelle règlementation. Ces derniers pourront sanctionner les producteurs qui ne mettent pas en place de solutions", précise Yanis Jatti, chargé de mission Économie circulaire et gestion des biodéchets à l'Ademe.

Le gouvernement lui-même et le ministre de la Transition écologique en premier l'a dit, "certaines collectivités ont encore des investissements à poursuivre".

Seuls 27 millions de Français, soit 40% de la population auront une solution courant 2024, notamment dans les logements collectifs.

- Un sujet complexe, couteux et long à mettre en place -

S'il y a un gros investissement au départ, le principal frein exprimé par les collectivités est économique.

"Les EPCI (établissements publics de coopération intercommunale) ne sont pas prêts à 100% pour couvrir tout le territoire", note Yoland Savrimoutou, directeur général adjoint de la transition écologique à la Cinor. "C'est un sujet très complexe et coûteux, cela nécessite de revoir le marché de collecte", dit-il.

Et même si la Cinor avait anticipé la démarche de mettre en place des collectes séparatives de déchets "il reste encore à déployer sur l'habitat collectif".

Sur Saint-Denis, cela devrait être fait d'ici le début de l'année prochaine, "sur Sainte-Marie et Sainte-Suzanne, nous avons une étude sur le bon scénario car ce sont des communes avec un profil plus rural, moins urbain". "Mais on va mettre cela progressivement en place avec des solutions intermédiaires en attendant de relancer le marché des collectes".

Selon Yoland Savrimoutou, "avec la relance des marchés de collecte, les EPCI seront totalement prêts en 2025"… soit plus d'un an après la date souhaitée par le gouvernement.

Dans l'Ouest, sur le Territoire de l'Ouest de La Réunion, "une stratégie de prévention et de gestion des déchets ménagers, prévoit l'évolution règlementaire du tri à la source des biodéchets au 1er janvier 2024".

Toutefois, malgré cette anticipation, au premier jour de l'année 2024, tout ne sera pas prêt. Cependant, "le Territoire de l'Ouest "travaille à un déploiement progressif par quartier pour installer des abris bac et mener l'accompagnement nécessaire à la gestion de ce nouveau flux de déchets".

En tout, depuis sa création, le Territoire de l'Ouest a distribué plus de 20.000 composteurs. "Le compostage individuel reste une priorité car ce déchet géré à domicile évite à termes le passage d'un camion", souligne la collectivité.

"C’est ainsi que l'objectifs réglementaire de réduction de 15% des déchets ménagers pourra être atteint."

La collectivité avait d'ailleurs anticipé cette mesure en organisation des ateliers d’information et de formation par des guides composteurs depuis 2022. "Les composteurs sont livrés gratuitement après avoir suivi cette séance d’une heure environ."

Ces biodéchets collectés doivent ensuite être envoyés dans une unité de méthanisation pour produire de l’énergie dans un premier temps et ensuite être transformés en compost dans un deuxième temps.  Le temps que l’unité de méthanisation soit achevée à horizon 2026, des abris bacs seront installés progressivement sur le Territoire de l’Ouest et une communication dédiée sera mise en œuvre.

Sur le territoire de la Civis, "le tri à la source des bio déchets pour tous les producteurs sera effectivement obligatoire comme voulu par la loi Anti gaspillage et économie circulaire de 2020 (loi AGEC)".

"Ce modèle de mise à disposition gratuite de bio composteurs est déjà initié sur le territoire de la Civis depuis plus de quinze ans sur la base du volontariat. Au 31 décembre 2022, le parc de composteurs individuels mis à la disposition des administrés est de 18 862. Le kit proposé par la Civis pour le compostage des bio déchets est composé d’un bio composteur de 300 à 950 lires (trois dimensions disponibles à ce jour), d’un bio seau, d’une pelle pour le retournement et d’un guide technique."

L’objectif maintenant est d’étendre le compostage de proximité à l’ensemble des usagers. Plus concrètement, "il s’agira de renforcer l’accompagnement de la population et des professionnels assimilés afin d’apporter les informations permettant de composter correctement les bio déchets, de renforcer un suivi de qualité (mise en place d’une cellule promotion du compostage) pour tendre vers un compostage plus complet des bio déchets", précise la Civis.

"Le tri et la valorisation des bio déchets imposé par la réglementaire certes nécessaire devra s’inscrire dans le temps pour devenir une nouvelle habitude des usagers, tout comme la collecte sélective des emballages l’a été par le passé", conclut la collectivité.

Pour les logements collectifs, à La Réunion, la SHLMR travaille avec les EPCI "pour mettre en place les équipements que les collectivités proposent et accompagne les locataires dans le changement". Porte à porte, boîtage, déchèterie éphémère, … nous collaborons régulièrement avec les équipes des EPCI pour sensibiliser nos locataires sur le tri des déchets", indique la SHLMR.

- Objectif : 2,8 millions de tonnes de biodéchets en moins -

Les biodéchets représentent encore un tiers des poubelles d’ordures ménagères résiduelles (OMR). Trier ses biodéchets à la source… un geste qui a toute son importance.

Pour cela, "il faut sensibiliser les personnes à bien trier car si c'est pour remettre dans le bac gris ça n'a pas de sens", lance le DGA de la transition écologique à la Cinor.

"Le geste de tri a son intérêt du moment qu'on offre une solution de collecte séparative et que derrière on a un traitement efficace."

"Le tri à la source des biodéchets implique le retour au sol des déchets alimentaires et déchets verts grâce au compostage (paillage possible pour les déchets verts) ou à la méthanisation", précise l'Ademe.

À la Réunion, la filière de méthanisation est encore à ses débuts. Le compostage est donc la solution privilégiée, en proximité ou en plateforme.

Les EPCI se sont engagées à mettre en place un certain nombre d’actions pour un retour au sol des biodéchets. Une des plus marquantes est de sensibiliser les foyers à l’usage d’équipements de compostage individuel tout en leur mettant progressivement à disposition.

Les professionnels seront en effet aussi obligés de trier à la source les biodéchets, quelle que soit la quantité de biodéchets produite.

En proximité, le compostage est une solution qui a fait ses preuves. L’association Réseau Compost Citoyen Réunion anime la filière de gestion de proximité des biodéchets et aiguille gratuitement tout acteur qui souhaite respecter la règlementation.

"Sur le traitement à plus grande échelle, ce sont les syndicats de traitement des déchets (Sydne, Ileva) qui sont force de proposition pour la création de nouvelles capacités de compostage et de méthanisation. De nouveaux projets verront bientôt le jour mais ceux-ci sont conditionnés par une collecte séparée suffisante", note Yanis Jatti, chargé de mission Économie circulaire et gestion des biodéchets à l'Ademe.

Au total, selon l'Ademe, l'agence de la transition écologique, 83 kilos de biodéchets sont générés par an et par habitant en France, dont 50% pourraient être facilement captés au lieu de finir en décharge ou incinérés.

Pour l’instant, il n’y a pas de sanction prévue. Il n’y a pas non plus d’obligations pour les ménages, ni d’objectifs de performances pour la collectivité. Toutefois, la valorisation des biodéchets est une obligation européenne et il ne sera plus possible de mettre en décharge ou en centre de valorisation énergétique des résidus contenant des biodéchets à partir de 2025.

ma.m/www.imazpress.com/[email protected]

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3 Commentaires
GILSON
GILSON
2 ans

Surtout quand on apprend par le personnel en question que les déchets organiques, rarement ramassés aux jours prévus terminent leur course dans le bac gris.

Ced
Ced
2 ans

Il y a aussi Le problème des chiens errants qui renversent les poubelles pour se servir..ça décourage…

Antipode
Antipode
2 ans

Bon courage !