Premier producteur de muguet à la Réunion, Joseph Avril a bien cru qu'il ne pourrait vendre aucun brin pour le 1er mai en raison du blocage créé par le navire Ever Given sur le canal de Suez. Livré avec trois semaines de retard, l'horticulteur saint-pierrois s'est lancé dans un Grand raid osé du muguet ... Pari réussi (Photo lb/www.ipreunion.com)
Entre le muguet et lâentreprise Multiplantes de Bassin Plat, câest une longue histoire dâamour. Vingt ans que cela dure. Lâamour est un brin vache parfois. Et, dans quelques annĂ©es sans doute, Joseph Avril, le patriarche horticulteur, racontera Ă ses huit petits-enfants les pĂ©ripĂ©ties du muguet Ă la RĂ©union. " Il y a une dizaine dâannĂ©es, les griffes Ă©taient arrivĂ©es congelĂ©es car le transporteur sâĂ©tait trompĂ© dans la tempĂ©rature du container", se souvient sa fille Julie.
"Lâan passĂ©, nous avions commandĂ© 100 000 griffes et la pandĂ©mie Covid-19 est arrivĂ©". Les futurs plants en mer au moment du confinement, en provenance de la rĂ©gion nantaise, avaient Ă©tĂ© tout de mĂȘme vendus en petite quantitĂ©. "On devait faire 50 000 pots, on en avait prĂ©parĂ©s finalement 20 000", afin de sauver les meubles. En cette annĂ©e 2021, Joseph Avril avait dĂ©cidĂ© dâĂȘtre prudent dans sa commande, se contentant de 60 000 griffes. Il a ensuite scrutĂ© avec attention le calendrier "covidaire", Ă lâĂ©coute aussi des interventions successives du sous-prĂ©fet sur les conditions sanitaires, craignant un nouveau confinement.
Mais il nâavait pas vu venir lâimpensable, ce bouchon gĂ©ant dans le Canal de Suez Ă cause dâun navire, lâEver Given, parti en dĂ©rapage incontrĂŽlĂ© et aux consĂ©quences incontrĂŽlables autant pour lâĂ©conomie mondiale que locale. La preuve. "Notre commande est restĂ©e bloquĂ©e", raconte le Sudiste. Puis elle a Ă©tĂ© dĂ©routĂ©e vers lâĂźle Maurice ", poursuit-il, dĂ©jouant ainsi tous ses plans initiauxâŠ
Attendu fin mars, le futur muguet a ainsi Ă©tĂ© livrĂ© le 19 avril, soit une semaine aprĂšs la date prĂ©vue de mise en pot Ă Bassin Plat. La suite, on vous la raconte avec un dĂ©fi au temps et Ă la floraison lancĂ© par la famille Avril, façon " Grand Raid ", sourit aujourdâhui Julie.
- "Une belle aventure" -
DĂšs le 19 au soir, quelques minutes aprĂšs lâarrivĂ©e du container Ă Saint-Pierre, les employĂ©s, les amis, les potes de Julie chez Optimiz Perf ou dans son club Run OdyssĂ©a sont venus, dans un bel Ă©lan de gĂ©nĂ©rositĂ© et de solidaritĂ©, donner un coup de main et ont plantĂ© lâensemble des griffes (30 000 pots) en moins de 24h, une perf Ă la Antoine Guillon sur la Diagonale des Fous.
Les futurs muguets sont sortis ensuite timidement de terre pour ĂȘtre emballĂ©s et livrĂ©s cette semaine (14 000 pots mercredi soir et autant jeudi), lĂ aussi en moins dâune journĂ©e. Toujours avec le concours dâune vingtaine de roses OdyssĂ©a et des amis dont la fidĂšle Elisabeth Lemarchand, spĂ©cialiste de lâeffort de longue haleine et sacrĂ©e combattante face aux alĂ©as de la vie.
Les ravitaillement assurĂ©s Ă chaque fois par Marie-Lise, la maman, (rougail saucisses, zandouilles bringelles, riz canonnais au choixâŠ) ont fait que la joyeuse troupe de bĂ©nĂ©voles nâa pas faibli dans une ambiance de vendanges.
"Une belle aventure" selon Bertrand Lauret, lâun dâentre eux, indispensable dalon de Julie, surnommĂ©e dĂ©sormais la fĂ©e clochette par Armande Grondin et toute sa bande de fous du muguet. Une team soudĂ©e que Joseph Avril nâa pas manquĂ© de saluer, soulagĂ© de voir que ses brins feront la joie des RĂ©unionnais demain 1er mai. "A un moment, on nây croyait plus", avoue-t-il repensant Ă ses nuances blanches comme les futures clochettes.
Les premiĂšres apparaissaient hier avec un brin de dĂ©calage. Le futur client, adepte de ce prĂ©sent de la fĂȘte du travail, doit-il sâen inquiĂ©ter ? "Non, rassure Joseph Avril. Le muguet va continuer Ă Ă©voluer. Il va sâouvrir et durera finalement plus longtemps que dâhabitude dans les foyers".
Heureux happy end dâune folle Ă©popĂ©e : "ils ont survĂ©cu".
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