Un secteur en difficulté

Vacances d'hiver : une saison en demi-teinte pour le tourisme péi

  • Publié le 9 juillet 2025 à 15:22
Aéroport de La Réunion Roland Garros

Les vacances d'hiver austral ont débuté, et les prévisions de tourisme sont mitigées. Si beaucoup de Réunionnais ne semblent pas vouloir sacrifier leurs vacances, les tour-opérateurs et les compagnies aériennes ne notent pas de baisse de fréquentation, le tourisme local continue de faire face à des difficultés. La situation s'améliore cependant légèrement, en comparaison à cet été. (Photo photo RB/www.imazpress.com)

Après un été austral particulièrement difficile pour le secteur touristique, entre le cyclone Garance et l'épidémie de chikungunya, les gîtes commencent enfin à reprendre des couleurs. 

"Ça se présente plutôt bien, par rapport aux autres années on est sur la même dynamique", affirme Myris Picard, présidente de l'association des Gîtes de montagne. "Sur les huit gîtes publics qui sont gérés par notre association, cela s'annonce bien, même si je n'ai pas encore eu de retour complet de notre centrale. Mais après un début d'année assez difficile, on espère que la fin d'année sera meilleure", espère-t-elle.

Tout n'est pas aussi rose pour les complexes hôteliers. "Nous avons eu un premier semestre assez difficile, plus difficile que l'année dernière", dit Christian Wolff, co-gérant du groupe Côté Sun Hôtels.

"On a une baisse de fréquentation de 10 à 20% par apport à l'année dernière, due entre autres à l'augmentation des prix des billets", affirme-t-il. 

"Les avions sont pleins, mais c'est pour beaucoup de Réunionnais qui rentrent dans leur île et restent donc en famille. On voit une vraie baisse de fréquentation des familles, qui n'ont plus forcément les moyens de voyager en groupe, et les groupes qui peuvent voyager se dirigent vers d'autres destinations à l'international", analyse l'hôtelier. 

Christian Wolff pointe par ailleurs la concurrence des logements saisonniers face aux hôtels. "Avec 15 à 20.000 locations saisonnières, on fait face à une concurrence énorme. Je pense que mes confrères le voient aussi", avance-t-il. 

- Une saison "mitigée" -

Pour la Chambre de commerce et d'industrie de La Réunion, "la saison s’annonce mitigée, avec une activité sous tension". 

"Le secteur est en fragilité structurelle et conjoncturelle, aggravée par les aléas climatiques, les crises sanitaires, une baisse du pouvoir d’achat et une concurrence accrue (Airbnb, locations non régulées)", explique Pierrick Robert, président de la CCIR. 

Une rencontre était organisée la semaine dernière avec les professionnels du secteur. Ils ont noté "des réservations qui sont en baisse ou stagnantes dans plusieurs segments (hôtels, gîtes), une dépendance forte aux périodes scolaires pour réaliser leur chiffre d’affaires, et un tourisme local en recul, en partie à cause d’une offre jugée moins attractive et d’une image fragilisée de la destination", liste-t-il.

"Des difficultés majeures ont été identifiées, notamment des trésoreries fragiles, un endettement croissant, une dégradation du secteur de la restauration, avec des fermetures et procédures judiciaires en hausse, un manque de dispositifs d’urgence ciblés pour les entreprises les plus touchées, et des messages institutionnels mal perçus en période de crise, impactant la réputation de l’île", détaille le président de la CCIR. 

L'été a été marqué par un tourisme local en net recul, avec 33 % de séjours locaux en moins en février 2025 par rapport à février 2024, -51,6 % de nuitées marchandes consommées en janvier 2025, et -40,6 % en février, selon les données de l'Observatoire du tourisme.

"En janvier 2025, environ 190.000 Réunionnais ont effectué un séjour à La Réunion, contre seulement 100.000 en février. Le tourisme local est en crise, ce qui fragilise les petites structures (gîtes, chambres d’hôtes, restaurateurs) qui en dépendent fortement", regrette Pierrick Robert.

Lire aussi : Garance a frappé tous les secteurs de l’économie : au moins 248 millions d’euros de dégâts

- Le tourisme extérieur se porte mieux -

Tout n'est cependant pas négatif. Les touristes sont aussi attendus en nombre pour cet hiver, et le tourisme extérieur était en hausse de fréquentation de 1,4 % au 1er trimestre 2025 par rapport à 2024. 

"128,7 millions d’euros de recettes touristiques extérieures ont été enregistrées au 1er trimestre 2025, soit une hausse de 2,8 %, et une hausse de 13,3 % de réservations aériennes pour la période mai–octobre 2025 a été enregistrée, avec une hausse de 15,7 % sur le marché hexagonal", explique Pierrick Robert.

Une hausse de 11,3 % a aussi été notée concernant les nuitées réservées en location saisonnière au 1er trimestre 2025.

Concernant les vacances des Réunionnais, les tour-opérateurs et les compagnies aériennes ne notent pas de baisse significative. 

"Nous avons une très bonne dynamique sur les passagers au départ de La Réunion. Nous retrouvons un niveau légèrement supérieur à il y a deux ans et en forte augmentation par rapport à l’année dernière (impact JO)", affirme Corsair. 

L'agence de voyage Odysséa, elle, note "une stabilité sur les réservations". "On a la même demande que l'année dernière. Les Réunionnais sont friands de voyage en Afrique, notamment Afrique du Sud, Namibie ou encore Botswana, et d'Asie, avec la Thaïlande, le Japon…", explique-t-elle. 

"Ce qu'on observe, c'est que les Réunionnais ont tendance à partir moins de fois dans l'année depuis quelque temps, mais partent plus longtemps pour des séjours de meilleure qualité une fois dans l'année, affirme l'agence. On part sur des séjours à 1.500 euros, et ça peut aller jusqu'à 3.000."

Des sommes que tous les Réunionnais n'ont pas à dépenser, évidemment. L'inflation a par ailleurs directement impacté le porte-feuille de nombreuses personnes, qui boudent aussi bien les voyages à l'international que le tourisme local. 



Maurice est aussi une destination privilégiée pour les Réunionnais. "Entre la possibilité de voyager uniquement avec sa carte d'identité et des promotions avantageuses, c'est une destination très appréciée", souligne Christian Wolff, qui note que de nombreuses promotions voient aussi le jour à La Réunion pour tenter d'attirer plus de clients.

"Le tissu économique touristique réunionnais est fragile, avec un besoin urgent de soutien ciblé (fonds de secours, accompagnement à la transition numérique, valorisation du tourisme solidaire)", estime la CCIR. 

Ce jeudi, le Comité réunionnais du Tourisme présentera à son tour ses projections pour les mois à venir. Une campagne de communication devrait voir le jour dans la foulée.

as/www.imazpress.com/[email protected]

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2 Commentaires
MARIMAR
MARIMAR
7 mois

Cela nous fera des vacances !
Quelle empreinte carbone pour tous ces allers et retours.
Partout les gîtes et les hôtels continuent à "fleurir" ; souvent au détriment de l'agriculture et de très beaux sites.
J'ai la vague impression que les scientifiques ont pissé dans un violon.
Combien de Garance et d'épisodes de sécheresses faudra t' il encore pour que tous les grands décideurs ouvrent enfin les yeux er changent de braquet ? La Corse mérite encore son nom "île de beauté " car les défenseurs de la nature et des coutumes locales sont encore très nombreux.
Arrêtons de vouloir transformer la Réunion en bête de foire car bientôt la beauté ne sera plus au rendez-vous

Barbara
Barbara
7 mois

on ne parle pas des touristes mauriciens qui viennent en masse à la Réunion...??!