Incendies et jets de galets à La Réunion : une "bascule" dans la violence, des forces de l'ordre en sous-effectifs et une autorité préfectorale dépassée

  • Publié le 20 octobre 2026 à 04:48
  • Actualisé le 20 octobre 2026 à 05:01
police nationale

À La Réunion, la journée de ce samedi 17 octobre 2026 et la nuit qui a suivi ont été émaillées d'affrontements et de violences urbaines. À La Possession, le McDonald's a été incendié, au Port, des galets et jets de mortiers ont fusé, à Saint-Denis, poubelles et voitures ont brûlé. Face à ceux qui ont commis ces violences, policiers et gendarmes en sous-effectifs dépassés par la situation ont fait, ce qu'ils ont pu. Les syndicats de police décrivent une véritable "bascule" dans l'intensité des violences et pointent le manquent d'anticipation des autorités (Photos : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Face à un mouvement pourtant annoncé sur les réseaux sociaux depuis plusieurs jours et dont les débordements étaient à craindre, l'ampleur que cela prendrait a semble-t-il été sous-estimée par les autorités.

Dimanche, à La Réunion, 270 policiers et gendarmes étaient mobilisés.

Ce samedi, 120 policiers et 99 militaires avaient été déployés. 

Samedi, sur les incidents en marge des rassemblements, 11 membres des forces de l'ordre ont été blessés.

Au total, 24 personnes ont été interpellées depuis le début des évènements, notamment des mineurs selon des chiffres de la préfecture de La Réunion.

Lire aussi - [Photos-Vidéos] Violences urbaines : le McDo de La Possession incendié, 18 interpellations dans plusieurs communes, 11 membres des forces de l'ordre blessés

- Unité SGP Police Réunion "dénonce l'inacceptable" -

"Où était la hiérarchie de la Police, ces hauts fonctionnaires qui ont reçu une revalorisation salariale", se demande Gilles Clain, représentant de Unité SGP Police. "Nous on ne les a pas vu."

"C'est toujours les mêmes policiers, des pères, des mères, à qui l'on demande d'assurer les mêmes services d'ordre (Grand Raid, Police secours, violences urbaines…). Des collègues ont fait 20 heures de vacation sans discontinuer, sans repas. Il n'y eu aucune considération", lance-t-il.

Balayant les accusations adressées aux services de renseignements de la police qui auraient mal appréhendé l'ampleur du mouvement, le syndicaliste souligne :  "ce n'est pas un problème de service de renseignements généraux. Ils font du très bon travail, ils font remonter les informations". En fait, estime-t-il, "nous avons des hauts fonctionnaires qui auraient dû s'interroger sur les décisions à prendre. Ils ne peuvent pas fuir leurs responsabilités".

- Les forces de l'ordre en sous-effectifs et en manque de moyens -

À La Possession, où le McDonald's est parti en fumée, le maire de la commune, Érick Fontaine, n'a pas mâché pas ses mots dimanche matin au micro d'Imaz Press. Il a souligné un manque de moyens au niveau des forces de l'ordre. Regardez.

"Nous avons été livrés à nous-mêmes, on avait une population apeurée et une police municipale qui a essayé de faire tout ce qu'elle pouvait (face aux manifestants -ndlr)" a-t-il lancé. 

"J'ai dit au préfet à deux reprises dans la nuit et ce matin qu'on ne pouvait pas laisser aussi peu de gendarmes à la Possession lorsqu'il y a des événements aussi graves". Écoutez.

Pour Gilles Clain, "on dépasse même le manque de moyens". "On demande à la police d'être le dernier rempart de la République mais seuls on ne pourra pas. Il faut un rétablissement immédiat de l'autorité de l'État sur tous les fronts."

"On a franchi un cap dans la violence" poursuit Gilles Clain, car au-delà du manque de moyens, du manque d'effectifs, de véhicules… la question qui se pose est : "est-ce qu'il y a vraiment une volonté des autorités de l'État de rétablir l'ordre ?"

Ayant écouté le président Emmanuel Macron parler ce dimanche, il lance, "il a trois semaines de retard. Il y a huit jours il nous demandait de faire preuve d'"empathie" alors que nous nous prenions des galets, des tirs de mortiers et des flammes sans moyens". "Ils (les manifestants – ndlr) essayaient de nous tuer."

- Des enregistrements par drone bien trop tardifs -

Alors que sur des appels à la casse de plusieurs enseignes circulaient sur les réseaux sociaux, les survols et enregistrements par drone ont été autorisés par le préfet, samedi, uniquement Sainte-Marie. 

Il faudra attendre dimanche pour que l'autorité préfectorale prenne le même arrêté pour Saint-Denis, Saint-Pierre, Saint-André et Le Port, permettant aux forces de l'ordre d'avoir une vision globale sur le secteur. 

"Est-ce que la hiérarchie de la police a adressé des demandes en ce sens à la préfecture ?", interroge Gilles Clain.

- "Je prends ma part de responsabilité", affirme Laurent Nuñez -

"Je suis responsable de tout ce qui se passe sur le terrain", a reconnu le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, sur France Inter.

"Je prends ma part de responsabilité", a-t-il insisté. "Le dispositif que nous avons mis en place s’est trouvé en certains endroits en asymétrie par rapport au volume de participants" a admis Laurent Nuñez.

Les prévisions dont il disposait estimaient à 200.000 le nombre de manifestants pour la journée de samedi, alors que leur nombre fut finalement de 500.000.

C’est pour cette raison qu’il a déposé sa démission, refusée par le président de la République.

"Toute la transparence sera faite" sur la stratégie de maintien de l’ordre", a promis le président Macron.

Une commission d’enquête parlementaire sur les violences sera créée et portera également sur la stratégie de maintien de l’ordre, a annoncé la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (Renaissance, pro-Macron).

Sur X, l'Association des maires de France a exhorté "le gouvernement, et particulièrement le ministère de l'Intérieur", à "adapter son dispositif de sécurité pour le proportionner aux risques réels que présentent les manifestations de cette nature". 

Près de 2.400 personnes ont été interpellées dans le cadre de ces violences, a rapporté dimanche le ministère de l'Intérieur et près de mille policiers et gendarmes ont été blessés, dont sept gravement. 

Des appels à la mobilisation pour les jours prochains circulent déjà sur les réseaux sociaux.

À ce stade, aucune indication n'a été donnée par les autorités sur le renforcement des mesures de sécurité qui seront prises dans l'Hexagone et à La Réunion, pour éviter tous débordements...

ma.m/www.imazpress.com/[email protected]

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