Série de polémiques mettant en cause la police et la gendarmerie

Violences policières : gardiens de l'ordre établi au détriment de la paix

  • Publié le 8 juin 2022 à 10:06
  • Actualisé le 8 juin 2022 à 10:07
La police intervient à l'extérieur du Stade de France pour empêcher des individus de franchir illégalement les grilles pour assister à la finale de la Ligue des champions entre le Real Madrid et Liverpool, le 28 mai 2022 à Saint-Denis, au nord de Paris

Jean-Luc Mélenchon s'est attiré les foudres des syndicats policiers en pointant du doigt les violences perpétrées lors d'interventions musclées, et en affirmant que "la police tue". Des propos qui ne passent pas et suscitent l'indignation dans un climat dominé par les élections. Derrière la polémique cependant restent les questions. Alors que le nouveau mandat d'Emmanuel Macron vient à peine de commencer, son gouvernement est marqué par une série d'affaires mettant en cause les forces de l'ordre. (Photo d'illustration AFP)

Sans entrer dans la polémique politicienne, les propos tenus par Jean-Luc Mélenchon sur la police qui "tue" font amplement parler d'eux. L'ex-candidat de La France insoumise et chef de file de la Nupes a provoqué un tollé à droite et parmi les syndicats de police. Sur France Inter ce mardi, il a assumé ses propos : "je le dis, ça n'est pas normal qu'on tue pour un refus d'obtempérer".

Celui qui ne cache pas son ambition de devenir Premier ministre en cas de cohabitation à l'issue des législatives est allé trop loin pour Alliance police, qui annonce porter plainte contre le politique. Mais au-delà du scandale, la lumière est (à nouveau) faite sur les violences policières en France.

- Le réflexe du gaz lacrymo -

Le nouveau mandat d'Emmanuel Macron a à peine commencé que déjà les scandales enflent. Pas plus tard que ce samedi 4 juin, les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser la foule en gare de l'Est à Paris. En cause, une cohue provoquée par les problèmes de transport, dus aux orages.

Les images ont fait le tour de la toile. On y voit des personnes violemment poussées et des gazages effectués proches des visages. Pour la préfecture de police, la technique était justifiée afin de "repousser la foule". Pour d'autres c'est une brutalité sans nom.

La scène n'est pas sans rappeler le chaos aux abords du Stade de France le 28 mai, pour la finale de la Ligue des champions opposant le Real Madrid et Liverpool. De nombreux supporters se sont retrouvés bloqués devant les grilles, tenant entre leurs mains des billets qui ne fonctionnaient pas. Certains en sont venus à escalader les barrières pour entrer de force dans le stade. L'intervention des forces de l'ordre n'a pas tardé. Les témoins évoquent d'importantes bousculades et l'usage, à nouveau, de gaz lacrymogènes. Idem devant la sortie du RER D, alors que la ligne B était en panne. Les policiers sont accusées d'usage disproportionné de la force afin de contenir les importants mouvements de foule.

Les nombreuses manifestations des gilets jaunes en 2018-2019 n'ont fait que le prouver, comme bien d'autres mobilisations : le réflexe du gaz lacrymo est là. Si la violence peut bien évidemment fonctionner dans l'autre sens, l'automatisme du gazage a de quoi inquiéter et son usage n'est pas sans conséquence. Nul besoin de frapper directement pour faire mal : profondément agressif notamment lorsqu'il est aspergé à proximité des yeux, le gaz lacrymogène relève indéniablement d'une forme de violence.

Rappelons d'ailleurs que les violences policières à l'encontre de manifestants durant la crise des gilets jaunes avaient valu à la France d'être condamnée par le Conseil de l'Europe, avant d'être interpellée par l'ONU, les Nations Unies pointant du doigt un "usage excessif de la force".

- L'impunité pointée du doigt -

Au cœur des débats sur les violences policières, dans ce contexte éminemment politique à l'approche des élections, il y a bien sûr l'usage de l'arme de service. Pas plus tard que ce samedi, deux occupants d'une voiture ont été blessés par balle après avoir refusé un contrôle à Paris. Blessée à la tête, la passagère est décédée.

A nouveau, un contrôle de police musclé finit dans le sang. Le débat sur la légitime défense revient sur le devant de la scène : est-elle justifiée ? Rappelons que le 24 avril déjà, deux personnes ont perdu la vie sur le Pont Neuf après une série de tirs effectués par les policiers. Chargés par le véhicule, les agents plaident la légitime défense. Un policier, qui serait Réunionnais, a été mis en examen pour homicide volontaire.

L'hypothèse d'une Marine Le Pen en tant que Présidente de la République faisait redouter l'application d'une des mesures phares de son programme : la présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre. Une action laissant planer le risque d'une éternelle impunité, le policer étant dans ce cas présumé innocent dès le départ, limitant toute ouverture d'enquête, sauf preuve contraire apportée par le plaignant.

La candidate du Rassemblement national n'a pas été élue, et pourtant. De nombreux cas de "bavures policières" restent impunis. Si dans le cas de ce nouveau drame samedi à Paris, trois policiers ont été placés en garde à vue, ce type d'enquête se termine rarement par une condamnation. La garde à vue a d'ailleurs été levée ce mardi en fin de journée, une information judiciaire est ouverte. Est-ce donc à dire que ces actes sont donc légitimes ? La question est posée.

Car une femme blessée à la tête, voilà qui laisse à réfléchir, lorsque le rôle de la police est avant tout de protéger. Dans le cas de mise en danger directe, il semble évident que la neutralisation des individus ciblés est importante. Mais lorsque cette neutralisation se termine sur un décès, et que ces décès s'accumulent, l'inquiétude est justifiée.

- Une urgente considération politique -

Tirs à bout portant, charges comme ce fut le cas à Nantes avec la mort de Steve Maia Caniço lors de la fête de la musique, gaz lacrymo et coups de matraque… l'intervention des forces de l'ordre en France pose question. Si aucune généralisation ne doit être faite, de nombreux agents réalisant leur travail avec une conscience professionnelle intacte, d'autres affaires restent sans réponses.

Le maintien de Gérald Darmanin au ministère de l'Intérieur perturbe les associations. Quel message le gouvernement cherche-t-il à envoyer en conservant un homme politique déjà sous le feu des critiques ? Si Emmanuel Macron veut prouver aux Français qu'il peut faire la différence lors d'un second mandat, notamment face à son adversaire du RN, il faudrait s'en donner véritablement les moyens.

Ainsi il est urgent d'agir. La question des violences policières, souvent balayée d'un revers de la main par un gouvernement qui ne se remet pas en question, doit faire l'objet d'une vraie réflexion. C'est du moins ce que l'on attend de nos élus : défendre les intérêts de la population, et non pas uniquement les intérêts de ceux qui maintiennent l'ordre.

Pour que les "gardiens de la paix" n'aient pas de pacificateur que le nom.

mm/www.ipreunion.com / [email protected]

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5 Commentaires
Comarese, depuis son mobile
Comarese, depuis son mobile
3 ans

Christian Estrosi,maire de Nice, appelle à "mettre hors d'état de nuire" Jean-Luc Mélenchon !!! Un appel au meurtre à peine voilé. Ces politiques de droite deviennent tous dingues.

ANONYME974
ANONYME974
3 ans

Les forces de l'ordre sont là pour protéger la population et assurer le maintient à l'ordre public. Alors pourquoi faut il passer des concours pour être fonctionnaire et aussi assurer une carrière de militaire qui font honneur à la famille et à la nation. Pourquoi armer les policiers et les gendarmes quand vous rencontrez à notre époque toutes sortes d'inciviltiés même dans le cadre de leur mission, même des discriminations. On voit quand même dans des reportages les menaces envers les forces de l'ordre qui n'arrivent plus assurer leur mission. Pour moi on ne fait pas grand chose pour protéger ces professionnels qui eux sont là pour nous protéger et faire régner l'ordre.je pense qu'il faut revoir le code de la déontologie.

athéna974 , depuis son mobile
athéna974 , depuis son mobile
3 ans

Vous n'avez pas honte d'écrire des bêtises pareilles et d'amalgamer des faits sans rapport entre eux !' On sait pour qui vous allez voter, où est la neutralité journalistique !' (Bonne journée à vous aussi athéna974 - Webmaster)

Atbo
Atbo
3 ans

Merci pour cette analyse intéressante et éclairante

phil, depuis son mobile
phil, depuis son mobile
3 ans

Si par hasard on écrasé un membre de sa famille et pour arrêter la personne qui s'enfuit avec un véhicule on tire dessus pour arrêter le coupable que dira t'il'