À La Réunion, une femme sur cinq est victime de violences sexuelles

  • Publié le 16 avril 2026 à 06:33
  • Actualisé le 16 avril 2026 à 06:34
femmes

À La Réunion en 2023, 22,7% des femmes ont déclaré avoir subi un rapport forcé et/ou une tentative de rapport forcé au cours de leur vie. Cela représente une femme sur cinq, notamment chez les plus jeunes, révèle une enquête de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS) Maladies Infectieuses. Un quart de ces violences sexuelles ont lieu dans le cercle familial. Si la parole tend à se libérer pour dénoncer ces crimes, dans l'île, de nombreux freins empêchent encore les victimes de dénoncer et porter plainte (Photo : Stephan Laï Yu/www.imazpress.com)

Dans le département, les tentatives de rapports forcés et/ou rapports forcés y sont un peu moins fréquemment déclarées que dans les autres départements, mais concernent tout de même plus d’une femme sur cinq, avec une déclaration plus importante chez les plus jeunes.

En 2023, 28% des femmes de 18-29 ans à La Réunion déclarent avoir subi un rapport forcé ou une tentative de rapport forcé.

Les déclarations de tentatives de rapports forcés ou de rapports forcés au cours de la vie sont moins fréquentes chez les femmes plus âgées : elles concernent 19% des femmes de 70 à 89 ans à La Réunion.

C'est en tout cas ce qu'il ressort de l'enquête menée de mai 2023 à janvier 2024, auprès d’un échantillon représentatif de plus de 10.000 personnes de 15 à 89 ans.

- Un quart des violences sexuelles ont lieu dans le cercle familial à La Réunion -

En 2023, les services de gendarmerie de La Réunion ont constaté 1.013 violences sexuelles (majeurs comme mineurs), dont 35,4% au sein du cercle familial.

"Les viols et agressions sexuelles sur mineurs sont importants", lance la gendarmerie. 671 victimes mineures ont été enregistrées en 2023.

Dans l'ensemble du pays, en 2025, police et gendarmerie ont relevé, au titre de crimes et de délits, 132.300 victimes de violences sexuelles, dont 76.200 sont mineures (58 %). La majorité a lieu en dehors du cadre familial (75 % des victimes majeures et 70 % des victimes mineures).

Dans un contexte de libération de la parole et d’amélioration des conditions d’accueil des victimes par les services de police et de gendarmerie, le nombre de victimes de violences sexuelles enregistrées par les services de sécurité a augmenté de 8 %.

- Des violences sexuelles présentent sur les espaces numériques -

Les sexualités dans les espaces numériques modifient également les comportements.

En 2023 la proportion de personnes âgées de 18 à 89 ans déclarant avoir déjà eu une expérience numérique en lien avec la sexualité.

L’échange d‘images intimes est fréquent chez les plus jeunes : il concerne 33,0% des hommes de 18 à 29 ans à La Réunion, indique l'enquête.

Ces expériences peuvent donner lieu à des violences. Dans l'étude de l'Inserm, 5,5% des personnes de 18 à 89 ans ayant déjà envoyé une image intime de leur corps déclarent que des photos ou vidéos d’elles ont déjà circulé sans leur consentement, et 20,8% ne savent pas. Les 18-29 ans sont particulièrement exposé·es, avec 7,7% de personnes déclarant avoir vécu cette expérience préjudiciable et 16,2% qui ne savent pas. 

L'envoi d’images intimes sans le consentement de la personne qui les reçoit, de même que la diffusion d’images d’une personne sans son consentement constitue des violences sexuelles.

- Les violences sexuelles, des crimes encore difficiles à dénoncer -

Toutefois, ces chiffres restent sous-estimés dans le département. Les faits constatés sont difficiles à objectiver", indique le président du Collectif pour l'élimination des violences intrafamiliales (Cevif), Frédéric Rousset. "Les violences sexuelles font partie des crimes les moins dénoncés", dit-il. 

Le président du Cevif donne l'exemple d'une femme âgée d'une cinquantaine d'années, agressée sexuellement après avoir été sédaté. "C'est malheureusement monnaie courante mais difficilement objectivable", se désole-t-il.

Cela pour différentes raisons. "Ça demande beaucoup de courage dans cette culture du viol où l'on a tendance à inverser la charge. Les victimes éprouvent beaucoup de culpabilité, de honte", ajoute Frédéric Rousset.

Selon lui, "il faut donner les moyens aux enquêteurs pour étayer le dossier car quand c'est parole contre parole, c'est difficile d'obtenir une information judiciaire et difficile de concrétiser le procès". Il invite d'ailleurs les victimes à aller en Unité de victimologie, médico-légale directement après l'agression pour obtenir des preuves des violences sexuelles.

Dès lors, la "victime est expertisée rapidement tant sur le volet clinique (gynécologue, prélèvements, ...) que celui psychologique et d'avoir également la saisie de son "vestiaire" (pantalon, tee-shirt, culotte, ...) pour les analyses de police technique et scientifique. Enfin, son audition est recueillie dans les meilleurs délais. Ces actes permettent d'obtenir les preuves du viol", précisent les services de gendarmerie.

Frédéric Rousset invite les proches, familles et amis des victimes, à "soutenir". "Souvent, dans le cadre des violences sexuelles, l'opprobre est jeté sur la famille et là c'est la double peine pour la victime". Selon le président du Cevif, il y a également un important travail à faire sur la prévention. "Il est urgent d'éduquer nos garçons. Pourquoi mettre la pression sur les femmes en leur disant, ne rentre pas tard, ne t'habille pas trop court…"

Il invite également les victimes à se faire connaître sur la plateforme nationale, "Coabuse". Une plateforme où chaque victime - de manière anonyme - peut identifier son agresseur pour voir si d'autres victimes sont concernées. "Cela peut faire peser sur le dépôt de plainte et son instruction", dit-il.

- La réforme de la loi S.U.R.E, un danger pour les victimes de violences sexuelles -

De plus, "entre le moment où la victime porte plainte et le procès il s'écoule parfois jusqu'à six années", poursuit le président du Cevif. 

Si le délai pourrait être raccourci - avec la loi S.U.R.E, largement décriée par les avocats - cette réforme avec instauration du plaider-coupable criminel, jugée dangereuse par la profession, laisserait peu de temps aux victimes pour être entendue.

"Il y aura une culture de l'aveu avec diminution de peine, des négociations dans un bureau, sans que la victime, les experts où la défense puisse participer à ce qui ne sera qu'une condamnation et pas un jugement", alerte Frédéric Rousset. Le président du Cevif avait, lors du rassemblement des avocats, prononcé un discours pour dénoncer cette réforme.

Il poursuit : "l'audience participe à la réparation de la victime, à la prise de conscience de l'auteur et là on va malheureusement aller dans un sens de parole contre parole".

"Il faut savoir dans quelle société on veut vivre", lance-t-il. "Cette procédure de plaider-coupable n'est qu'une illusion. Et que veut dire avouer, si au bout du compte, vous avez la possibilité de diminuer votre peine, tandis que la victime est condamnée à garder à perpétuité et cela peut concourir au fait que les victimes ne se déclarent pas victime", interpelle le président du Cevif.

- Personne n’a le droit de vous imposer un acte sexuel que vous ne désirez pas -

Les violences à caractère sexuel recouvrent les situations dans lesquelles une personne impose à autrui un ou des comportements, un ou des propos (oral ou écrit) à caractère sexuel. En d’autres termes, ils sont subis et non désirés par la victime. 

Dans le département, "les viols et agressions sexuelles sont portés à notre connaissance par les plaintes des victimes mais aussi via toute la filière spécialisée dans les VIF; médecins, associations...", indique la gendarmerie.

"Un proche ou un tiers témoin des faits peut également être à l'origine du signalement et donc de notre saisine", précise-t-on à Imaz Press.

Pour bien comprendre le viol, il faut reprendre sa définition pénal (art. 222-23 du Code Pénal) qui détermine : "Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, ou tout acte bucco-génital ou bucco-anal commis sur la personne d'autrui ou sur la personne de l'auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol." Le consentement est lui aussi explicitement défini dans le droit (article 222-22 du code pénal) comme étant "libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable".

Un viol, sans prendre en compte d'éventuelles circonstances aggravantes (conjoint...), est un crime puni de 15 ans de réclusion criminelle.

Une agression sexuelle signifie donc l'absence de pénétration mais considère par nature un acte sexuel non consenti ; toucher une poitrine, les fesses...

Que les faits soient anciens ou récents, il faut en parler. Le 3919 est à votre disposition pour vous écouter et vous guider. Des conseillers sont disponibles 24h/24. 

En cas d'urgence, le seul numéro à composer est celui de Police Secours.
Le 112, numéro d'urgence européen
Le 114 pour les personnes sourdes, malentendantes, aphasiques, dysphasiques
Le 15 pour les urgences médicales, ou le 18

ma.m/www.imazpress.com/[email protected]

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2 Commentaires
islamogauchiste
islamogauchiste
1 heure

"L’échange d‘images intimes est fréquent chez les plus jeunes : il concerne 33,0% des hommes de 18 à 29 ans à La Réunion, indique l'enquête."
Vu que cette classe d'âge représente à la Réunion 27,9%, on peut considérer que 10% de la population 974, uniquement masculine, sont des obsédés graves, limites débiles, et d'une inconséquence crasse.

Achtung
Achtung
3 heures

Et 1 enfant sur 4, belle mentalité sur l île.