Des effets semblables au cannabis

VMAC : en vente libre et pourtant potentiellement dangereux selon les professionnels de santé

  • Publié le 18 mars 2024 à 10:04

Depuis quelques temps, le VMAC (Various Mix Actif Cannabinoids) a fait son apparition à La Réunion dans les magasins de vente de CBD (cannabidiol) et dans certaines stations-service. Ce cannabinoïde, non classé comme stupéfiant, regroupe des molécules présentes notamment dans le cannabis. Il ne dépasse pas la limite légale pour être proposé en vente libre, mais il suscite l'inquiétude des professionnels de santé. Ils soulignent que les connaissances sur le produit - bénéficiant d'un vide juridique -, restent floues et que ses effets sont semblables à ceux du cannabis (Photo : rb/www.imazpress.com)

Avec l’interdiction du HHC en France le 13 juin 2023, le secteur du CBD a dû innover pour répondre à la demande croissante de produits puissants et légaux. C’est dans ce contexte que le VMAC a été introduit sur le marché. Contrairement au HHC, qui était une nouvelle molécule, le VMAC est un mélange de plusieurs molécules dont le CBD, le CBN, le CBG et le CBC.

Acronyme de Various mix actif cannabinoids (VMAC), si ce produit se trouve chez certains revendeurs, ceux qui ont accepté de nous répondre on fait le choix de ne pas le commercialiser.

Sur le site de vente en ligne Kanopia à Saint-Denis, le vendeur a déclaré à Imaz Press "je n'en vends pas et ne songe pas à en vendre pour l'instant".

De plus, "différentes molécules sur le marché à ce jour, pas interdites mais il existe un flou juridique".

Même choix pour la boutique en ligne Zieu Rouj. "Nous sommes au courant de cette molécule mais nous avons pris la décision de ne pas la commercialiser."

S'ils ont fait le choix de ne pas la vendre c'est "car nous n'avons aucune connaissance sur cette molécule. La confection reste floue".

"Nous ne vendons pas ce genre de produits qu'ils soient en molécule semi-synthétique pure type (hhc, hhc-p/o/r, etc..) ni en assemblage de cannabinoïdes comme le Vmac déposé par la société White rabbit", explique de son côté Jérôme Dalloz, gérant de Izi CBD.

"Nous avons une politique stricte de ne travailler qu'avec des cannabinoïdes d'origine végétale et légale si possible le plus français et local possible", ajoute-t-il.

"D'autres assemblages existent comme le RAF de high society ou CRD de chez buddha farms. Ces assemblages de néo cannabinoide ''pas encore interdits'' donc légaux permettent d'avoir des effets psychotropes ressemblant et dépassant ceux du thc. Nous ne connaissons pas les risques à court terme (faiblesse cardiaque, arrêt respiratoire ou overdose possible), ni à long terme (dommage psychique, addictions)", poursuit le gérant.

Au Coin Bourbon Détente, situé à Saint-Jospeh, "nous nous sommes, dès l'apparition du HHC et autres cannabinoïdes de synthèse, opposés à la vente de ceux-ci et avons averti nos clients des dangers potentiels liés à leur consommation", explique le responsable à Imaz Press.

"Les principaux acteurs de la filière qui s'évertuent depuis des années à donner une image positive du cannabis et des phytocannabinoïdes, voient peu à peu leurs efforts anéantis par des commerçants peu scrupuleux qui proposent ces molécules chimiques au milieu de produits à base de CBD, qui sont en général de médiocre qualité dans les boutiques qui en proposent", ajoute le gérant.

"Il faut savoir qu'aucune étude n'est faite pour déterminer si ces nouvelles molécules peuvent être consommées sans risques et nous n'avons aucun recul, pourtant nécessaire, sur leur consommation", précise Au Coin Bourbon Détente.

"Les industriels fabriquant et vendant ces produits prennent les consommateurs pour des cobayes et les boutiques qui les vendent, connaissant pour la plupart les dangers associés à ces molécules, empoisonnent sciemment leurs clients qu'ils considèrent à peine, comme des vaches à lait."

"Tout le monde à La Réunion est au courant du fléau qu'est le tabac chimique, et, bien qu'il soit de nature différente, ce dernier fait également partie de la famille des cannabinoïdes de synthèse. La consommation de toutes ces molécules est à proscrire car dangereuse sur de nombreux aspects", poursuit le responsable.

"Au lieu d'interdire les molécules une à une, laissant le temps à ceux qui les vendent de se remplir les poches en empoisonnant les consommateurs, moins ou pas au courant des dangers relatifs à la consommation de ces produits, il faudrait une interdiction totale de tous les cannabinoïdes synthétisés chimiquement ce que, nous l'espérons, notre gouvernement fera prochainement."

- Un produit légal mais aux effets semblables à ceux des stupéfiants -


Si nombreuses sont les enseignes à ne pas proposer ce produit, certaines le font. Un cannabinoïde de synthèse dont la vente inquiète les professionnels de santé.

Depuis quelques mois, "ces dérivés cannabinoïdes sont apparus dans les données d’addictovigilance dont certains répondant à un critère de gravité en lien avec une prise en charge hospitalière", indique l'Agence régionale de santé.

"La consommation de HHC ou de ses dérivés expose à des risques tels que : tremblements, vomissements, anxiété, "bad trip", confusion mentale, malaise, tachycardie, douleur thoracique, poussée tensionnelle, dont l’intensité semble varier en fonction de la teneur en HHC, qui n’est pas toujours précisée ou exacte. À long terme, l’utilisation de ces produits expose à un risque d’abus et de dépendance, comme avec le cannabis", précise l'ANSM (Agence Nationale de Sécurité des Médicaments et des produits de santé).

"Le VMAC a été présenté comme une alternative au HHC proche du THC et interdit le 13 juin 2023", explique le Docteur David Mété, chef du service addictologie du CHU Nord. "Il s'agit d'un mix de cannabinoïdes naturels avec un cannabinoïde synthétique proche du CBD (canabidiol) : le H4CBD. Le H4CBD, contrairement au CBD, possède un effet stupéfiant en agissant sur le même récepteur (CB1) que le THC."

"Les cannabinoïdes synthétiques comme le H4CBD sont des substances sur lesquelles les données sont limitées. Certaines de ces substances ont été créées dans une finalité de recherche, elles ne sont pas dénuées d'intérêt mais les données pour une utilisation humaine sont insuffisantes", ajoute-t-il.

Mais alors, quels en sont les dangers ? "Il y a très peu d'études concernant cette molécule et dans ces conditions, c'est le principe de précaution qui devrait s'imposer", explique le médecin. "Le H4CBD agit de manière proche au THC et possède de ce fait théoriquement des propriétés addictives."

"Il est vraisemblable que ce produit sur lesquels se concentrent les tenants du business du cannabis "légal" sera interdit. Il est important de préciser que ce business qui évolue bien souvent à la limite de la légalité est considérable du point de vue financier", répond à Imaz Press Docteur Mété.

- Un flou juridique autour des substances non classées comme stupéfiants -

Si ce produit s'avère dangereux, il n'est pour autant pas interdit en France. "Il existe malheureusement un flou juridique pour ces substances non classées comme stupéfiants, dont profitent un certain nombre de fabricants et de commerçants peu scrupuleux", précise le chef du service addictologie.

"Pour ces personnes ce qui n'est pas interdit est autorisé, peu importe les conséquences. Comme la vente d'alcool, je trouve particulièrement choquant que ces produits prolifèrent dans les stations-service destinées à la conduite automobile, activité particulièrement à risque."

La France applique les principes de l'OMC et de la CEE en matière de commerce. " Une substance est licite tant qu’elle n’est pas déclarée illicite via intégration dans un registre des stupéfiants, sur décision de l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité des Médicaments et des produits de santé)", précise l'Agence régionale de santé de La Réunion (ARS).

Mais pour le professionnel de santé, "la réglementation devrait être plus restrictive en l'absence de données selon le principe de précaution".

Le VMAC n'est d'ailleurs pas le seul cannabinoïde de synthèse à proliférer sur le territoire. " D'autres cannabinoïdes sont disponibles (PHC, THCP, THC-V, etc) et d'autres prendront vraisemblablement le relais si le H4CBD est interdit", alerte le Docteur Mété.

"De plus, parmi les produits à bas prix qui sont vendus dans certains magasins, comme dans les stations-service, il existe des doutes importants sur la qualité de ces produits. Les contrôles de la répression des fraudes retrouvent par exemple assez fréquemment des taux de THC dépassant les limites autorisées (0.3 %) qui peuvent entrainer des troubles du comportement et positiver les tests de dépistage réalisés par les forces de l'ordre", poursuit le spécialiste.

Si l’apparition de cannabinoïdes de synthèse légaux a débuté avec le HHC, interdit en France depuis 2023, "de nouvelles classes de molécules se développent très rapidement et peuvent échapper au moins pendant un temps à la qualification de produit stupéfiant. C’est notamment le cas du VMAC", précise l'ARS.

La surveillance renforcée de l’ensemble des cannabinoïdes de synthèse est toujours en cours et si un problème est identifié avec ces produits (en particulier ceux cités dans ce mélange), l’ANSM pourra reprendre la décision de les classer également.

Lire aussi - Derrière l'explosion des saisies de drogue, une augmentation de la consommation

ma.m/www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

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6 Commentaires
Unmoune
Unmoune
3 mois

Les spécialistes revendeurs de CBD qui ne vendent pas le Vmac...
Peut être que c est parce que c est un "concurrent" qui distribue le produit.
Ce n' est pas un choix...

fabien cbdtech.fr
fabien cbdtech.fr
3 mois

Le VMAC n'est pas le seul cannabinoïde de synthèse sur le marché. D'autres substances comme le PHC, le THCP et le THC-V sont également disponibles.
La qualité des produits vendus dans certains magasins, notamment les stations-service, est souvent douteuse. Des contrôles ont révélé des taux de THC dépassant la limite autorisée.
Il est important de rester vigilant et de ne consommer que des produits dont la provenance et la qualité sont garanties.

Antipode
Antipode
3 mois

De préciser "l'alcool et la malbouffe font beaucoup plus de morts en tant que substances consommées", mais jamais le cannabis n'a tué quiconque du fait de la substance en propre - jamais - les morts sont seulement le résultat des possibles conséquences de l'usage-ivresse (accidents de la route, domestiques...)

Antipode
Antipode
3 mois

"laissant le temps à ceux qui les vendent de se remplir les poches en empoisonnant les consommateurs," il s'agirait de décider - parce que le #EnMêmeTemps nou l'en a soupé - soit vous le savez dangereux, soit vous le savez non-dangereux ; la communication est bancale.
L'idéal serait la légalisation du zamal comme des pays plus civilisés le font et de continuer avec le CBD.
Pour l'aspect sanitaire, arrêtez de jouer les effarouchés, l'alcool et la malbouffe font beaucoup plus de morts !

payet
payet
3 mois

legalisons le zamal et arretons ces salades chimiques! pourquoi faire la chasse au zamal de nos vieux pour leur imposer les derivés du fentanyl?

Pierrot974
Pierrot974
3 mois

"Un produit légal mais aux effets semblables à ceux des stupéfiants"
On ne peut rêver "meilleure" publicité !
Et qui ignore que toutes les drogues sont dangereuses pour la santé, déjà pour le tabac (drogue légale aussi) qui rapporte gros à l'État et fait des centaines de milliers de morts par an ?