[Vidéos] "On est parti sans préparation" : le Réunionnais Xtyrom raconte son incroyable aventure en Namibie

  • Publié le 11 juillet 2026 à 09:51
Romain Xtyrom

Créateur de contenu réunionnais, Romain Trulès, plus connu sous le nom de Xtyrom sur les réseaux sociaux, vient de publier une vidéo retraçant un road trip de 20 jours en Namibie. Entre manque d'eau, pénurie d'essence, rencontres bouleversantes et frayeurs face à des milices armées, il revient pour Imaz Press sur cette aventure hors du commun qui l'a profondément marqué. (Photos Stephan Laï-Yu / www.imazpress.com)

Imaz Press : Pouvez-vous vous présenter ?

Xtyrom : Je m'appelle Romain Trulès, Xtyrom sur les réseaux sociaux. Je suis créateur de contenu à La Réunion. Mon truc c'est l'aventure et les défis !

Vous êtes parti de La Réunion pour traverser l'un des pays les plus désertiques au monde. Pourquoi avoir choisi la Namibie ?

Xtyrom : À la base, ce n'est même pas un pays qu'on avait prévu. On voulait simplement partir à l'aventure. On s'est dit : "On va en Afrique du Sud", puis on a commencé à regarder les pays autour. On cherchait un endroit où faire des safaris, où l'on pouvait être libre. On est tombés sur une vidéo de la Namibie sur les réseaux. Les paysages étaient incroyables. On s'est regardés et on s'est dit : "Ou koné kwé ? Alon pran in bié lavion nou sava direk'" Et sans préparation, on est allé découvrir la Namibie. 

Au départ, votre objectif n'était pourtant pas de réaliser une vidéo...

Xtyrom : Pas du tout. Mon idée, c'était simplement de vivre l'aventure. Comme tout le monde aujourd'hui, je filme avec mon téléphone lorsqu'il se passe quelque chose. Petit à petit, je me suis retrouvé avec énormément d'images. L'idée c'est un peu une "extension de ma vision".

Le voyage date d'il y a deux ans. Un an après, je racontais régulièrement des anecdotes à mes proches. À chaque fois, les gens me répondaient : "Mais ce n'est pas possible, on ne voit jamais ça sur les réseaux sociaux !" Je me suis rendu compte qu'il existait un décalage entre ce que je racontais et ce que je montrais sur mes réseaux. C'est à ce moment-là que je me suis dit qu'il fallait absolument faire cette vidéo.

Quelles ont été les plus grosses difficultés rencontrées ?

Xtyrom : Encore une fois, on est partis sans préparation. On ne connaissait pas le budget nécessaire, on ne savait pas où dormir, on ne connaissait pas le pays. Très rapidement, on s'est retrouvés en manque d'eau. On a dû filtrer de l'eau, demander de l'eau aux habitants, se débrouiller comme on pouvait. On a aussi failli tomber en panne d'essence. À La Réunion, on ne se pose jamais la question. Là-bas, la Namibie fait 218 fois la taille de notre île. Les stations sont parfois très éloignées. Et puis il y a eu ce moment où on s'est fait arrêter par une milice armée... 

Retrouvez la vidéo, en entier, de Xtyrom en Namibie :

Dans votre vidéo, qu'est-ce qu'on ne voit pas forcément à l'écran mais qui a été le plus difficile à gérer sur place ?

Xtyrom : Il s'est passé des choses encore plus incroyables, mais je préfère ne pas tout raconter. Certains me prendraient pour un menteur. D'autres pourraient penser que je suis complètement fou. Et puis il y a aussi des choses qui pourraient me porter préjudice si je retourne un jour dans ce pays.

Il y a aussi autre chose qu'on n'a pas montré... Si vous regardez bien, on ne filme jamais les stations à essence. Beaucoup nous demandent pourquoi on n'en profitait pas pour acheter de l'eau ? Il faut savoir qu'en Namibie, parfois, on a juste des pompes en bord de route. Il n'y a pas forcément de boutique pour se réapprovisionner.

Et à un moment donné, on arrive devant une station il y a un tas de monde. J'avais peur d'aller payer... je vous jure que c'était la première fois que j'étais aussi intimidé parce qu'il y avait un tas de gens. Dans ces pays, quand ils voient un étranger, parfois les gens demandent de l'argent. Et nous on donnait à chaque fois... notre budget diminuait à fond la caisse. Donc, on avait parfois peur de sortir pour avoir de l'interaction. 

Est-ce qu'il y a eu un moment où vous avez réellement eu peur ?

Xtyrom : Oui. Pour moi, c'est le pire moment du voyage. Quand j'ai vu ces hommes armés arriver, je me suis dit : "Ça y est." Quand ils ont pris mon passeport, j'ai vraiment cru que c'était fini.

Dans ma tête, je m'imaginais tous les scénarios possibles. Je pensais qu'on allait être emmenés quelque part, qu'ils allaient demander une rançon. Au final, on a payé et la situation s'est apaisée. Le plus marquant, c'est qu'aujourd'hui encore, je me rends compte que j'avais complètement effacé une partie de ce souvenir tellement le choc a été violent.

Vous avez vécu cette expérience en couple. Comment ça s'est passé pour votre compagne ?

Xtyrom : Je pense que 95% des gens qui vivent une expérience comme ça se séparent après... il y a trop d'émotions et puis on sort vraiment de sa zone de confort. Mais ma compagne l'a bien vécu parce qu'elle a confiance en moi. Le comble c'est que moi je n'aime pas du tout la préparation et je suis dans le déni en pensant que tout va toujours bien se passer. Et de voir qu'elle a confiance en moi, ça me donne davantage confiance en moi-même. On est une vraie équipe en fait.

Votre rencontre avec les habitants est probablement le moment le plus émouvant de la vidéo...

Xtyrom : Oui... C'est un moment qui me touche énormément. Au départ, on s'est arrêtés parce qu'on voyait des personnes vendre des bracelets fabriqués à la main. Puis on a rencontré une famille. Ils nous ont invités à découvrir leur village. Là, j'ai vu des petites cabanes, les enfants qui jouaient, les repas préparés au feu de bois... Puis j'ai croisé le regard d'une personne.

Il s'est passé quelque chose de très fort. On a commencé à communiquer sans parler la même langue, juste avec des gestes. Quand il nous a fait comprendre qu'il voulait qu'on reste avec eux et qu'au moment de partir il s'est mis à pleurer... moi aussi j'ai pleuré.

Je me suis dit que si l'histoire avait été différente, si l'esclavage n'avait pas existé, peut-être que ma propre famille serait restée en Afrique. Peut-être que j'aurais été cette personne-là. J'ai vraiment eu l'impression de regarder un miroir... comme si je venais de faire la rencontre d'un "moi" qui existe dans une vie parallèle.

Vous dites souvent vouloir montrer que des Réunionnais.es peuvent réaliser des projets ambitieux. Pourquoi est-ce important pour vous ?

Xtyrom : Parce que je pense qu'on sous-estime souvent les Réunionnais.es. Quand on dit qu'on vient de La Réunion, beaucoup de gens cherchent même où se trouve l'île sur une carte. Mon objectif, c'est de montrer qu'en venant d'une petite île, on peut produire des projets ambitieux et raconter de grandes histoires. C'est une fierté de dire "Nou osi nou gingn fé sa". On nous a trop souvent dit qu'il faut partir de La Réunion pour apprendre ailleurs, prendre de l'expérience ailleurs, avant de revenir. Moi, j'ai envie de montrer l'inverse : partir avec ce que La Réunion m'a apporté et réaliser mes projets dans le monde.

Après cette aventure, quel est votre prochain défi ?

Xtyrom : Après la Namibie, je ne voulais plus voyager. J'étais presque traumatisé pendant plusieurs mois. Et finalement... on est reparti et là... on a failli y passer. C'était en Tanzanie. Ça sera à découvrir dans une prochaine vidéo. Mon prochain grand projet devrait se dérouler dans un pays en Asie centrale. Cette fois, ce sera beaucoup plus préparé. J'aimerais réaliser un véritable documentaire, avec une qualité encore supérieure.

Qu'est-ce que cette aventure vous a appris sur vous-même ?

Xtyrom : Elle m'a appris à rester humble. Là-bas, on a vraiment connu la faim et la soif. Pas pendant deux ou trois heures comme ça peut arriver en randonnée. Là, c'était pendant plusieurs jours. On cherchait simplement de l'eau. Peu importe où. Aujourd'hui, ça m'a remis les idées en place. On cherche toujours à avoir plus : le dernier téléphone, plus d'argent, plus de matériel... Finalement, le bonheur, c'est peut-être simplement de savoir apprécier ce que l'on a déjà. Je crois que ce que je retiens de cette aventure, c'est ça : la simplicité.

vg / www.imazpress.com / [email protected]

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