Le CHU commence déjà à reporter les opérations non urgentes

Crise sanitaire : La RĂ©union en mode anticipation

  • PubliĂ© le 11 septembre 2020 Ă  12:47
  • ActualisĂ© le 11 septembre 2020 Ă  15:51
CHU Saint-Denis

La Covid-19 gagne du terrain à La Réunion, désormais en zone rouge. Si la situation reste pour l'instant maßtrisable, les autorités sanitaires se préparent déjà à un éventuel afflux de malades. Le CHU a commencé dÚs cette semaine les reports d'opérations non urgentes et le nombre de lits en réanimation a augmenté. Le mot-clé : l'anticipation. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Ne soyons pas alarmistes, soyons réalistes. La Réunion fait officiellement partie des territoires à forte circulation virale depuis le 6 septembre et la communauté médicale anticipe un pic en décembre.

Lire aussi : Le taux d'incidence de La Réunion passe à 58 et le taux de positivité à plus de 3%

Selon nos informations, l'ARS table sur plusieurs "étages" d'alertes qui correspondent chacun à de nouvelles actions. Premier étage : l'utilisation maximale des ressources de l'ßle et des moyens matériels et humains présents. DeuxiÚme étage : la capacité maximale en lits de réanimation est atteinte et La Réunion fait appel à la réserve sanitaire. TroisiÚme étage : passer aux évacuations sanitaires vers la Métropole. Bien entendu, nous sommes encore trÚs loin de ce schéma.

- Une modélisation pour mieux se préparer -

Mardi 8 septembre, à la sortie d'une réunion entre préfet et maires au Département, Ericka Bareigts a annoncé qu'une modélisation issue de l'Institut Pasteur était en cours pour déterminer l'évolution de l'épidémie à La Réunion. "On ne peut pas demander aux maires de faire attention à la santé des gens sans avoir de visibilité sur les choses" avait-elle fait remarquer.

Contacté à ce sujet, l'Institut Pasteur nous indique que la modélisation est "coordonnée par l'ARS régionale et la préfecture" et confirme réaliser "des études de modélisation qui portent sur tout le territoire français, y compris à La Réunion et dans les autres Dom-Tom. Ces études sont réalisées à la demande de Santé Publique France et des autorités publiques sanitaires".

L'agence régionale de santé de La Réunion indique ne pas avoir encore reçu la modélisation en question. "Je vous le dis en toute franchise, elle n'est pas parvenue à l'ARS" nous dit le docteur François ChiÚze, responsable de la sécurité sanitaire et particuliÚrement mobilisé sur la question de la Covid-19.

Cette modélisation, qui sera finalement un condensé de plusieurs modÚles prédictifs réalisés en fonction de différents indicateurs, devrait permettre aux autorités sanitaires de mieux adapter la stratégie de lutte contre la Covid-19.

- Le CHU reporte les opérations non urgentes -

En attendant les projections de l'Institut Pasteur, les autoritĂ©s sanitaires s'organisent. L'heure n'est pas Ă  la panique loin de lĂ , mais bien Ă  l'anticipation. "On prĂ©voit bien un pic en novembre-dĂ©cembre, c'est ce qui ressort dans la communautĂ© mĂ©dicale" explique Reuben Veerapen, vice-prĂ©sident du Conseil de l'Ordre des mĂ©decins de La RĂ©union. "On attend quand mĂȘme la modĂ©lisation pour ĂȘtre plus clairs lĂ -dessus". Une prudence que recommande aussi le docteur ChiĂšze Ă  l'ARS.

Mais pour se préparer à toute éventualité, le CHU de La Réunion a déjà commencé à décaler les opérations dites "non urgentes". Un procédé qui avait déjà été mis en place au mois de mars, pour faire face à l'arrivée de nouveaux malades et libérer le personnel nécessaire.

A l'heure actuelle, "4 blocs ont dĂ©jĂ  fermĂ© au CHU nord et 4 blocs au CHU sud, soit 8 en tout sur l'Ăźle", indique Reuben Veerapen. Mais le docteur prĂ©vient : "cela n'a rien Ă  voir avec la pĂ©riode de confinement, oĂč on agissait en catastrophe. LĂ  c'est vraiment de l'anticipation." Les opĂ©rations pour les cas graves, bien entendu, ne sont pas repoussĂ©es.

- Au moins 85 places disponibles en réanimation -

L'ARS indique aussi que 85 places sont déjà disponibles à ce jour en service de réanimation, sur les deux sites nord et sud du CHU. En août, le CHU de La Réunion avait indiqué que cette capacité était en effet espérée, elle est aujourd'hui atteinte.

Un nombre qui peut encore monter à 100 lits, voire 150 avec les capacités des autres centres hospitaliers, équipés en respirateurs.

"Si on stoppe certaines activités pour s'occuper de la Covid, et que les soins intensifs en privé par exemple sont transformés en services de réanimation, les places peuvent rapidement augmenter" estime Ruben Veerapen du Conseil de l'Ordre des médecins.

Par ailleurs, une salle d'opĂ©ration est mise Ă  disposition du CHU Ă  la clinique Sainte-Clotilde dans le cas oĂč le CHU aurait besoin d'ĂȘtre relayĂ© sur d'autres maladies que la Covid.

"Il y a un vrai relais qui se prépare entre les différents établissements de soin" reconnaßt Ruben Veerapen.

- La réserve sanitaire sur le qui-vive -

Autre Ă©lĂ©ment d'anticipation : le potentiel appel de renforts humains. Dans le cas oĂč le nombre de places en rĂ©animation viendrait Ă  s'amenuiser, le "deuxiĂšme Ă©tage" comme vu prĂ©cĂ©demment serait alors activĂ©. C'est lĂ  que la rĂ©serve sanitaire entre en scĂšne.

ConstituĂ©e de mĂ©decins, infirmiers, pharmaciens ou encore d'ingĂ©nieurs sanitaires volontaires, la rĂ©serve peut ĂȘtre mobilisĂ©e Ă  l'appel d'une agence rĂ©gionale de santĂ©. En cas de besoin urgent, l'ARS de La RĂ©union pourrait donc en faire la demande.

"L'appui national est déjà en préparation" confirme le docteur François ChiÚze. "Mais pour l'instant les capacités de personnels sont largement suffisantes".

Plus sceptique sur les capacités humaines de l'ßle, la docteure Christine Kowalczyk, présidente de l'Union des médecins libéraux, s'inquiÚte du manque de personnel. "S'il y a davantage de patients en réanimation, il faudra plus de moyens. En Métropole, les territoires peuvent jouer sur la proximité et profiter de l'aide des départements voisins. Ici ce sera la réserve, c'est tout, et pour des missions de maximum 15 jours."

- Tout pour éviter les évacuations sanitaires -

Le "troisiÚme étage" inquiÚte beaucoup plus les autorités sanitaires. Car en cas de saturation dans les hÎpitaux de l'ßle, il faudrait envisager des évacuations sanitaires. Ce qui semble pour l'heure quasiment infaisable ou du moins trÚs compliqué en raison de la distance qui sépare La Réunion de la Métropole.

"Imaginez 11 heures d'avion pour une personne en situation de détresse respiratoire, c'est impossible" estime Christine Kowalczyk.

Selon nos informations, l'ARS y pense malgrĂ© tout, bien que cette Ă©ventualitĂ© ne soit absolument pas Ă  l'ordre du jour. Les Ă©vacuations stratĂ©giques sanitaires pourraient alors se faire sur le mĂȘme modĂšle que la MĂ©tropole, encadrĂ©es par l'armĂ©e et avec des regroupements importants de malades pour limiter les trajets. Sans oublier les fameuses 11 heures d'avion qui nous sĂ©parent de l'Hexagone et rendent donc les manƓuvres plus complexes en termes d'efficacitĂ©. 

Les modĂšles actuels d'anticipation sont donc lĂ  pour Ă©viter ce cas de figure extrĂȘme, dont nous sommes encore loin. "A nous de faire attention, avant tout", prĂ©vient la docteure Christine Kowalczyk. Autrement dit : n'oubliez pas le masque, protĂ©gez vos gramouns, limitez les rassemblements, ne sortez pas si vous pensez avoir des symptĂŽmes. "Il faut prendre ses responsabilitĂ©s, estime la docteure, il faut qu'on change nos habitudes de vie."

mm / www.ipreunion.com / [email protected]

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3 Commentaires
Missouk
Missouk
5 ans

Si tout un chacun fait les efforts nĂ©cessaires notamment en termes de gestes barriĂšres et de "bamboulas collectives", on pourrait Ă©viter de saturer nos services d'urgence et nos hÃ'pitaux. Par contre, je ne vois rien concernant les EHPAD. Il serait bon que nos gramounes, population la plus fragile et la plus "Ă  risques" soit la population la mieux protĂ©gĂ©e. Quand il aura fini de nous balancer des paquets de chiffres, ce bon docteur CHIEZE pourrait peut-ĂȘtre s'occuper de la protection de nos anciens et proposer un certain nombre de dispositions ?

FERRERE
FERRERE
5 ans

Et pourtant c'est simple pour arrĂȘter cette Ă©pidĂ©mie, il y a plus de 1000 voyageurs qui arrivent par jour, il faut faire un test Ă  l'arrivĂ©e car il est fait au dĂ©part mais en 3 jours il peut y avoir contamination et ce n'est pas fiable et le test obligatoire Ă  J+7.

Mimi
Mimi
5 ans

Ça craint !J'espĂšre vraiment que nos granmounes et les personnes Ă  risques vont bien se protĂ©ger.Parce que beaucoup d'autres qui s'en fiche de la covid, ou qui n'y croient pas peuvent mettre ces personnes fragiles en danger.