Alors que la pandémie de Covid-19 continue de secouer La Réunion, les consignes qui tombent par milliers et semblent changer toutes les deux semaines sont parfois dures à suivre. Il faudrait alors laisser le masque aux personnes vulnérables, puis tous le porter, mais pas partout. Il faudrait aussi tester, tester, tester... pour finalement laisser le dépistage aux voyageurs et aux personnes symptomatiques. Il faudrait séparer les enfants dans la cour de récré pour finalement changer le protocole un mois plus tard. Des incohérences qui ne font que renforcer la défiance de la population envers les médias et les autorités, et les soupçons de complots alimentés de part et d'autre de la toile. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
- Du dépistage "massif" au dépistage "ciblé" -
Ce vendredi 28 août, lors de son point de situation désormais hebdomadaire, l'ARS a effectué un léger rétropédalage au moment d'aborder la question du dépistage.
"Il convient de rappeler que les dĂ©pistages ne doivent pas ĂȘtre effectuĂ©s en-dehors du cadre diagnostic", a dĂ©clarĂ© le docteur François ChiĂšze, rappelant que les tests sont rĂ©servĂ©s en prioritĂ© aux recherches de cas positifs aprĂšs l'apparition d'un cluster, aux voyageurs Ă J+7, ou aux patients avec symptĂŽmes qui viennent avec une ordonnance du mĂ©decin.
"Le principe c'est de ne pas se faire dĂ©pister tous les jours pour se rassurer inutilement. Il convient, mĂȘme si les capacitĂ©s de l'Ăźle sont importantes, de ne pas venir emboliser ce type de dĂ©pistage au risque d'en empĂȘcher le bon dĂ©roulement" a ajoutĂ© le docteur ChiĂšze.
Une déclaration étonnante qu'a pourtant appuyé le préfet Jacques Billant : "il s'agit de concentrer l'effort sur les personnes et les lieux les plus pertinents". Adieu le dépistage massif donc, bienvenue au dépistage ciblé.
Car il faut le dire, La Réunion arrive au bout de ses capacités de test et cela n'a rien d'étonnant. Avec ses 1.700 dépistages par jour - et des pointes à 2.800 -, l'ßle est l'un des territoires français qui teste le plus.
Pour autant, plutÎt que d'aborder un changement clair de stratégie, de reconnaßtre qu'il sera difficile de tester davantage, et d'admettre que les clusters changent la donne, l'ARS donne l'impression, comme toujours, d'avoir tout prévu.
Début juillet, le discours était tout autre. "Plus les gens se font tester, plus nous aurons une idée précise de comment circule la Covid-19 dans l'ßle", nous avait affirmé le docteur François ChiÚze.
Et plus on remonte le temps, plus le message actuel semble contradictoire avec ce qui Ă©tait dit avant. Ainsi au mois d'avril, l'ARS appelait Ă "dĂ©multiplier les chances d'investigation pour avoir une idĂ©e de la rĂ©alitĂ©, et donc renforcer le dĂ©pistage" avait dit le docteur ChiĂšze, dans l'intĂ©rĂȘt de mieux pister les asymptomatiques.
C'est dans ce but que l'ARS a aussi lancé les dépistages gratuits sur les marchés de l'ßle, pour justement pousser les gens à se faire tester. Aujourd'hui on irait presque jusqu'à faire culpabiliser celui qui veut vérifier qu'il n'est pas contaminé.
A ce jour, nous en avons la confirmation auprÚs de l'ARS, "pas de dépistage sur les marchés programmés dans les jours à venir" nous dit-on.
La premiÚre s'est déroulée à Saint-Louis le 15 juillet, la derniÚre en date s'est tenue à Saint-Denis le 24 août, aux Camélias. Si l'on suit la nouvelle logique de l'ARS, ces opérations de dépistage auprÚs de la population pourraient bien se terminer désormais. Elles auront donc duré un peu plus d'un mois seulement.
Lire aussi : Dépistage du Covid-19 : une nécessité qui demande beaucoup de patience
- Du masque "inutile" au masque "obligatoire" -
En contrepartie, c'est le port du masque qui est porté en avant, geste barriÚre premier contre le virus.
Au début de la pandémie, l'ARS marchait dans les pas des autorités supérieures, notamment ceux de JérÎme Salomon, directeur général de la santé (DGS) et l'un des principaux visages de la gestion de la crise sanitaire en temps de confinement.
Alors que les masques manquaient, celui-ci avait affirmé qu'ils étaient de toute façon réservés aux soignants et aux malades, et qu'il était "inutile pour toute personne dans la rue". Aujourd'hui le ministÚre de la Santé qualifie le port du masque de "geste de bon sens".
Et s'il était réservé aux personnels soignants et aux personnes malades ou symptomatiques en début d'épidémie, il est maintenant sur toutes les bouches.
Lire aussi : Le masque dans la rue: vrai outil de prévention ou mesure "pour rassurer" ?
Force est de constater que les discours Ă ce sujet ont bien changĂ©. Si les Ă©tudes se sont Ă©galement dĂ©multipliĂ©es, la communautĂ© mĂ©dicale a dĂ©fendu l'usage quotidien du masque bien avant sa mise en place comme on le voit aujourd'hui dans les lieux clos et Ă l'extĂ©rieur dans certains quartiersâŠ
Petit tour des incohérences de l'Etat en vidéo :
Alors que le masque devient obligatoire dans la rue, rappelons-nous ce qui nous a été dit, avec force, pendant des semaines : "le port du masque, en population dans la rue, ça ne sert à rien".
â Maxime Combes (@MaximCombes) August 26, 2020
VoilĂ . #Covid19 pic.twitter.com/yaZYpM1zHr
MĂȘme l'AFP ne s'est pas privĂ© de rappeler les anciennes affirmations du gouvernement, suivies de prĂšs par notre ARS locale. Regardez :
Un volte-face qui a eu de quoi alimenter les complotistes en herbe sur les réseaux sociaux. Partout on entend que si le masque était "inutile" au début, c'est parce que le gouvernement en manquait. Maintenant que les stocks sont remplis, le masque est obligatoire. Et les anti-masques d'en conclure que l'Etat l'impose maintenant pour mieux nous contrÎler⊠Des affirmations risibles, mais justifiées parfois par des rÚgles qui changent du tout au tout en l'espace de quelques semaines seulement.
- Ecoles : du protocole strict au protocole "allégé" -
Parfois il suffit aussi de mettre un adjectif un peu rassurant pour dissimuler un changement d'avis radical. C'est le cas pour la rentrée des enfants, qui ont bénéficié d'un "protocole sanitaire allégé".
La distanciation physique, obligatoire lors de la reprise post-dĂ©confinement, n'a plus lieu d'ĂȘtre contrairement Ă ce qu'indiquait le premier protocole. Le masque, par contre, est devenu obligatoire pour tous les Ă©lĂšves de plus de 11 ans.
Il était aussi indiqué dans un premier temps que les adultes ne seraient pas contraints au port du masque si la distanciation était respectée. Finalement le gouvernement a indiqué que le masque serait bel et bien obligatoire pour tous les adultes, sans exception.
En l'espace d'un mois seulement pour les enseignants de La Réunion, il a fallu relire et réapprendre toutes les rÚgles à mettre en place dans leurs écoles.
Autant d'incohérences qui interrogent. Les autorités sanitaires naviguent parfois à vue, et il va sans dire que ce virus entraßne avec lui des défis incommensurables de gestion de crise, pour lesquels nul n'a de réponse immédiate.
Tirer des leçons de nos erreurs n'est cependant pas impossible et les changements rĂ©pĂ©tĂ©s des discours des autoritĂ©s sĂšment bien souvent confusion et panique dans les esprits des citoyens. Admettre que l'on s'est trompĂ© et que l'on doit changer de cap car le virus nous l'impose, ce n'est pas une faiblesse. Peut-ĂȘtre nos dirigeants, nationaux comme locaux, devraient-ils parfois le garder Ă l'esprit.
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