La situation que traverse aujourd’hui le groupe URCOOPA et sa filiale SOFICOOP n’est plus une simple crise de gouvernance. C’est une crise majeure qui met en danger l’ensemble des filières d’élevage à La Réunion (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
Et dans cette crise, une dérive grave s’installe : les éleveurs, pourtant premiers concernés, sont progressivement écartés des décisions.
Depuis plusieurs semaines, les prises de position publiques se multiplient. Chaque camp avance ses arguments. D’un côté, la direction actuelle met en garde contre un risque de démantèlement du groupe et ses conséquences sur l’emploi et l’organisation des filières. De l’autre, le projet portépar TERRACOOP propose une alternative présentée comme structurante, avec des engagements sur la transparence, la compétitivité et le prix de l’aliment du bétail.
Mais à mesure que le débat se durcit, une réalités’impose : on parle de structures, de stratégies, de rapports de force... et de moins en moins des éleveurs.
Cette situation n’est plus acceptable.
Car pendant que les organisations s’affrontent, sur le terrain, les exploitations s’enfoncent dans une fragilité croissante : hausse des charges, dépendance aux importations, absence de visibilité sur les prix, tensions économiques permanentes.
Combien d’exploitations devront encore disparaître avant que l’on revienne à l’essentiel ?
Il faut dire les choses clairement : une coopérative qui ne place plus ses adhérents au cœur de ses décisions perd sa légitimité.
Aujourd’hui, ce principe fondamental est fragilisé.
La priorité ne peut pas être la défense d’un appareil ou d’une gouvernance. Elle doit être la défense du revenu des éleveurs et de la pérennité des exploitations.
Oui, les inquiétudes sur l’avenir du groupe URCOOPA doivent être entendues. Oui, la question de l’emploi et de la cohérence des filières est essentielle. Mais cela ne peut justifier ni l’opacité, ni l’absence de débat démocratique, ni l’écartement des producteurs.
Dans le même temps, toute proposition alternative, y compris celle portée par TERRACOOP, doit être examinée avec rigueur et transparence. Elle ne peut être ni caricaturée, ni écartée sans une évaluation objective de ses impacts.
Ce que nous refusons, c’est un débat confisqué.
Ce que nous refusons, c’est que des décisions structurantes soient prises sans les éleveurs.
Ce que nous refusons, c’est que l’on sacrifie les exploitations pour préserver des équilibres internes devenus illisibles.
Un outil peut être restructuré. Une exploitation qui disparaît est perdue à jamais.
Le temps n’est plus aux postures. Il est à la responsabilité.
La CGPER demande solennellement :
- la transparence immédiate sur la situation financière réelle des structures
- la mise à disposition claire des différents projets de redressement
- l’organisation d’une consultation démocratique des éleveurs
- une évaluation indépendante des scénarios en présence
- des garanties concrètes sur le revenu et l’avenir des producteurs
Les pouvoirs publics doivent désormais prendre leurs responsabilités. Compte tenu des financements engagés et des enjeux de souveraineté alimentaire, ils ne peuvent rester en retrait face à une crise qui menace directement la production locale.
Il y a urgence.
Urgence à décider, mais surtout urgence à décider correctement.
L’agriculture réunionnaise ne survivra pas à des choix faits sans ses producteurs.
Il est encore temps d’éviter le pire. Mais pour cela, il faut changer immédiatement de méthode. Remettre les éleveurs au centre n’est plus une option. C’est une condition de survie. Le temps des débats est terminé: chaque décision prise aujourd’hui engagera la survie ou la disparition des éleveurs demain.
La CGPER
