Après deux mois de débats intenses et parfois très passionnés autour du « privilège zorèy », le temps de la construction est venue ce dimanche. Parti d’une polémique autour de l’appropriation culturelle, puis prolongés par la discussion publique sur le privilège zorèy, un mouvement est né. C’est un ensemble de personnes, formé en association informelle qui a décidé de prendre ses responsabilités en organisant une journée de rencontre du peuple Réunionnais. C’est ainsi que le dimanche 5 juillet à La Saline, près de 700 personnes se sont retrouvées tout au long de la journée. Après une grosse journée de travail et de communion : Nou Pran Nout Plas est né (Photo d'illustration Stephan Laï-Yu / www.imazpress.com)
Dans le sillage de la tribune « Nommer le privilège zorèy pour construire l’égalité à La Réunion », signée par plus de 3 000 personnes, Gael Velleyen et toutes les personnes volontaires ont décidé de faire de cette séquence non pas un moment de fracture, mais au contraire un espace de parole bienveillant, de travail et de construction collective.
De fait, cette journée a été vécue par les participant.e.s elleux-mêmes comme un grand moment de communion. Dans un cadre familial, bon enfant, mais lucide, des Réunionnaises et des Réunionnais de tous profils, de tous horizons sociaux et professionnels, sont venus exprimer leur vécu, parfois douloureux, écouter attentivement celui des autres afin de réfléchir ensemble à des pistes de travail concrètes. Pour cela, près de 250 personnes ont travaillé le matin en 13 cercles de parole, puis en 10 ateliers thématiques qui ont tous rendu des pistes d'action.
Chacun.e a été accueilli.e. La journée s'est déroulée dans le calme, la dignité et le respect.
Ce dimanche, démonstration a été faite qu’un débat exigeant pouvait se tenir dans le calme, la dignité, le respect, en responsabilité. Il a aussi montré qu’un besoin profond d’expression et de prise en compte de la parole traverse aujourd’hui la société réunionnaise.
Les ateliers ont fait apparaître les préoccupations prioritaires des personnes présentes. Dans l’ordre, les échanges ont tout d’abord porté sur le pouvoir local et l’autonomie, puis sur l’économie locale et les ressources, avant d’aborder la langue, l’histoire et l’éducation. Les questions de colonialité et de déni, d’emploi et de recrutement, de réseaux et d’organisation, de souffrance psychologique et d’accueil des nouveaux arrivants ont également été étudiées.
Pour le groupe de militant.e.s, ces engagements confirment une chose : le débat n’est pas une polémique. Il ouvre un chantier collectif autour de l’autonomie, de la transmission, de la reconnaissance, de l’économie péi et de la place des Réunionnais sur leur propre territoire. Des volontaires se sont d’ores et déjà engagés à poursuivre le travail. Le site www.npnp.re a été inauguré pour offre à chacun, chacune la possibilité de le joindre l'équipe pour porter sa pierre à l’édifice.
A la nuit tombée, la journée s’est achevée en musique mais surtout par un geste symbolique fort. A la lumière des bougies et des flambeaux, allumés pour entretenir la flamme, « peï là », un zwazo baptisé Péïla, symbole d’élan, de poésie et d’espoir a été remis en liberté sous les applaudissements des personnes émues par son envol.
Nou Pran Nout Plas était né, par cet acte fort.
Le groupe reviendra rapidement dans les prochaines semaines, au contact des Réunionnais et des Réunionnaises afin de poursuivre ses ateliers, restituer les échanges et structurer les engagements.
Nou Pran Nout Plas
