Tribune libre de la section régionale du Syndicat de la Magistrature

A propos de la visite du garde des Sceaux

  • Publié le 18 février 2026 à 22:05
  • Actualisé le 18 février 2026 à 22:06
tribunal judiciare de saint-denis

Alors que nos collègues en poste à Mayotte, gravement touchés par le cyclone Chido le 14 décembre 2024, peinaient à tenter d’assurer une continuité du service public de la justice dans le département, la section régionale du Syndicat de la Magistrature s’inquiétait du mépris affiché par M. Darmanin, garde des Sceaux, qui avait seulement daigné adresser un courrier à nos collègues, 37 jours plus tard, estimant inutile tout déplacement. (Photo Photo RB/imazpress.com)

Il était alors rappelé que la justice ne devait pas être mise au service d’une politique pénale destinée à servir les intérêts politiques de notre ministre. La justice de ce pays se doit d’être mise au service de ses citoyens, sans considération de couleur ou de moyen, afin de garantir le respect de notre Etat de droit fondé sur les valeurs d’égalité, de liberté et de fraternité. 

Un an plus tard, M. Darmanin nous fait l’honneur d’un déplacement de quatre jours partagés entre la Réunion et Mayotte. Sur ces quatre jours, 1 heure à la Réunion et 35 minutes à Mayotte sont consacrés à un échange avec les magistrats, 35 minutes à la visite des bâtiments de la chambre détachée et du tribunal judiciaire de Mamoudzou, toujours hors service 14 mois après le passage de Chido, tandis que les élus locaux auront droit à 3 heures 15 avec notre ministre.

Les mathématiques parlent et les priorités apparaissent claires…. 

La section régionale du Syndicat de la Magistrature déplore cet intérêt de façade et cette instrumentalisation de notre corps à des fins politiciennes. Nous faisons ici le choix de nous exprimer publiquement afin que l’état réel de la justice réunionnaise soit connu de nos concitoyens. 

Ainsi et alors que notre ministère se réjouissait en janvier dernier d’une augmentation des effectifs dans nos juridictions, assurant qu’à l’horizon 2027, 26 magistrats supplémentaires (soit 22 % des effectifs actuels) seraient affectés dans le ressort de la cour d’appel, la réalité est tout autre : respectivement 33, 20 et 18 magistrats au siège et 10, 7 et 6 magistrats au parquet dans les tribunaux judiciaires de St-Denis, St-Pierre et Mamoudzou pour des populations de 896 200 habitants à la Réunion et 329 000 habitants à Mayotte, soit 5,79 juges et 1,87 procureurs pour 100 000 habitants. Ce qui place notre cour d’appel bien en deçà de la moyenne européenne qui est de 21,9 juges et 12,2 procureurs pour 100 000 habitants (rapport CEPEJ 2024) mais également de la moyenne nationale qui de 11,3 juges et 3 procureurs pour 100 000 habitants. 

Seulement 8 postes supplémentaires depuis 2023 sur notre cour (4 au parquet, 4 au siège) et des budgets gelés en 2026, des attachés de justice qui ne peuvent exercer de fonction juridictionnelle et dont le recrutement est également gelé. 
Parallèlement, les contentieux et les exigences vis-à-vis des magistrats ne font qu’augmenter, avec pour conséquence une embolisation des chaînes tant civiles que pénales, un épuisement généralisé des personnels, suscitant des arrêts de travail constants au sein des juridictions qui ne fonctionnent jamais à effectifs réels. 

La section régionale du Syndicat de la Magistrature appelle notre ministre à plus d’honnêteté dans ses annonces et au respect de ses promesses. 

La section régionale du Syndicat de la Magistrature appelle notre ministre à manifester un intérêt pour le fond des problèmes et à se battre pour dégager les budgets nécessaires pour les résoudre.

Non en donnant pour ordre de réprimer sans discernement, en prônant des politiques sécuritaires qui ne font que renforcer une surpopulation carcérale source de délinquance, mais en se dotant des moyens humains nécessaires pour faire face au mal-être social actuel, en développant les dispositifs permettant une prise en charge globale des situations incluant des prises en charge sanitaires et sociales.

La section régionale du Syndicat de la Magistrature appelle notre ministre à prendre en considération ses magistrats et leur parole pour leur donner les moyens de rendre une justice de qualité, respectueuse de nos principes démocratiques, juste et égale pour tous. 
      
 

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