Tribune libre de Yannick Grondin

Appel au dialogue : le modèle coopératif, un atout essentiel pour l’élevage réunionnais

  • Publié le 7 avril 2026 à 06:35
  • Actualisé le 7 avril 2026 à 06:37
Yannick Grondin, Coopérative agricole de La Réunion

AVIPOLE, CFS, CPPR, SICALAIT, SICAREVIA, OVICAP, CPLR, CANE, TERRACOOP, URCOOPA : autant de sigles peu connus du grand public, mais dont l’action a été déterminante dans le succès de l’élevage réunionnais.

Qu’il s’agisse des filières volaille, porc, lait ou viande bovine, qu’elles soient coopératives de production ou coopératives d’approvisionnement (la CANE et TERRACOOP), toutes ces coopératives ont favorisé la structuration et le développement de l’élevage à La Réunion.

Sans elles, la production n’aurait pas connu un tel essor, même si beaucoup reste à faire pour continuer à faire progresser les différentes filières. Si la qualité des produits issus de l’élevage est réputée pour son excellence, les différentes filières couvrent, selon les cas, à peine 40 % des besoins des Réunionnais.

Sans le regroupement de la CPPR, de la CANE, de TERRACOOP et de SICALAIT pour fonder l’URCOOPA, l’usine de fabrication d’aliments pour bétail de Cambaie n’aurait pas vu le jour. Or, peu de Réunionnais le savent : la mise en place de cet outil à partir de 1984 a permis de diviser le prix de l’aliment par deux et a contribué de manière décisive au développement des fermes réunionnaises.

Sans l’URCOOPA, l’abattoir de l’Étang-Salé, que les Réunionnais ont découvert à travers un conflit très médiatisé, présenté par certains journaux comme la "guerre de la volaille", n’aurait pas été réalisé.

Or, malgré ses succès indéniables, ce modèle coopératif traverse depuis plusieurs années une crise profonde : liquidation de la FRCA, tentation du modèle capitalistique, visions divergentes du développement entre générations, gouvernance contestée.

Pourtant, plus que jamais, l’élevage, et plus largement l’agriculture réunionnaise, ont besoin d’unité.

Certaines filières sont en panne. Faute de capacités de traitement des déchets, la filière volaille est bloquée à 50 %, alors qu’elle pourrait couvrir 100 % des besoins des Réunionnais. La filière porcine a besoin de solutions de gestion du lisier, l’épandage ayant atteint ses limites sur un territoire contraint.

Plus globalement, le contexte géopolitique instable fait peser le risque de nouvelles flambées sur les matières premières et le coût du fret. La remise en cause du POSEI, mécanisme européen de soutien et de compensation financière de l’agriculture réunionnaise, serait un séisme pour nos éleveurs.

Face à ces risques, le monde coopératif a besoin de se retrouver. Pour dialoguer, pour anticiper et se préparer à surmonter ces chocs.

OUI, nous y sommes favorables, car nous sommes attachés à la coopération, qui représente historiquement le modèle le plus adapté aux réalités de notre territoire !

OUI, nous soutenons de manière inconditionnelle le modèle coopératif, car c’est celui qui a rendu possibles les immenses progrès réalisés en faveur de l’agriculture et de l’élevage à La Réunion au cours des 30 dernières années !

OUI, nous voulons préserver ce modèle, qui est un magnifique exemple de réussite, reconnu au niveau national, même si des améliorations restent nécessaires !

OUI, nous encourageons ceux qui portent les valeurs de la coopération, car c’est le modèle qui garantit le mieux le développement de nos filières et l’indispensable solidarité entre agriculteurs et éleveurs !

OUI, le dialogue est devenu nécessité.

Pour autant, ce dialogue doit être instauré entre responsables locaux, crédibles et respectueux des règles de la coopération, ce qui exclut a priori ceux qui ont tout fait pour déstabiliser le mouvement coopératif tout en tenant un discours pacificateur.

Je ferai parvenir dès demain une invitation à tous les acteurs responsables (Département, Chambre d’agriculture, DAAF, coopératives) pour les inviter à engager un dialogue.

Yannick Grondin
Président de la Coopération agricole de La Réunion

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