Tribune libre

Coo-pé-rer : nout’ responsabilité, nout’ l’avenir !

  • Publié le 7 avril 2026 à 09:11
  • Actualisé le 7 avril 2026 à 09:15
agriculture Illustration

Nous sommes Olivier Boyer, éleveur à la Sicalait, implanté à la Plaine des Cafres, et Florent Malet, éleveur et agriculteur, fils d’agriculteur, implanté à Saint-Joseph. Nous appartenons à une génération qui a grandi dans le monde agricole réunionnais, qui en connaît les exigences, les contraintes, mais aussi la richesse humaine et économique. Nous sommes profondément attachés à notre territoire, à notre métier, et à l’avenir de l’élevage et de l'agriculture à La Réunion (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

Aujourd’hui, un pilier historique de notre modèle agricole est au cœur des débats : l’Union réunionnaise des coopératives agricoles (Urcoopa). Nous souhaitons d’abord rappeler avec force notre attachement à cette institution, fondée et construite par les éleveurs réunionnais.

Depuis 1984, l’Urcoopa appartient aux éleveurs.

Nout ban gramoun la mèt lizine ter la !

Cet héritage nous oblige. Et cet attachement historique nous oblige justement à regarder la réalité en face.

Depuis plusieurs années, les crises s’enchaînent. Le modèle s’essouffle. Les difficultés rencontrées, notamment celles ayant conduit la Soficoop au redressement judiciaire, sont des signaux d’alerte que nous ne pouvons pas ignorer.

Dans le même temps, des incohérences économiques interpellent : alors que les matières premières ont baissé de 22 %, le prix des aliments pour nos élevages a augmenté de 12 %, sans alternative possible pour les producteurs.

Face à cette situation, notre responsabilité collective est engagée.

Notre génération refuse l’immobilisme et le conservatisme. Autant qu'elle refuse la rupture brutale. Elle s’oppose aux rentes de situation et dénie les héritages trop facilement dilapidés.

Elle porte une exigence : celle d’une évolution responsable, équilibrée et durable de notre modèle coopératif.

Car les défis à venir sont immenses : autonomie alimentaire, adaptation au changement climatique, gestion des sous-produits, évolution des outils numériques, sans compter la situation internationale qui ne sera pas sans conséquences. Nous devrons faire preuve, ensemble, de plus de compétitivité et d’un sens éminent de l’innovation. Aucun de ces enjeux ne pourra être relevé sans une gouvernance absolument transparente, ouverte et représentative.

"Il ne s’agit pas d’opposer les générations.
Il ne s’agit pas de choisir un camp Il s’agit de construire ensemble"

Dans une coopérative, le pouvoir ne doit pas être confisqué, pas plus qu’il ne doit être fragilisé. Il doit être partagé, organisé et tourné vers l’intérêt collectif. C’est dans cet esprit, en lien avec l'opération Agri 2030 du Conseil Départemental, que nous portons l’organisation d’États Généraux, espaces indispensables de dialogue, de vérité et de co-construction. Nous nous félicitons, à ce titre, du soutien et de l’engagement d’un ancien ministre des Outre-mer, et ancien Garde des Sceaux, M. Dominique Perben.

Ces États Généraux doivent permettre de poser les bonnes questions :
Quelle gouvernance pour demain ?
Quelle place pour chaque génération ?
Quelle stratégie pour optimiser et assurer l’évolution de notre modèle ?
Car une chose est certaine : si rien ne change, le système se fragilisera davantage.
Et si tout change trop vite, nous en sommes également conscients, il risque de se déséquilibrer. Nous devons donc trouver ENSEMBLE le chemin d’une transition maîtrisée.

Notre modèle coopératif est unique dans les DROM. Il est une fierté collective. Nous respectons profondément l’engagement de nos anciens, nos gramounes, qui ont bâti cet outil au service des agriculteurs réunionnais.

À notre tour, nous avons le devoir de le faire évoluer pour qu’il continue à servir les générations futures. C’est cela, notre responsabilité. C’est cela, notre avenir.

Il est temps de faire ansanm !
Olivier Boyer
Florent Malet

guest
0 Commentaires