Tribune libre de Giovanni Payet

Des réponses insuffisantes pour protéger les habitant·es de Saint-Denis

  • Publié le 2 avril 2026 à 15:47
  • Actualisé le 2 avril 2026 à 15:52
Giovanni Payet candidature législatives

La récente annonce de la municipalité de Saint-Denis proposant une aide exceptionnelle de 40 euros pour les travailleurs modestes appelle une réaction claire : si l’intention est louable, la réponse est largement insuffisante, déconnectée de la réalité vécue par les Dionysien·ne·s et révélatrice d’une absence de vision structurelle. (Photo : D.R)

Depuis 18 ans la municipalité aurait pu construire un modèle de transition écologique et énergétique qui protège les familles dionysiennes. C’est pour cela que nous plaidons depuis des années à la voix citoyenne pour une rupture profonde avec l’économie du pétrole.

- Une mesure symbolique… mais dérisoire -

Deux fois 20 euros sur deux mois.

Voilà la réponse apportée à la crise énergétique et la baisse constante du pouvoir d’achat des habitant·es de Saint-Denis.

Alors que le coût du carburant explose, que les dépenses contraintes pèsent toujours plus lourd dans les budgets des familles, cette aide apparaît comme un pansement sur une fracture sociale profonde.

Soyons clairs :

40 euros ne changent pas la vie des travailleurs modestes ;
40 euros ne compensent pas la dépendance quotidienne à la voiture ;
40 euros ne répondent pas aux inégalités territoriales de mobilité, notamment pour ceux qui vivent dans les hauts.

Cette mesure relève davantage de la communication que d’une politique publique à la hauteur des enjeux.

- Un contresens politique : refuser d’agir sur le fond - 

Refuser d’intervenir directement sur le carburant au motif de ne pas “financer la SRPP”, c’est surtout éviter de traiter le vrai problème :
la dépendance structurelle des habitants à la voiture ;
l’insuffisance des alternatives à la voiture individuelle ;
l’absence de régulation locale du coût de la vie

La municipalité reconnaît elle-même que la hausse est structurelle… mais n’y oppose qu’une réponse conjoncturelle.

- Ce que les Dionysien·ne·s attendent : une stratégie et des actions, pas un geste - 

Nous appelons à sortir de la logique des “coups de pouce” ponctuels pour construire une réponse globale, cohérente et durable. Nous avons besoin d’une transformation radicale de notre système productif car elle est sous perfusion et trop dépendante.

1. Agir sur les mobilités du quotidien

Nous déplorons l’absence de réponse des élus CINOR et de la SODIPARC. Il leur revient, en tant qu’acteur prépondérant des mobilités quotidiennes, d’apporter des réponses concrètes pour limiter l’impact de la crise sur les ménages.

Il serait opportun que la SODIPARC accorde, le temps de la crise soit un ajustement de la tarification, soit la gratuité des transports en commune en semaine. 

La SODIPARC doit profiter de cette crise pour en faire une vraie opportunité pour accompagner le changement de comportement avec le déploiement d’un plan massif de transport public accessible et fiable et le soutien à des alternatives concrètes : pédibus, covoiturage organisé, vélos et navettes de proximité.

2. Soutenir réellement les travailleurs

Pour aider les travailleurs, l’heure n’est plus au chèque en blanc et des mesures sans lendemain. Les élus de la Commune et la CINOR doivent réunir les partenaires sociaux et les représentants des entreprises pour bâtir un plan d’urgence et de robustesse car la crise énergétique sera profonde et durable. Il est grand temps de transformer l’appareil productif réunionnais qui reposera sur plus de proximité, plus d’énergies renouvelables et moins de ressources fossiles.

3. Agir sur le coût de la vie

Nous sommes prêts à participer à l’écriture d’un plaidoyer fort à destination de l’État

Pour garantir la transparence auprès des citoyens sur le coût des hydrocarbures ;

Pour réguler les prix des carburants dans les territoires ultramarins pour qu’il n’y ait pas d’injustice ;

Pour accompagner les acteurs économiques dans le monde de l’après-pétrole, notamment les transporteurs et les agriculteurs (soutien à l’agriculture biologique, circuits courts et politiques alimentaires locales)

Le monde est train de vivre une bascule. La situation actuelle exige autre chose que des annonces rapides : elle nécessite du courage politique, de la cohérence et une vision à long terme.

Les Dionysien·ne·s n’attendent pas qu’on leur dise “on est à vos côtés”. Ils attendent des décisions qui changent concrètement leur quotidien.

- Notre engagement - 

Nous en avons assez de subir surtout quand les solutions citoyennes et concrêtes existent.

Nous porterons, dans le débat public et au sein des instances locales, une alternative crédible, fondée sur : la justice sociale, l’efficacité des politiques publiques, et la co-construction et l’évaluation avec les citoyens.

Parce qu’à Saint-Denis, l’urgence n’est plus aux gestes symboliques, mais aux transformations profondes.

Giovanni PAYET

Président de La Voix Citoyenne - La Réunion
Ancien candidat aux élections municipales à Saint-Denis

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