La liquidation judiciaire de l’Association Réunionnaise d’Éducation Populaire (Arep), acteur historique de l’éducation populaire à La Réunion depuis 1962, est un événement très préoccupant pour l’ensemble du mouvement associatif. Malgré l’engagement remarquable de ses équipes et un projet de reprise porté par les salariés, la procédure judiciaire entraîne la disparition d’une structure qui a occupé, pendant plus de six décennies, une place centrale dans la vie sociale et territoriale de l’île.
Le bilan humain, social et territorial est considérable. Soixante et un salariés perdent leur emploi, soixante et une familles vacillent. Un patrimoine de compétences, de savoir-faire et de relations de confiance avec les habitants risque de disparaître avec eux, ce qui fragilise l’intervention de proximité et la continuité des actions au bénéfice des populations.
Le Mouvement associatif de La Réunion (Mar) exprime sa profonde solidarité avec les salariés, les bénévoles et toutes les personnes qui ont fait vivre l’Arep. Il rend aussi hommage à toutes les associations qui ont disparu avant elle, souvent dans l’indifférence générale. Pour le Mar, cette disparition n’est pas un accident isolé : elle révèle les fragilités structurelles du modèle économique associatif.
Financements publics réduits ou instables, charges en hausse, absence de visibilité pluriannuelle, procédures toujours plus lourdes : cette pression permanente a un coût que l’on mesure mal. Pour survivre, les associations y consacrent des forces qui manquent alors à leur projet. Les structures qui dépendent largement de financements publics, et de personnels qualifiés indispensables à leurs missions, sont les plus exposées.
Corps intermédiaires entre les citoyens et les institutions de la République, lieux où se forge au quotidien la citoyenneté active, elles peinent pourtant à bâtir un véritable partenariat avec les collectivités qui attribuent subventions et marchés publics. En cause : le financement à l’année et la discontinuité des politiques engagées, que les changements de majorité accentuent encore.
C’est pourquoi le Mar alerte régulièrement les pouvoirs publics sur les conséquences des arbitrages budgétaires. Il défend la reconnaissance effective de la contribution des associations à la cohésion sociale, à l’éducation populaire, à l’insertion professionnelle, à la lutte contre les exclusions et au développement des territoires. Il appelle à renforcer le dialogue entre associations, État et collectivités, afin que les décisions financières tiennent compte des réalités du terrain.
La disparition de l’Arep rappelle que la réduction des dépenses publiques ne se mesure pas aux seules économies immédiates. Quand une association cesse son activité, le coût collectif est lourd : emplois détruits, parcours d’insertion interrompus, accompagnements fragilisés, compétences perdues, solidarités de proximité affaiblies, familles entraînées vers l’instabilité. Reconstituer ces capacités et cette expertise, quand c’est possible, demande plus de temps et de moyens que les économies initialement recherchées.
Pour le Mar, il est donc indispensable de dépasser une logique strictement annuelle et comptable. Cela suppose :
• des engagements publics pluriannuels ;
• des montants et modalités de financement adaptées aux missions exercées ;
• la reconnaissance du coût réel des actions ;
• des mécanismes d’alerte et de concertation suffisamment précoces pour prévenir les ruptures d’activité.
L’éducation populaire relève d’une responsabilité partagée entre pouvoirs publics et acteurs associatifs. Il convient peut-être de la sanctuariser, à l’abri des aléas budgétaires et des alternances politiques. Le Mar appelle les pouvoirs publics et les associations à être ensemble libres et créatifs, pour redonner toutes ses chances à la solidarité.
Le Mouvement associatif de La Réunion

La disparition de l’AREP doit nous interpeller, car malheureusement ce type de situation n’est plus exceptionnel.
À la Webcup, nous avons connu jusqu’à près de 60 salariés à l’échelle de notre réseau. Aujourd’hui, il n’en reste plus qu’un. Ce chiffre résume à lui seul ce qui est en train de se passer dans une partie du monde associatif.
Moins de financements, moins de visibilité, moins de moyens humains, alors même que les besoins, les projets et les attentes restent bien présents. Derrière ces réductions, il ne faut pas voir uniquement des lignes budgétaires. Ce sont des compétences qui disparaissent, des emplois, de l’expérience, de l’accompagnement, des événements, des actions éducatives et des projets qui faisaient vivre les territoires.
Les bénévoles continuent, bien sûr. Mais le bénévolat ne peut pas durablement remplacer des dizaines de salariés ni porter seul des missions qui demandent du temps, de l’expertise et une véritable continuité. Quand une association comme l’AREP disparaît, ou lorsqu’une structure comme la Webcup passe de près de 60 salariés à 1, ce n’est plus un simple ajustement.
C’est un signal d’alarme.
Et si cette tendance continue, il faudra bientôt se demander non pas comment soutenir le tissu associatif, mais ce qu’il en restera.