Tribune libre de Monique Orphé

Fin du logement social “à vie” à La Réunion : une fausse bonne idée qui met en péril des milliers de familles

  • Publié le 17 novembre 2025 à 19:34
  • Actualisé le 17 novembre 2025 à 19:35
Monique Orphé

La Réunion est aujourd’hui confrontée à une crise de logement d’une intensité rare : près de 50 000 ménages attendent un logement social sur l’île. Pour beaucoup d’ultramarins, et pour les Réunionnais les plus précaires, ce droit fondamental — celui d’accéder à un logement digne — reste un objectif hors de portée.

Dans ce contexte, remettre en cause le principe du bail social “à vie” n’a rien d’une solution. Ce n’est pas un privilège abusif : c’est une garantie essentielle de stabilité pour des familles qui vivent déjà dans des conditions difficiles. Oui : l’application de cette loi fragiliserait encore davantage les familles réunionnaises, et le droit au logement — qui devrait être un pilier de la République — serait une fois de plus bafoué.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

7 % des demandeurs invoquent un logement insalubre, révélant une réalité encore trop fréquente. 88 % des ménages demandeurs disposent de revenus inférieurs aux plafonds LLTS, et près des deux tiers vivent avec moins de la moitié du plafond, soit moins de 7 385 euros annuels pour une personne seule en 2023.

La précarité est massive et structurelle.

Le profil des demandeurs confirme cette fragilité :
– 43 % des ménages en attente sont des personnes seules ;
– 39 % des demandes proviennent de familles monoparentales ;
– 28 % des titulaires de la demande sont au chômage, et 28 % sont salariés du privé ou agents publics ;
– 38 % des demandeurs sont hébergés chez un tiers, faute de solution digne.

Dans ces conditions, prétendre “fluidifier” le parc en imposant un bail “trois-six-neuf” revient à s’attaquer aux ménages les plus modestes, alors que moins de 1 % seulement des locataires dépassent les plafonds de ressources. Le problème n’est donc pas l’occupation des logements, mais l’insuffisance chronique de construction, aggravée année après année.

Ce débat est un faux-sujet. Il détourne l’attention des véritables priorités : financer le logement social, réhabiliter les logements anciens, combattre l’insalubrité, soutenir les familles monoparentales et les personnes isolées, et offrir enfin des solutions dignes à ceux qui vivent chez un proche faute d’alternative.

L’État doit arrêter de construire des politiques de punition qui pèsent toujours sur les mêmes. Il doit agir là où se trouvent les solutions : dans l’investissement, la production, la rénovation, et la justice sociale.

En tant qu’élue, je m’oppose clairement à cette réforme. Nous devons construire, pas expulser. Protéger, pas précariser. Les familles réunionnaises ont besoin de sécurité, pas d’incertitude.

Conseillère départementale de La Réunion
Monique Orphé

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