Face à l'escalade continue des prix des carburants à La Réunion, la FDSEA tire aujourd'hui la sonnette d'alarme. Cette situation frappe de plein fouet le secteur agricole, pourtant vital pour la souveraineté alimentaire et l'économie de notre île ; nos agriculteurs façonnent nos paysages et nourrissent la population locale (Photo Stephan Laï Yu / www.imazpress.com)
Or, le monde agricole représente aujourd'hui près de 12 % de la consommation locale de GNR (Gazole Non Routier). Cette forte dépendance énergétique rend nos exploitations extrêmement vulnérables à la volatilité des marchés pétroliers.
Des impacts économiques directs et dévastateurs : une facture qui explose. La hausse du coût des carburants se répercute mécaniquement et violemment sur l'ensemble de la chaîne de production. Le fonctionnement des tracteurs, des engins de récolte, des outils de travail, ainsi que l'acheminement et la livraison des récoltes vers les coopératives ou les marchés, font exploser les coûts de production.
Les chiffres sont sans appel : cette flambée des prix représente une augmentation globale de plus de 26,4 millions d'euros de charges supplémentaires pour l'ensemble des filières agricoles de l'île sur le seul exercice en cours.
• Réduction drastique des marges : Sur certaines exploitations, le poste carburant est passé de 15 % à près de 25 % des charges. Les exploitations mécanisées sont d’autant plus touchées. Les agriculteurs ne pouvant répercuter ces hausses sur le prix de vente aux consommateurs locaux sous peine de s'exclure du marché et leurs marges fondent de manière alarmante.
• Trésoreries exsangues : De nombreuses exploitations se retrouvent aujourd'hui dans l'incapacité de couvrir ces factures énergétiques imprévues, menaçant directement le paiement des salaires, le remboursement des emprunts et la viabilité des exploitations.
Le coup de grâce : des difficultés supplémentaires qui s'accumulent Cette crise énergétique ne frappe pas un secteur en pleine santé, mais un monde agricole déjà fragilisé. La flambée du fret maritime a entraîné une hausse vertigineuse du coût des intrants (+30 % sur les engrais et l'alimentation animale en quelques années).
À cela s'ajoutent les défis quotidiens liés à l'insularité ; Le monde agricole réunionnais se retrouve pris en étau entre des coûts de production insoutenables et une concurrence extérieure souvent déloyale qui, elle, ne subit pas les mêmes contraintes territoriales.
Une comparaison tragique avec les pertes des années précédentes ; la situation actuelle s'inscrit dans une accumulation destructrice ; les dernières années ont été marquées par des pertes économiques sévères dues aux aléas climatiques (cyclones, sécheresses) estimées en moyenne à plusieurs dizaines de millions d'euros annuels.
Aujourd'hui, le choc est structurel. Les pertes cumulées sur les trois dernières années avaient déjà amputé la capacité d'investissement des exploitations de près de 30 %.
Le surcoût lié au carburant vient achever ce processus : avec ces 26,4 millions d'euros de ponction directe sur la trésorerie des agriculteurs, les projections économiques pour 2026 menacent de dépasser l'impact financier des pires catastrophes naturelles de la décennie. Ce n'est plus la rentabilité qui est en jeu, mais la survie même des 6 300 exploitations familiales de l'île.
Appel à une action gouvernementale et régionale immédiate : Il y a urgence à agir. Le gel immédiat des taxes sur le GNR et les carburants, l'augmentation du remboursement de la TICPE pour les professionnels de l'agriculture, ou encore la création d'un fonds de soutien régional d'urgence sont des mesures de survie incontournables.
Nous en appelons à la responsabilité des pouvoirs publics, de l'État et des collectivités locales : laisser mourir notre agriculture sous le poids des charges énergétiques, c'est condamner La Réunion à une dépendance alimentaire totale et sacrifier un pan entier de notre identité économique.
