Violences sexuelles présumées : un réalisateur réunionnais mis en cause, des associations locales appellent à briser le silence

  • Publié le 23 avril 2026 à 11:10
  • Actualisé le 23 avril 2026 à 12:39
Cinéma

Une enquête du média "Les Jours", publiée ce mercredi 22 avril 2026, met en cause le réalisateur réunionnais, Vincent Fontano, pour des faits présumés de viols et de harcèlement sexuel. Alors que l’intéressé conteste ces accusations et qu'il reste présumé innocent, plusieurs associations et syndicats locaux dénoncent un "système" et appellent à une prise de conscience collective dans le milieu culturel. (Photo AFP )

L’affaire secoue le monde culturel réunionnais. Dans une enquête publiée ce mercredi, le média national "Les Jours" révèle les témoignages de quatre femmes accusant le réalisateur réunionnais Vincent Fontano de violences sexistes et sexuelles présumées. Des viols qui auraient été commis dans le cadre de faux castings organisés à son domicile, dans les Hauts de Saint-Denis.

Deux des victimes présumées dénoncent des faits de viol, tandis que deux autres évoquent du harcèlement sexuel. Deux plaintes ont été déposées. Une plainte a par ailleurs donné lieu à un non-lieu en 2023, faute de preuves matérielles.

Selon le média, les faits se seraient déroulés entre 2020 et 2021, avec un mode opératoire similaire : prise de contact via les réseaux sociaux, promesse de rôle, puis invitation à des essais à domicile. L’une des plaignantes décrit un "état second" et des souvenirs fragmentés après une rencontre, affirmant avoir été contrainte à des actes sexuels. Une autre évoque un geste imposé lors d’un casting, qu’elle assimile à une agression sexuelle.

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- Vincent Fontano nie tout -

Le cinéaste, contacté par "Les Jours", "dément toutes les accusations" et évoque des faits "pas crédibles" ou relevant de "rumeurs". Selon lui, ces accusations viendraient de "gens qui (veulent) lui nuire parce qu’il est noir et gros".

L’enquête pointe également du doigt le traitement de ces accusations dans le secteur culturel. Malgré leur évocation lors de l’étude, par la commission de la Direction des affaires culturelles (DAC), du dossier de Vincent Fontano, dans le cadre de l'attribution des financements du ministère de la Culture à des compagnies de théâtre, une aide publique de 25.000 euros aurait été attribuée en 2024 à la compagnie du réalisateur.

- Les associations et syndicats locaux montent au créneau -

Ce jeudi, au lendemain de la publication du reportage, plusieurs associations et syndicats réunionnais.es - NousToutes974, Mouvman FH+, CGTR Spektak et Union des Femmes Réunionnaises (UFR) - publient un communiqué commun pour dénoncer une situation qu’elles jugent systémique.

"Ce que révèle cette enquête n’est pas seulement une série de témoignages accablants. C’est un système", écrivent-elles, évoquant "des rapports de pouvoir utilisés pour exploiter, manipuler et contraindre" de jeunes femmes en situation de vulnérabilité. Les organisations refusent de réduire ces faits présumés à de simples cas individuels : "Il ne s’agit pas "d’affaires individuelles" qu’il suffirait de laisser à la justice. Il s’agit d’un problème structurel".

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Tout en rappelant le principe de présomption d’innocence, elles estiment qu’il "ne peut pas être utilisé comme un bouclier pour éviter toute remise en question collective" et dénoncent "toute forme de complaisance, de relativisation ou de silence".

- "Le silence protège les agresseur.euse.s" -

Les associations interpellent directement les institutions et les acteurs culturels : "Continuer à soutenir, programmer ou légitimer, sans condition, des personnes mises en cause dans des affaires aussi graves, c’est prendre une responsabilité politique. C’est envoyer un signal désastreux aux personnes victimes. C’est contribuer à maintenir un climat d’impunité".

Elles saluent également "la position courageuse" d’Anabel Martinez, directrice du théâtre Les Bambous à Saint-Benoît, ayant choisi de ne plus collaborer avec le réalisateur, au nom de la protection des potentielles victimes.

Enfin, elles appellent à un sursaut et à "une rupture claire avec les logiques d’omerta", ainsi qu’à la mise en place de dispositifs de prévention et de signalement efficaces, et à conditionner les financements publics à des engagements concrets contre les violences sexistes et sexuelles. "Le silence protège les agresseur.euse.s. Nous choisissons de le briser", concluent-elles.

vg / www.imazpress.com / [email protected]

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