Tribune libre de Karine Lebon

Adoption à l’unanimité de la proposition de loi renforçant la solidarité envers les retraités pauvres

  • Publié le 11 juin 2026 à 14:03
  • Actualisé le 11 juin 2026 à 15:36
Karine Lebon

Suite à l’adoption à l’unanimité de la proposition de loi d’Emeline K/Bidi visant à renforcer la solidarité envers les retraités pauvres, ce jeudi 11 juin 2026, la députée Karine Lebon est intervenue à l’Assemblée nationale : (Photo Richard Bouhet / www.imazpress.com)

Madame la Présidente,

Madame la Ministre,

Madame la Rapporteure,

Chers collègues,

Parfois, les débats relatifs à nos droits sociaux finissent par nous détourner de l’essentiel : la réalité. La réalité des souffrances vécues. La réalité de celles et ceux qui se retrouvent démunis en raison de critères restrictifs pensés avant tout pour réaliser des économies.

Cette logique, certains l’appliquent à tout. Pourtant, certains sujets méritent que nous déplacions notre regard. C’est le cas des retraités de France qui sont nombreux à affronter une précarité insoutenable.

L’Allocation de solidarité aux personnes âgées a été créée pour que personne ne termine sa vie dans la misère. Pourtant, beaucoup de celles et ceux qui pourraient en bénéficier n’y ont pas recours.

Pourquoi ?

Parce qu’ils ont peur.

Peur qu’un jour l’aide qu’ils reçoivent soit récupérée sur leur succession. Peur de laisser une dette à leurs enfants. Peur de transmettre un problème plutôt qu’un héritage. En bref, peur que la solidarité nationale finisse par se retourner contre leur famille.

Cette peur, nous la connaissons tous dans nos territoires.

À La Réunion, combien de gramoun vivent avec très peu, mais refusent de demander l’Aspa ? Combien préfèrent se priver plutôt que de prendre le risque de voir la case familiale concernée demain par une récupération sur succession ?

Ne nous trompons pas de débat. Il ne s’agit pas aujourd’hui de parler de seuils ou de comptes publics. Il s’agit de personnes qui se sont serré la ceinture toute leur vie et qui vivent avec l’angoisse de devoir solliciter une aide susceptible de devenir demain une dette pour leurs proches. 

A La Réunion, la case familiale dépasse largement la simple notion de bien immobilier. C’est souvent toute une vie de travail. C’est le lieu où plusieurs générations ont grandi. C’est le seul patrimoine que des parents espèrent pouvoir transmettre à leurs enfants et à leurs petitsenfants. Aujourd’hui encore, des personnes âgées choisissent de vivre dans la difficulté plutôt que de courir le risque de fragiliser cet héritage.

Nos retraités figurent parmi les plus modestes du pays. Beaucoup ont connu des carrières incomplètes, des emplois précaires, des périodes de chômage plus fréquentes. Beaucoup vivent dans des territoires où le coût de la vie est plus élevé.

Voilà la réalité.

Des personnes qui ont subi toute leur vie et qui continuent pourtant à s’inquiéter pour leur avenir.

Or la solidarité ne devrait jamais inspirer la crainte.

Elle devrait rassurer.

Elle devrait protéger.

Elle devrait permettre à chacun de vieillir dignement.

La récupération sur succession ne concerne pas les grandes fortunes qui, elles, disposent généralement de tous les outils pour y échapper. Nous parlons ici de familles modestes qui possèdent parfois uniquement leur résidence principale.

Depuis des années, nous expliquons qu’il faut lutter contre le nonrecours aux droits sociaux. Pourtant, nous maintenons un mécanisme qui conduit encore de nombreuses personnes âgées à renoncer à cette aide essentielle.

Le législateur a déjà reconnu la spécificité ultramarine en relevant le seuil de récupération sur succession. Mais cette adaptation est devenue insuffisante. Avec la vie chère, qui est un problème structurel, mais aussi l’augmentation des prix de l’immobilier et du foncier, couplée à la crise du logement, une petite case familiale peut désormais dépasser largement le seuil applicable sans pour autant traduire une quelconque richesse. 

La peur demeure. Et cette peur révèle un problème politique majeur.

Lors de la réforme des retraites de 2023, les parlementaires ultramarins avaient souligné les écarts de pauvreté, les carrières incomplètes, les problèmes de santé et les inégalités sociales propres à nos territoires. La réponse apportée était, une fois encore, celle de l’uniformité.

Or équité ne signifie pas uniformité.

L’équité suppose de tenir compte des différences sociales et territoriales. Dans certains territoires, les personnes âgées pauvres sont en proportion trois à quatre fois plus nombreuses que dans l’Hexagone.

Bien sûr, cette proposition de loi ne réglera pas à elle seule la question de la pauvreté des retraités, notamment ultramarins. Il faudra encore travailler sur le niveau des pensions, les inégalités de carrière, les petites retraites agricoles, la vie chère dans les Outre-mer et l’accès aux droits.

Mais ce texte répond à une attente ancienne et légitime et je remercie la rapporteure Émeline K/Bidi pour son travail constant et déterminé.

Voilà pourquoi les députés du groupe GDR voteront en faveur de cette proposition de loi. Et nous invitons l’ensemble de notre assemblée à faire de même afin de permettre à nos aînés de vieillir dans la dignité.

Je vous remercie. 

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