Tribune libre de Youssouf Omarjee

La Mélancolie des Cœurs en Temps de Fête

  • Publié le 18 mars 2026 à 15:33
  • Actualisé le 18 mars 2026 à 15:41
Prière de l'Aïd el Fitr 2025

"Il y a des moments où l’on se sent étranger à sa propre joie, où la lumière des fêtes ne parvient pas à percer l’épaisseur des ombres qui enveloppent le monde", ainsi s’exprimait Albert Camus, comme s’il avait pressenti cette dissonance cruelle entre le bonheur que l’on devrait ressentir et le poids du monde qui nous écrase (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Aujourd’hui, alors que nous célébrons la Eïd, nos cœurs sont lourds, nos esprits tourmentés. Comment trouver la sérénité dans un monde où l’obscurité des guerres, proches ou lointaines, obscurcit chaque instant de paix ?

"La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de ceux qui se connaissent mais ne se massacrent pas", écrivait Paul Valéry. Et pourtant, nous sommes là, à essayer de sourire, à feindre la légèreté, alors que quelque part, des familles pleurent leurs morts, des enfants tremblent sous les bombardements, et des peuples entiers suffoquent sous le joug de la terreur. Les dirigeants jouent avec le feu, brandissent des menaces, et nous, simples mortels, sommes pris dans cette toile d’araignée où chaque jour apporte son lot d’incertitudes. Les routes maritimes sont bloquées, les marchandises ne parviennent plus à bon port, et l’économie des hommes devient aussi instable que l’âme de ceux qui ont tout perdu.

"Le monde est un lieu dangereux, non à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et ne font rien", nous rappelait Einstein. Et nous regardons, effectivement. Nous regardons ces images de désolation, ces visages déchirés par la douleur, ces villes réduites en cendres. Nous regardons, et nous nous demandons : comment pouvons-nous célébrer, comment pouvons-nous rire, alors que tant de vies sont brisées ? La dissonance cognitive est là, ancrée en nous, comme une épine dans la chair. Nous savons que la joie devrait être pure, mais elle est souillée par la conscience de ce qui se passe ailleurs.

"La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste", disait Victor Hugo. Peut-être est-ce là notre réalité aujourd’hui : un bonheur teinté de tristesse, une fête célébrée avec un cœur lourd. Nous nous souvenons de ceux qui ne sont plus, de ceux qui souffrent, de ceux qui luttent pour survivre dans un monde où la loi du plus fort a remplacé celle de la raison. "La vraie grandeur d’une nation se mesure à la manière dont elle traite ses plus faibles membres", disait Gandhi. Et aujourd’hui, où est cette grandeur ? Où est cette humanité qui devrait nous unir au lieu de nous diviser ?

Nous célébrons la Eïd, ce jour de lumière, de joie et de partage, mais comment oublier la violence qui gangrène la planète ? Comment oublier que des êtres humains, quelles que soient leurs croyances ou leurs origines, souffrent et meurent dans des conflits qu’ils n’ont jamais choisis ? "La paix n’est pas un don de Dieu, mais une création humaine", affirmait Pablo Casals. Et pourtant, cette création semble hors de portée, comme un mirage dans le désert. On dit que celui qui a vécu sa vie comme il a vécu le Ramadan, dans la contrition, la patience et la retenue, verra sa résurrection dans la joie. Mais comment trouver cette joie alors que le chaos règne, que la terreur guette, et que la paix semble être un rêve inaccessible ? "L’espoir est une chose étrange : il peut naître même dans les moments les plus sombres", écrivait J.R.R. Tolkien. Alors, malgré tout, nous espérons. Nous espérons que le Grand Architecte de l’Univers mettra fin à ce chaos, que la lumière finira par percer les ténèbres, et que l’humanité retrouvera enfin le chemin de la paix.

En ce jour de fête, nous prions pour ceux qui souffrent, pour ceux qui pleurent, pour ceux qui luttent. Nous prions pour que la raison l’emporte sur la folie, pour que l’amour triomphe de la haine, pour que la paix revienne enfin. "La paix commence par un sourire", disait Mère Teresa. Alors, malgré tout, sourions. Sourions à la vie, sourions à l’espoir, sourions à l’avenir. Car même dans les moments les plus sombres, il reste toujours une lueur d’espoir, une étincelle de lumière qui refuse de s’éteindre.

Que cette Eïd soit, malgré tout, un jour de paix intérieure, un jour de réflexion, un jour de prière pour un monde meilleur. Un monde où la joie ne sera plus une gageure, mais une réalité. Un monde où la fête ne sera plus entachée par la mélancolie, mais célébrée dans la plénitude du cœur et de l’esprit.

"La vie est faite de petits bonheurs, mais aussi de grandes douleurs. C’est à nous de choisir ce que nous retenons." Alors, retenons l’espoir. Retenons la foi. Retenons l’amour. Et que cette Eïd soit, malgré tout, un jour de lumière dans l’obscurité.

— Un hommage à ceux qui souffrent, et une prière pour la paix.

Youssouf Omarjee

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