Le représentant de l’État a réuni ce jour les 24 maires de l’île ainsi que les 5 présidents d’intercommunalités nouvellement élus. À l’ordre du jour : la diminution drastique du financement du logement social et la quasi-disparition annoncée des emplois aidés, notamment des Parcours Emploi Compétences (PEC). (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
Alors que le quota de contrats PEC, déjà en baisse en 2025, s’élevait encore à 10.000 contrats, une réduction supplémentaire de 60 % est annoncée au cinquième mois de l’année 2026, alors même que les budgets des collectivités ont été votés et que celles-ci ne disposent plus d’aucune marge de manœuvre.
Au total, seuls 4.000 contrats seraient désormais alloués à La Réunion. Si une part importante est orientée vers des politiques de solidarité, vers le tissu associatif ou encore vers des dispositifs environnementaux, il est en revanche inconcevable que seules 800 PEC soient réservées aux communes et intercommunalités, pourtant au cœur de l’action publique de proximité.
Cette décision, prise sans aucune concertation avec les exécutifs locaux, s’inscrit dans un contexte budgétaire national contraint, mais elle produit sur notre territoire des effets d’une gravité exceptionnelle.
Pour L’Étang-Salé, qui bénéficiait jusqu’ici de 120 contrats PEC par an, dont 77 indispensables au fonctionnement des écoles et du périscolaire, cette annonce laisse entrevoir une baisse de plus de 95 % de ces contrats.
Dans ces conditions, la continuité du service public communal ne pourra plus être garantie. Prétendre le contraire reviendrait à nier l’utilité, l’engagement et le travail accompli par ces agents, ce qui serait profondément injuste et inacceptable.
Au-delà des chiffres, c’est tout un équilibre social et territorial qui est aujourd’hui fragilisé.
À L’Étang-Salé, comme dans de nombreuses communes de La Réunion, les emplois aidés constituent une véritable clé de voûte du fonctionnement quotidien des services publics : accueil des enfants, restauration scolaire, entretien des espaces publics, accompagnement des publics fragiles. Leur disparition brutale fait peser une menace directe sur l’organisation même de la rentrée scolaire 2026.
- Une précarisation accrue des contrats -
Elle intervient, de surcroît, dans un contexte déjà marqué par une accumulation de difficultés majeures : inflation persistante, flambée des prix de l’énergie et des carburants sous l’effet des tensions internationales, érosion continue du pouvoir d’achat des ménages, raréfaction des dispositifs de soutien de l’État.
C’est une double peine infligée à notre territoire : pour les collectivités, contraintes d’assurer toujours plus de services avec toujours moins de moyens ; pour les familles réunionnaises, déjà fragilisées, qui verront leur quotidien directement impacté.
À cela s’ajoute une précarisation accrue des contrats eux-mêmes, dont la durée limitée et le désengagement financier de l’État — désormais réduit à 40 % — accentuent encore l’instabilité des parcours d’insertion.
Pourtant, chacun sait ici que les emplois aidés ne sont pas de simples variables d’ajustement budgétaire. Ils sont par moment des tremplins vers l’emploi durable.
Nombre de nos agents titulaires ont débuté leur parcours professionnel dans le cadre de dispositifs tels que les TUC, CES, CEC, emplois jeunes ou PEC. Certains ont ensuite réussi des concours de catégorie B ou A et contribuent aujourd’hui pleinement au fonctionnement de nos collectivités.
Cette décision compromet donc à la fois l’accès à l’emploi de nos administrés et la capacité même de nos communes à remplir leurs missions essentielles.
Dès aujourd’hui, la question se pose pour la prochaine rentrée scolaire : faudra-t-il redéployer les ATSEM ? Réduire, voire supprimer le périscolaire ? Remettre en cause la restauration scolaire ? Autant de services juridiquement facultatifs, mais devenus, dans les faits, indispensables à la vie quotidienne des familles.
Ces services ne pourront pas être maintenus à fiscalité constante dans un contexte de désengagement brutal de l’État.
Face à cette situation, j’appelle solennellement l’ensemble de mes collègues maires et présidents d’intercommunalités à faire preuve de solidarité et d’unité afin de peser collectivement sur cette décision unilatérale, brutale et profondément injuste.
J’en appelle également à la responsabilité de l’État : une réévaluation immédiate de ces quotas est indispensable, dans le cadre d’un dialogue sincère et respectueux avec les exécutifs locaux.
Il en va du maintien de nos services publics de proximité, de la cohésion sociale de notre territoire et, au-delà, de la dignité même des Réunionnaises et des Réunionnais.
