Il y a un problème qui dépasse le cadre de cette négociation et qu'il faut nommer clairement. Imposer des décisions qui impactent directement le pouvoir d'achat de salariés à La Réunion et à Mayotte, depuis Paris, sans tenir compte des réalités du territoire — ce n'est pas de la gestion d'entreprise. C'est de l'aveuglement volontaire. (Photo d'illustration : Richard Bouhet/imazpress.com)
Et le comble ? Ce personnel de direction ose nous dire que "le passé c'est le passé". Comme si on pouvait effacer d'un revers de main des années de décisions imposées, de clauses glissées en douce, de négociations sous contrainte. Comme si notre mémoire collective ne valait rien.
Comme si l'histoire de cette entreprise et de ses salariés pouvait se solder d'une formule aussi condescendante. Non. Le passé, il est là. Il est dans nos fiches de paie. Il est dans les 93 000 euros que nos collègues n'ont pas touchés.
Il est dans chaque accord signé sous la menace, chaque NAO bâclée, chaque décision tombée de Paris sans qu'on nous demande notre avis.
- "Le passé, c'est précisément ce qui explique pourquoi on est là aujourd'hui" -
La vie à La Réunion coûte 42% plus cher qu'en métropole. À Mayotte, la situation sociale est encore plus fragile, plus précaire, plus explosive. Ce ne sont pas des détails. Ce sont des réalités que vivent nos collègues chaque jour, à chaque passage en caisse, à chaque fin de mois.
Et pourtant, les décisions tombent de Paris. Calibrées pour la métropole. Appliquées ici comme si le territoire n'existait pas. Comme si nos contraintes, nos spécificités, notre vécu ne comptaient pas.
On nous envoie des directions venues de l'Hexagone — sans formation au contexte local, sans ancrage dans la réalité du terrain, sans compréhension des enjeux sociaux qui sont les nôtres.
Ils arrivent avec leurs grilles, leurs tableurs, leurs objectifs uniformisés. Et ils repartent. Nous, on reste. Non pas au sens d'une époque révolue qu'on ressort pour faire du bruit. Mais au sens concret, opérationnel, quotidien du terme : des décisions prises ailleurs, par des gens d'ailleurs, pour des territoires qu'ils ne connaissent pas, au détriment des populations qui y vivent.
Harmoniser les accords entre La Réunion, Mayotte et la métropole comme si nous étions dans le même contexte économique et social, c'est nier nos réalités. C'est nous demander de vivre selon des règles qui n'ont pas été pensées pour nous.
Nous ne demandons pas de privilèges. Nous demandons que nos réalités soient reconnues, respectées, intégrées dans chaque décision qui nous concerne. Parce qu'un accord juste, c'est un accord qui tient compte de là où vivent les gens qu'il est
censé protéger.
Alors non. "Le passé, ce n'est pas le passé. Le passé, c'est notre présent. Et c'est exactement pour ça qu'aujourd'hui, on se bat."
NOS REVENDICATIONS :
1. COMPENSATION IMMÉDIATE DE 93 000€
Versement d'une prime exceptionnelle de 93 000€ aux salariés, en compensation directe du manque à gagner causé par la clause de plafonnement introduite sans négociation dans l'accord 2024.
2. GEL DU TAUX MS À 26%
Refus catégorique de la baisse à 23,5%. Le taux MS est gelé à 26% pour l'avenant 2026 et pour les années à venir. Cinq ans de baisse consécutive, c'est terminé.
3. SUPPRESSION DÉFINITIVE DU DOUBLE PLAFONNEMENT
La clause PI+RSP ≤ Taux MS+1% est supprimée définitivement de l'accord. Elle n'existait pas en 2021. Elle a coûté 93 000€ aux salariés en 2025. Elle disparaît.
