Tribune libre de Jean Gaël Anda Sita

Logement à La Réunion : un échec politique collectif et une urgence démocratique

  • Publié le 20 janvier 2026 à 13:24
  • Actualisé le 20 janvier 2026 à 13:27
Saint-Pierre : Jean-Gaël Anda est candidat pour la mairie de Saint-Pierre

L’annonce récente du 1er Ministre d’une enveloppe de 400 millions d’euros pour les bailleurs sociaux, illustre un décalage abyssal avec les besoins réels de notre territoire. Ramenée à La Réunion, cette aide représente à peine 300 € par logement ! Une mesure dérisoire, déconnectée des besoins sociaux, environnementaux et économiques de l’île.

Pendant que Paris se félicite, ici, sur le terrain, la situation continue de se dégrader.
 
En 2026, travailler ne garantit plus de se loger. Cette réalité, longtemps cantonnée aux plus précaires, touche désormais les salariés, les jeunes actifs, les familles aux revenus moyens et les seniors. Quand une société en arrive là, ce n’est pas une crise passagère : c’est un échec politique collectif.
 
Cet échec est amplifié par l’inaction des parlementaires censés nous représenter, qui multiplient les promesses en période électorale mais ferment les yeux sur la détresse réelle des Réunionnais entre deux campagnes.
 
Je salue à cet égard le travail important de M Erick FONTAINE de la Confédération Nationale du logement qui attire constamment l’attention sur la situation de l’habitat à La Réunion. Plus aucune stratégie claire ne guide l’action publique. La fin des dispositifs fiscaux, décidée sans mesures de remplacement adaptées aux réalités locales, a accentué une crise déjà profonde.

Travailler ne devrait jamais vouloir dire se priver d’un logement décent. Pourtant, notre île bat des records inquiétants : les loyers du parc social figurent parmi les plus élevés de France, et 60 à 70 % des demandeurs ne disposent pas de revenus suffisants pour vivre dignement. Les conséquences sont déjà visibles : explosion des dossiers de surendettement (+53 %), familles entassées sur plusieurs générations, jeunes exclus du marché locatif, seniors confrontés à la précarité

À cette crise sociale s’ajoute une crise de l’habitat : les logements anciens sont souvent insalubres, indécents. Les logements neufs, eux, sont trop chers et parfois déjà indignes. On construit sans répondre aux besoins réels de la population et sans tenir compte de nos spécificités, avec des normes nationales parfois inadaptées.

Quand je visite les familles et je vois leurs conditions de vie, je me dis qu’un plan d’urgence est vraiment indispensable pour bâtir une politique du logement structurée, chiffrée et évaluée sur des résultats concrets avec un cadre d’action précis.

Saint-Pierre, Capitale du Sud, ville attractive, ne peut pas continuer à se développer en excluant ses propres habitants. Le logement est un choix politique, pas une variable d’ajustement. Il doit redevenir une priorité municipale centrale, au service de tous. Comment un enfant peut réussir quand il est inquiet à chaque grosse pluie ? Comment un jeune peut s’insérer quand il n’a pas un toit sur la tête ? …

Les saint-pierrois et saint-pierroises n’ont plus besoin de promesses électorales, mais d’une volonté politique, de courage et d’actions concrètes.

Des solutions existent, elles sont à portée locale. Il est temps d’agir ! À l’échelle communale et intercommunale, plusieurs leviers doivent être activés sans attendre :
 
1. Reprendre la main sur le foncier

Les communes doivent utiliser leur foncier pour créer des lotissements communaux à prix maîtrisés, destinés aux revenus moyens pour accéder à la propriété. C’est une condition essentielle de la cohésion sociale et du développement économique local.
 
Du foncier disponible existe à Saint-Pierre pour ces initiatives.
 
2. Diversifier l’offre de logement

Avec la baisse des dotations de l’Etat, le modèle unique du logement classique ne suffit plus. Il faut :
 
• Développer des habitats partagés pour les seniors, favorisant le lien social, l’autonomie et des loyers accessibles,
• Mettre en place des solutions d’habitat léger encadré (tiny houses, logements évolutifs) pour les jeunes actifs et primo-logés : rapides à déployer, peu coûteuses et adaptées aux parcours de vie.
 
3. Conditionner les aides publiques

Les aides au logement doivent être assorties de contreparties : plafonnement des loyers, qualité des constructions, durabilité climatique et accès prioritaire aux Réunionnais.
 
4. Lancer un véritable plan de rénovation climatique et sociale

La lutte contre les problèmes d’étanchéité et l’inadaptation climatique doit devenir une priorité. Cela passe par :
 
• Des aides spécifiques adaptées au climat tropical,
• Un soutien renforcé aux petits propriétaires et retraités modestes,
• Des mécanismes financiers accessibles, avec des taux d’emprunt adaptés, avec l’aide de la commune.
 
5. Protéger les habitants avant les spéculations

Le logement doit d’abord répondre aux besoins des habitants permanents. La régulation des pratiques locatives et la maîtrise des loyers sont indispensables pour éviter la spéculation des investisseurs extérieurs.

Enfin, il est temps que nos parlementaires cessent les promesses creuses. Depuis leur élection, les actes n’ont jamais suivi. La Réunion n’a pas besoin de slogans électoraux, elle a besoin d’élus qui défendent, à Paris, de véritables dispositifs de défiscalisation et d’incitations fiscales adaptés à nos réalités, des mesures adaptées pour rénover et construire des logements dignes et accessibles.
 
A La Réunion, le logement ne doit pas être un privilège mais un droit. Et ce droit appelle enfin des actes. C’est une condition de la dignité humaine !
 
Jean Gaël Anda Sita
Candidat aux élections municipales de Saint-Pierre des 15 et 22 mars 2026
 
 

guest
0 Commentaires