Soupçons de violences policières : un juge d’instruction saisi après un décès en garde à vue

  • Publié le 20 janvier 2026 à 12:20
  • Actualisé le 20 janvier 2026 à 12:21
Sur ces images, filmées de nuit, on distingue deux policiers, dont l’un, à genoux, donne un coup de poing en direction d’un homme plaqué au sol, avant l’arrivée de leurs collègues en voiture, une minute plus tard. © Crédit photo : illustration - AFP

Autopsie non concluante et appel à témoin: le parquet de Paris a ouvert lundi une information judiciaire pour violences volontaires ayant entraîné la mort, après le décès suspect en garde à vue d’un Mauritanien, El Hacen Diarra, sa famille dénonçant des violences policières.

Le ministère public a indiqué à l’AFP lundi soir avoir saisi un juge d’instruction afin de "notamment déterminer si des violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ont causé la mort" de cet homme de 35 ans.

El Hacen Diarra est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi dans le commissariat du 20e arrondissement de la capitale. Il avait été interpellé devant le foyer de travailleurs migrants où il résidait.

Une vidéo, filmée par des voisins, a circulé sur les réseaux sociaux. On y distingue deux policiers, dont l’un, à genoux, donnant deux coups de poing en direction d’un homme plaqué au sol. Selon l’analyse du son réalisée par la famille du défunt, on entend aussi El Hacen Diarra crier: "Vous m’étranglez !"

C’est, à ce stade, l’unique support visuel de l’arrestation: pas de vidéosurveillance sur la voie publique, et pas d’image captée par les caméras piétons des policiers sur place, car ces caméras étaient déchargées, selon la version de ces agents.

"Toute personne ayant été témoin ou disposant d’éléments permettant d’objectiver le déroulé des faits est invitée à les porter à la connaissance des enquêteurs", a fait savoir lundi le ministère public.

Une fois au commissariat, les vidéos de surveillance des locaux de garde à vue montrent El Hacen Diarra "très fatigué", puis l’homme "s’effondre" et "reste assis", selon le parquet. La vidéo montre aussi un policier "apporter une couverture et nettoyer", car El Hacen Diarra "avait commencé à uriner". Puis un autre prend "son pouls, avant de le démenotter et de l’allonger".

Les agents qui ont interpellé El Hacen Diarra ont d’abord été entendus par des policiers d’un autre commissariat, "avant même que la saisine de l’IGPN puisse être effective", selon le parquet. Cinq autres personnes gardées à vue ont, elles, témoigné "des diligences effectuées pour réanimer" El Hacen Diarra et "appeler les secours".

Que s’est-il passé, entre l’interpellation et l’arrivée au commissariat ? Pas d’image dans la procédure du transport d’El Hacen Diarra dans le véhicule des policiers.

- "Vérité étouffée" -

Jusqu’à lundi, les investigations étaient menées pour recherche des causes de la mort et confiées à l’IGPN, la police des polices.

Désormais, un juge d’instruction va enquêter, "comme systématiquement lorsqu’une personne décède dans des conditions suspectes ou inexpliquées dans un lieu de privation de liberté", tient à souligner le parquet, qui l’a saisi pour violences volontaires aggravées ayant entraîné la mort.

"La saisine tardive d’un juge d’instruction (...) ne saurait masquer l’inaction coupable du parquet", s’est indigné l’avocat de la famille, Yassine Bouzrou, qui fustige un délai de "cinq jours pendant lesquels la vérité a été étouffée, les preuves laissées à l’abandon et la famille tenue à l’écart".

Le parquet a indiqué avoir d’abord ouvert "une enquête en recherche des causes de la mort", "en l’absence initiale de tout élément connu sur les causes du décès", pour pouvoir "immédiatement" ordonner une autopsie.

Mais cette autopsie "n’apporte pas à ce stade de certitude" et des "analyses toxicologiques et anatomopathologiques" doivent être menées, précise-t-il. "Un réexamen du scanner par des radiologues a été ordonné, de même que les examens complémentaires dont les conclusions ne seront pas disponibles avant plusieurs semaines".

Selon la version du parquet, les policiers avaient contrôlé El Hacen Diarra après l’avoir "vu rouler un joint de cannabis", puis l’avaient placé en garde à vue pour usage de faux documents et détention de ce produit stupéfiant, ainsi que pour rébellion. Mais d’après ses proches, l’homme "buvait simplement un café en bas du foyer (où il résidait) lorsque la police est venue vers lui".

El Hacen Diarra, qui vivait depuis plusieurs années dans un foyer de travailleurs migrants, était originaire de Baydam, ville du sud de la Mauritanie, ont raconté ses proches à l’AFP lors d’une manifestation en son hommage qui a rassemblé un millier de personnes dimanche à Paris.

"Il était très calme, gentil, souriant et discret. Un peu dans son monde. C’était un artiste de formation", a décrit Ladi Sacko, l’un de ses voisins.

AFP

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