Tribune libre signée par Philippe Naillet

Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières : "Pour que le dispositif soit efficace et juste, il faut l’adapter aux territoires ultramarins"

  • Publié le 19 juin 2026 à 13:53
  • Actualisé le 19 juin 2026 à 14:00
groupe parti socialiste reunion

Les conséquences de l’inaction climatique sont désormais impossibles à ignorer : canicules, sécheresses, incendies, inondations... Elles nous rappellent chaque année l’urgence d’agir. Tous les Français le savent, qu’ils vivent en Normandie, à La Réunion, en Occitanie ou en Guyane : la transition écologique ne pourra réussir que si elle est juste et enracinée dans les réalités de chaque territoire (Photo : Emmanuel Grondin/www.imazpress.com)

L’Europe ne peut pas exiger des efforts considérables de ses entreprises, de ses travailleurs et de ses citoyens tout en important massivement des produits fabriqués dans des pays aux normes environnementales moins exigeantes. C’est précisément pour répondre à cet enjeu qu’a été créé le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF).

Concrètement, ce mécanisme impose aux entreprises, qui importent plus de 50 tonnes par an de certains produits (acier, aluminium, ciment, électricité, engrais, hydrogène, fer), d’acheter des certificats carbone. Ces certificats reflètent les émissions liées à la production de ces biens, afin de rétablir une équité avec les producteurs européens déjà soumis à un prix du carbone. L’objectif du règlement est ainsi de s’assurer que nos efforts pour faire advenir la transition énergétique dont nous avons besoin ne pénalisent pas, mais protègent nos entreprises et nos emplois.

Risque réel

Mais ce qui est pertinent pour l’Europe continentale ne l’est pas toujours pour chaque territoire ultramarin français. Dans nos départements et collectivités d’outre-mer, la situation est différente.

L’éloignement du continent européen, l’insularité, l’étroitesse des marchés locaux et la dépendance structurelle aux importations rendent impossible le remplacement de certains produits importés par des produits européens. Dans ces territoires, l’immense majorité des matériaux et des produits concernés par le MACF proviennent déjà de pays non européens.

Le risque est donc réel: sans adaptation, ce mécanisme pourrait produire un effet essentiellement inflationniste. Une hausse des coûts qui frapperait directement les entreprises locales, les collectivités et les habitants, déjà confrontés à la vie chère, sans aucun bénéfice climatique.

Deux chemins s’offrent alors à nous. Le premier est celui de la dérégulation, souhaitée par la droite et l’extrême droite. C’est une impasse. Un repli prétendant pouvoir répondre à nos problématiques par l’abandon pur et simple des protections environnementales et sociales. Cette voie nous condamnerait à fragiliser durablement notre industrie, déjà largement dépassée, et à la livrer en pâture à la concurrence chinoise ou américaine. Le second chemin est celui de l’adaptation pragmatique. Celui qui refuse de renoncer à nos ambitions climatiques, mais agit pour les rendre compatibles avec les réalités de chaque territoire. Celui qui cherche à protéger à la fois le climat, l’emploi et la justice sociale.

C’est ce choix que nous faisons. Parce que nous soutenons pleinement l’objectif du MACF, nous refusons sa suppression. Parce que nous voulons qu’il soit efficace et juste, nous défendons son adaptation pour les territoires ultramarins français.

Voilà pourquoi, après avoir échangé avec les représentants des territoires ultramarins, nous avons déposé plusieurs amendements au Parlement européen. Pour permettre à la France de demander une adaptation temporaire et ciblée des obligations lorsque aucune alternative européenne immédiate n’existe. Nous proposons aussi que ces adaptations soient associées à un plan de transition vers la production locale, chaque fois que c’est possible.

Ces amendements représentent un juste compromis protégeant le tissu économique des outre-mer tout en garantissant le droit des ultramarins à bénéficier d’un environnement sain et à construire un avenir durable dans leurs territoires. Nous appelons désormais l’ensemble des forces politiques au Parlement européen à soutenir ces propositions. Car la transition écologique ne réussira que si elle protège : les territoires et celles et ceux qui y vivent.

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