Depuis plusieurs jours, certains essaient de faire croire que la baisse des PEC annoncerait presque l’effondrement de notre société réunionnaise. Soyons lucides : oui, cette décision sera difficile. Oui, elle aura des conséquences concrètes. Et oui, certains secteurs doivent être absolument protégés. (Photo d'illustration Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
Je le dis clairement : l’école, l’accompagnement des enfants, le médico-social, le handicap, l’aide aux personnes fragiles et une grande partie du monde associatif ne peuvent pas être traités comme de simples variables budgétaires.
À La Réunion, les associations tiennent souvent à bout de bras des missions essentielles que personne d’autre n’assume réellement sur le terrain.
Elles créent du lien.
Elles accompagnent des familles.
Elles évitent parfois l’explosion sociale.
Elles méritent du respect et un accompagnement sérieux.
De la même manière, nos écoles ont besoin de stabilité et de moyens humains pour fonctionner dignement.
Sanctuariser ces secteurs n’est pas négociable.
Mais cela ne doit pas nous empêcher de dire une autre vérité : notre modèle économique reste profondément déséquilibré.
Depuis des années, nous empilons les dispositifs précaires sans construire suffisamment d’emplois durables derrière.
On gère l’urgence.
On repousse les problèmes.
On distribue des rustines.
Mais on ne transforme jamais réellement l’économie réunionnaise.
Résultat : des milliers de Réunionnais restent enfermés dans une précarité permanente, sans véritable perspective d’évolution.
Et pendant ce temps-là, le malaise économique réunionnais continue de grandir partout.
Vie chère.
Carburants.
Charges.
Logement.
Pouvoir d’achat.
Normes.
Fiscalité.
Explosion du coût de la vie.
Difficultés des entreprises.
Découragement des classes moyennes.
Fatigue des travailleurs.
Ce sentiment, il est réel.
Et il traverse aujourd’hui toute la société réunionnaise.
C’est précisément pour cela que nous avons lancé une pétition sur les carburants et la vie chère.
Parce qu’à un moment, il faut arrêter les discours de façade et regarder les choses en face : les Réunionnais étouffent économiquement.
Mais où étaient les grandes mobilisations politiques quand les familles n’arrivaient plus à remplir un caddie ?
Où étaient les grandes manifestations quand les carburants explosaient ?
Où étaient les grands donneurs de leçons quand les PME croulaient sous les charges et les normes ?
Trop souvent, nous avons eu droit à des réactions timides, des postures symboliques ou des actions petit bras.
Pourtant, les outils existent.
Et si on reparlait enfin sérieusement de la CTAP ?
Et si l’ensemble des collectivités réunionnaises décidait enfin de se mettre autour d’une table pour organiser l’essentiel :
la baisse du coût de la vie,
la production locale,
le logement,
les transports,
la simplification administrative,
l’énergie,
l’emploi,
la formation,
l'éducation,
les filières stratégiques,
les talents culinaires, sportifs et culturels,
la souveraineté économique réunionnaise.
Parce qu’aujourd’hui, le vrai problème de La Réunion, ce n’est pas seulement le manque d’argent.
Le vrai problème, c’est l’absence de cap collectif.
Pendant ce temps-là, certains responsables politiques ressortent toujours la même méthode :
faire peur,
agiter la rue,
entretenir la tension,
mais sans jamais remettre en cause le modèle qui produit cette dépendance.
Car au fond, certains ne défendent pas seulement les services publics.
Ils défendent surtout un système qui entretient leur propre pouvoir politique.
Car un territoire dépendant est aussi un territoire plus facile à contrôler politiquement.
Moi, je refuse cette logique.
Je refuse que La Réunion soit condamnée éternellement à vivre sous perfusion. Je refuse qu’on explique à toute une génération que son seul avenir se résume à attendre un dispositif ou un contrat temporaire.
La Réunion a pourtant des forces immenses.
Agriculture.
Pêche.
BTP.
Artisanat.
Énergie.
Transport.
Production locale.
Métiers techniques.
Des secteurs qui cherchent des bras et qui peuvent créer de la richesse réelle ici, chez nous.
Mais pour cela, il faut arrêter d’étouffer ceux qui entreprennent.
Moins de charges.
Moins de normes absurdes.
Moins de complexité.
Plus de liberté économique.
Plus de formation.
Plus d’alternance.
Plus de soutien concret aux PME réunionnaises.
Et qu’on arrête enfin de dire qu’il n’y a pas d’argent.
Entre les surplus d’octroi de mer, la TSCC et certaines dépenses publiques parfois totalement déconnectées des priorités réelles des Réunionnais, les moyens existent si la volonté politique existe.
Le vrai courage politique, ce n’est pas d’entretenir éternellement la dépendance.
Le vrai courage, c’est de construire un modèle où chacun peut vivre dignement de son travail.
Moins de dépendance.
Plus de travail.
Plus de production locale.
Plus de liberté pour entreprendre.
A quand un cap pour La Réunion ?
Julien Hoarau, Citoyen engagé
