Pendant que le monde politique s’agite et que les écrans se saturent d’images de frappes et de décombres, une question s’impose, implacable : à qui profite le crime ? Derrière les déclarations solennelles sur la liberté du peuple iranien et la lutte contre la prolifération nucléaire se dessinent des calculs d’une toute autre nature. Ceux qui aujourd’hui se posent en libérateurs sont, au fond, les mêmes qui ont toujours préféré l’ordre de leurs intérêts à la justice des peuples.
Commençons par Israël. Le gouvernement Netanyahu ne cache plus guère ce qu’il est : un régime d’expansion coloniale permanent, animé par la conviction que sa sécurité passe par l’écrasement de tout voisin capable de lui résister.
L’Iran représente à ses yeux non pas tant une menace nucléaire imminente qu’un pôle d’influence régionale susceptible de soutenir les résistances qu’il entend étouffer. Parce qu'il faut dire ce qui est : depuis des décennies, Israël refuse systématiquement tout compromis sérieux sur la question palestinienne.
Gaza, la Cisjordanie, les accords mort-nés, l’histoire est celle d’un refus constant de partage, au mépris du droit international et de toute médiation.
C’est cet incendie non éteint qui a nourri l’extrémisme dans toute la région. Prétendre aujourd’hui vouloir libérer le peuple iranien d’un régime théocratique, tout en niant depuis soixante-quinze ans les droits élémentaires du peuple palestinien, relève d’une hypocrisie que l’histoire retiendra.
Nous l’avons appris à nos dépens en Syrie, en Libye : la démocratie ne fleurit pas dans les décombres des bombes. Quant à Donald Trump, son rapport à cette crise n’est ni idéologique ni humanitaire. C’est celui d’un négociateur impérial qui voit dans chaque conflit une occasion de repositionnement commercial.
Pétrole, gaz, contrats d’armement, influence sur les routes énergétiques du Golfe : voilà ce qui guide sa main. Sa posture belliciste sur l’Iran est d’abord une pression sur les marchés et sur les régimes du Golfe pour arracher de meilleures conditions. Ce Trump là ne parle pas au nom des États-Unis dans leur profondeur institutionnelle.
Il parle au nom d’une vision transactionnelle du monde où la puissance se monnaye et les peuples servent de monnaie d’échange.
- Face à cette recomposition brutale, l’Europe regarde, hésitante et divisée -
Incapable de peser collectivement sur Gaza, incapable de parler d’une seule voix sur Israël, elle apparaît comme une puissance sans volonté. Or le monde change à une vitesse vertigineuse.
Des régimes autoritaires de toutes obédiences – théocraties islamistes, nationalismes d’extrême droite, poutinisme expansionniste – ont en commun une chose : ils prospèrent sur la décomposition du multilatéralisme occidental et sur le discrédit d’une démocratie que l’Occident prêche mais ne pratique pas toujours.
Les droits de l’homme, brandis avec sélectivité, sont devenus un argument que les régimes autoritaires retournent désormais sans difficulté contre leurs promoteurs.
Nous vivons peut-être les derniers soubresauts d’une mondialisation qui a tenu ses promesses pour une minorité et laissé une majorité de côté. La croissance a existé. Le confort aussi. Mais, construits sur la frustration, le pillage discret et le mépris des périphéries. Ce déséquilibre fondamental est aujourd’hui la source de toutes les colères.
Ces convulsions semblent lointaines pour les Réunionnais(es). Elles ne le sont certainement pas. Notre île est dépendante à 80 % de ses importations, sans autonomie énergétique ni alimentaire réelle, sans poids diplomatique propre.
Par ses nombreuses dépendances, elle est profondément vulnérable aux désordres du monde. Tous les Réunionnais(es) le savent, mais rien ne se fait. Nous continuons à faire l’autruche et refusons toute tentative de transformation de la Réunion.
Cette guerre, dont personne ne peut prédire la fin, est là pour nous rappeler que la recherche d'une plus grande souveraineté n’est pas une volonté d’indépendance mais plutôt une conséquence de notre éloignement et de nos spécificités.
Nous devons être les premiers à assumer nos risques et notre développement, certes avec tout le soutien de la Nation, mais dans une logique de responsabilités partagées.
N’attendons pas qu’il soit trop tard.
Joël Personné
Co-référent Place publique Réunion
